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Les changements climatiques nous inquiètent, mais nous ne voyons pas bien comment y faire personnellement quelque chose. Même en réduisant notre consommation et nos modes de déplacement, nous avons le sentiment que nous sommes loin de la mesure des gestes qui s’imposent pour dompter la bête. Le débat actuel sur l’occupation du territoire au Québec se présente comme une occasion de changer d’échelle et de poser collectivement des gestes qui peuvent donner une portée significative à nos efforts individuels.

Le Comité consultatif sur les changements climatiques vient de remettre au ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques un avis sur l’aménagement du territoire qu’il qualifie de « fondamental pour la lutte contre les changements climatiques »[1]. À six mois des élections québécoises, voilà un événement qui me semble particulièrement inspirant.

Notre modèle actuel d’occupation du territoire est marqué partout sur la planète par l’urbanisation. Au Québec nous avons choisi – sans en être vraiment conscients – de le faire selon le modèle nord-américain : des immeubles en hauteur pour travailler en ville et des bungalows avec piscine dans un milieu vert en périphérie. Cela s’appelle l’étalement urbain, un phénomène qui a crû de 19 % à Québec et 11 % à Montréal avec la conséquence que le navettage entre les municipalités de la couronne et les villes centres ont contribué à accroître les émissions de gaz à effet de serre dues au transport routier de 60,1 % en 2019 par rapport à 1990.

Il faut ajouter que cet étalement entraîne la destruction des prairies, des tourbières et des milieux humides qui sont autant de capteurs de carbone. L’artificialisation, entre 1994 et 2007, a fait disparaître 278 km2 de milieux naturels, « ce qui représente la superficie de l’ensemble de la ville de Laval » et 1,7 % des superficies naturelles des basses terres du Saint-Laurent.

Le malheur c’est que le gouvernement du Québec met en concurrence le développement des régions et la densification des espaces habités. Ce faisant, il évite d’entreprendre un débat difficile avec la population, mais il compromet aussi notre capacité à inverser les tendances. Il faut des décennies pour infléchir les impacts des choix d’aménagement des territoires. Nous sommes aux prises actuellement avec le choix des banlieues des années 1950-1960. Afin que la prochaine génération puisse bénéficier d’un modèle de d’occupation du territoire qui permet de contrôler les changements climatiques, c’est maintenant qu’il faut agir. Est-ce que la prochaine Politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire prendra en compte les trois principes-cadres du rapport du Comité consultatif sur les changements climatiques? Qu’est-ce que le gouvernement fera des cinq recommandations auxquelles le conduit son analyse de la situation?


     *Selon le comité consultatif sur les changements climatiques
     Trois principes-cadre :

  • Arrêter l’artificialisation du Québec méridional;
  • Réduire la demande d’énergie et décarboner les secteurs des transports et des bâtiments;
  • Renforcer la résilience de la société québécoise

     Cinq recommandations :

  1. Préserver et restaurer les milieux naturels pour maximiser la séquestration de carbone et favoriser l’adaptation aux changements climatiques;
  2. Prioriser la mobilité durable;
  3. Soutenir la consolidation urbaine, la sobriété énergétique et la décarbonation du patrimoine bâti;
  4. Accroître la résilience aux changements climatiques sur l’ensemble du territoire;
  5. Renforcer les capacités d’action en aménagement du territoire pour relever les défis que posent les changements climatiques.

Les municipalités, reconnues comme gouvernements de proximité, sont aux premières loges en aménagement des territoires. Elles peuvent poursuivre leur action pour attirer de nouvelles résidences sur leur territoire aux dépens des milieux naturels et du territoire agricole, mais elles peuvent aussi choisir la préservation des milieux naturels. Deux facteurs sont susceptibles de les encourager en ce sens : l’obtention d’un financement qui ne repose plus sur la seule taxation foncière et la pression des citoyennes et citoyens. L’adoption de la future politique d’aménagement devra s’accompagner de mesures fiscales (y compris via les dépenses des ministères qui ont un impact sur le territoire) de nature à permettre aux municipalités de faire des choix écologiques. Autrement il sera bien difficile d’élargir la base citoyenne qui revendique des élus des choix écologiques.

