3e lien Québec-Lévis. L’insoutenable tunnel autoroutier

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Ce texte est la version augmentée d’un article paru dans Le Devoir et Le Soleil le 26 mai 2021 sous le titre : Le tunnel autoroutier ou l’expansion urbaine libérée.

Dans les semaines qui ont précédé le lancement de la Grande conversation en vue de la préparation de la Stratégie nationale d’aménagement et d’urbanisme, en janvier dernier, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation et responsable de ce dossier, madame André Laforest, déclarait : « Il faut freiner l’étalement urbain, on est obligés de le faire. (…) La lutte contre l’étalement passera inévitablement par des contraintes à la croissance. (…) Il nous faut agir pour se doter d’un aménagement du territoire québécois digne du XXIe siècle. »

 

Du mauvais ménage entre tunnel autoroutier et aménagement durable du territoire

Lors de l’annonce en grande pompe, le lundi 17 mai, du projet de Réseau express de la Capitale, aucune tribune n’avait été prévue pour que la ministre Laforest vienne à son tour, après le premier ministre Legault et les ministres Guilbault et Bonnardel, exprimer sa fierté à l’égard de ce mégaprojet de mobilité métropolitaine, dont l’élément majeur, le tunnel autoroutier entre Québec et Lévis, serait le plus gros, soit un tube de 19,4 mètres de diamètre comprenant deux niveaux, le plus long avec 8.3 km, et le plus coûteux au monde, soient 10 milliards$ selon les premières estimations.

Un projet qui ne repose sur aucune étude rigoureuse d’opportunité ni aucune étude d’impact environnemental. Ce n’est qu’à l’automne prochain que le processus d’évaluation environnementale sera enclenché dont le rapport final sera déposé en 2023 au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). L’analyse qui sera effectuée par le mandataire retenu devrait permettre d’obtenir des informations sur les répercussions que pourrait avoir le tunnel autoroutier à la fois pendant et après sa construction. Parmi les éléments à l’étude on retrouve : « le climat sonore, la qualité de l’air, les émissions de gaz à effet de serre, la faune, les milieux humides et hydriques de même que les territoires agricoles ».

Quant au Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE), ses travaux devraient se dérouler au cours de l’année 2023, à la suite du dépôt du rapport de l’évaluation environnementale, le but étant de « prendre le pouls d’experts et de citoyens avant de faire connaître son avis sur le projet ».

Mais on se demande à quoi serviront les conclusions et recommandations du rapport de l’évaluation environnementale et celles du BAPE, alors que le premier ministre déclare que les chances de réalisation du 3e lien dans sa version tunnel autoroutier sont à 100% et que le projet irait de l’avant, peu importe les recommandations du BAPE. Le ministre des Transports, François Bonnardel, affirme pour sa part que « ce projet est béton et qu’on s’en va sur ce qu’on a annoncé. Il n’y aura pas de retour en arrière ». Autant dire que les avis et recommandations qui sortiront de l’évaluation environnementale et des audiences du BAPE n’auront aucune incidence sur la réalisation du projet. Beaux témoignages de sensibilité à l’égard du développement durable!

C’est à croire que les 16 principes contenus dans la loi québécoise de développement durable (voir article 6) relèvent d’une utopie lyrique et moralisatrice qui console la mouvance écologique, mais qui ne saurait entraver la réalisation de « projets sérieux » indispensables à la croissance. Que voulez-vous, le progrès est dans la croissance !  Et il n’y a pas de croissance sans nuisances!

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2 réponses

  1. Parce que le travail n’est pas terminé et que pédagogie et argumentaires sont toujours à améliorer pour modifier des façons de décider et d’agir. L’aménagement du territoire s’inscrit dans un processus d’évolution des mentalités, tant chez les décideurs publics et privés qu’au sein de la population. Si on devait démissionner après chaque déception ou frustration, il n’y aurait pas beaucoup de chercheurs-es.

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