La dynamique des territoires entre dans une nouvelle ère. Feuille de route pour une planification intégrée de l’espace habité

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Une version courte de ce texte a été publiée dans L’état du Québec 2021 (Del Busso, 2020), publication phare de l’Institut du Nouveau Monde, une organisation sans but lucratif qui a pour ambition d’accroître la participation des citoyennes et citoyens à la vie démocratique.  Réunissant plus de 50 spécialistes issus de toutes les sphères de la société québécoise, l’ouvrage aborde la relance du Québec dans le contexte de la COVID-19 en 25 thèmes et présente des perspectives originales sur les défis posés par la pandémie.  Pour vous procurez l’ouvrage en version électronique ou papier, visitez le site de l’INM : https://inm.qc.ca/edq2021/

Les évolutions économiques, technologiques, sociales et environnementales qui ont marqué les dernières décennies transforment nos façons d’habiter l’espace. Le rapport de l’activité humaine avec le territoire est en pleine mutation. Un regard nouveau doit être porté sur les dynamiques qui construisent les territoires, et sur l’accompagnement à leur procurer.

L’aménagement du territoire a pour mission de dessiner un cadre d’action destiné à renforcer l’adaptation des territoires pour mieux faire face aux enjeux de société dans le moyen et le long terme. Il est proposé ici une réflexion prospective pour une démarche d’aménagement et de développement territorial qui revoit les relations entre les grandes villes et les régions. Les éléments d’une Feuille de route pour une planification territoriale intégrée y sont exposés.

Attractivité des régions et exode urbain

La grande ville ne fait plus rêver autant qu’avant. Le phénomène d’exode urbain a fait perdre 178 067 personnes à Montréal dans ses échanges interrégionaux entre 2010-2011 et 2018-2019, dont 27 890 pour la seule année 2018-2019. À Québec, sans être négatifs, les soldes migratoires sont faibles soit une moyenne annuelle de 582 pour la même période.

Les couronnes périurbaines et les régions voisines de Montréal et de Québec (Montérégie, Lanaudière, Les Laurentides, les MRC de Charlevoix et de Bellechasse) sont largement bénéficiaires de ces mouvements de population, mais pas exclusivement. Les régions intermédiaires et éloignées tirent aussi profit de cet exode qui frappe les grands centres: les écarts entre « entrants » et « sortants » ont ici une évolution variable mais généralement positive pour la plupart d’entre elles. Quatre des huit régions-ressources parviennent même à renverser la tendance négative du début des années 2000 et trois autres enregistrent des gains sensibles.

Soldes migratoires interrégionaux

          Région-ressource     2001-2002      2017-2018    2018-2019
Bas-Saint-Laurent             -1 095              -132             125
Saguenay—Lac-Saint-Jean             -2 961              -554             – 43
Mauricie               -203               868          1 288
Abitibi-Témiscamingue            -2 005              -406           – 518
Côte-Nord            -1 868              -905           – 619
Gaspésie—Îles-de-la Madeleine              -805               238              131
Chaudières-Appalaches              -387               974             610
Nord-du-Québec              -611               -94           -175
Total          -9 130              -11           699

 

 

 

 

Institut de la statistique Québec. Entrants, sortants, soldes migratoires interrégionaux, 2020.

Longtemps terres d’exode, plusieurs régions deviennent des terres d’accueil et laissent entrevoir des perspectives d’avenir prometteuses qui devraient recevoir une attention plus grande de la part des chercheurs et des décideurs publics.

Les bilans migratoires ne compensent pas les déficits de la croissance naturelle de certaines régions mais ils sont porteurs d’un élan qui permet l’optimisme. Les cohortes de jeunes ménages qui font le choix de s’établir en région auront demain une participation significative à la croissance naturelle.

Regain de natalité. Le cas de la MRC des Basques

La MRC des Basques dans la région du Bas-Saint-Laurent regroupe 11 municipalités pour une population totale d’environ 9 200 personnes. Elle a pour chef-lieu la petite ville de Trois-Pistoles. D’une superficie de 1 116.06 km2, le territoire s’étend depuis les rives du Saint-Laurent jusqu’au cœur des Appalaches. 75 % de l’espace est occupé par la forêt. Dans un reportage publié par Radio-Canada Bas-Saint-Laurent jeudi le 20 août 2020, on notait que :

« Plusieurs municipalités des Basques, Saint-Jean-de-Dieu et Saint-Clément notamment, connaissent une hausse du taux de natalité sur leur territoire.

Cette année, près d’une douzaine d’enfants vont naître dans Saint-Clément. C’est un nombre important pour cette municipalité de presque 500 résidents où près du tiers de la population a 65 ans ou plus.

Ce regain de naissance rend la tâche plus difficile aux parents qui cherchent une garderie pour leurs enfants.

Devant cette situation, la municipalité a lancé un sondage pour mieux connaître les besoins des parents, explique l’adjoint à l’administration et responsable à la vie communautaire à la Municipalité de Saint-Clément, Guillaume Legault. »

La MRC des Basques est représentative d’un phénomène récent : l’attractivité reconquise des régions.

La crise sanitaire causée par la propagation du coronavirus a mis sous les projecteurs cette nouvelle dimension de la relation entre les agglomérations métropolitaines et les territoires hors des grands centres.

Les agences immobilières ont constaté un emballement des achats de propriétés à la campagne et dans les petites villes en région. Des courtiers interrogés s’entendent pour dire que la demande en région dépasse l’offre[1]. Des transactions se font même sans visite, sur la simple analyse des fiches de présentation et des photos inscrites sur les sites web dédiés. Des projets de quitter la grande ville pour s’installer en région sont ainsi hâtés par certains motifs liés à la crise de la Covid-19.

Ce phénomène de l’exode urbain, engagé depuis quelques années, s’inscrit dans une tendance constatée ici comme dans plusieurs pays. Et ce ne sont pas que des travailleurs salariés ou indépendants et leurs familles qui font le choix de quitter les agglomérations métropolitaines pour s’établir en région, mais aussi des PME et TPE. Cette tendance est appelée à s’amplifier et pourrait s’avérer irréversible. Le Québec est-il en voie de passer progressivement d’un modèle d’occupation du territoire très concentré à un modèle redistribué ? La question se pose sérieusement.

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[1] Aubin, Érika, En quête de tranquillité, d’économies et d’espace, des Montréalais se tournent vers les banlieues et les régions, Journal de Québec, 27 juin 2020; et  Les Montréalais s’arrachent les maisons à vendre de l’Est-du-Québec, Journal de Montréal, 4 juin 2020

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