Les opinions formulées aux cours des dernières semaines rejoindront-elles la prochaine campagne électorale? Les partis sauront-ils faire de l’éducation populaire en relayant auprès de la population les informations dont ils disposent afin d’éclairer leurs choix? Le gouvernement actuel qui vogue sur une vague de popularité exceptionnelle sera-t-il sensible à ces enjeux? Ou bien verrons-nous encore des ministres prétendre que les choix écologiques sont une mode? Continuera-t-on à affirmer que chacun peut s’installer où il veut et que rouler en VUS est une façon de reconnaître les besoins des régions? Voilà quelques questions à soulever dans la prochaine campagne électorale…

[1]     https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/environnement/publications-adm/organismes-lies/comite-consultatif-changements-climatiques/amenagement-territoire.pdf?165178420

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3 réponses

  1. Je suis convaincu aussi qu' »IL NE PEUT Y AVOIR DE RÉELLE BAISSE DES GES SANS DÉCROISSANCE ». Mais est-ce que pour cela il faut attendre la catastrophe? Changer de paradigme de civilisation ne peut pas se faire brusquement, il faut y mettre le temps et pour cela il faut commencer maintenant à réduire la croissance. L’enjeu politique de l’aménagement du territoire n’est pas la révolution de la décroissance, mais le coup de frein à la croissance en termes d’occupation du territoire. Comme c’est un objectif atteignable, il me semble qu’il faut bousculer nos députés caquistes climatosceptiques ou à tout-le-moins mous face aux enjeux pressants des changements climatiques. La tornade de la fin de semaine n’est-elle pas un signe avant-coureur qui devrait éveiller les gens sur les effets destructeurs de notre mode de vie?

    1. La question n’est pas de savoir s’il faut attendre la catastrophe. Mais bien de savoir si on soulève les bonnes questions, de façon ouverte pour changer de paradigme, briser les dogmes et questionner les mythes pour trouver des réponses adéquates à des problèmes inédits . Nous n’avons plus de temps et comme le disait Albert Einstein: « La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à des résultats différents.» Or, la question de « l’idéologie de la croissance » comme étant destructeur de la vie est ,à mon humble avis, posé rarement, sinon jamais, dans tous ces processus « démocratiques ». Non, je dois bien l’avouer, je n’ai plus confiance…. et l’avenir sera ce qu’il sera.

  2. Si on regarde les statistiques depuis plus de 150 ans, on y retrouve une corrélation presque parfaite entre l’augmentation de notre niveau de vie (PIB) et la consommation d’énergie dont la source première (près de 40% de l’électricité mondiale est produite à partir de centrales au charbon) est composée à plus de 80% d’énergies fossiles source principale des GES. D’où l’équation assez simple croissance = GES.
    Pour contrer cette réalité, on nous propose entre autres, de remplacer les énergies fossiles par des énergies dites renouvelables. Or, il a été impossible à ce jour de démontrer qu’il existait un découplage, une dissociation entre la prospérité économique (génération de revenu, croissance économique) et la consommation de ressources et d’énergie serait-elle « renouvelable ». Une conclusion semble donc s’imposer. IL NE PEUT Y AVOIR DE RÉELLE BAISSE DES GES SANS DÉCROISSANCE. La baisse des émissions pendant la pandémie illustre bien cette dépendance. En effet, la baisse des GES en 2020 correspond à une diminution d’environ 5% du PIB mondial et a recommencé à augmenter dès que les « mesures de relance » ont été mises en place pour stimuler l’économie. Toute solution qui fait abstraction de cette réalité incontournable s’attaque donc aux symptômes et non à la source du problème.
    Malheureusement, en ce qui me concerne, les recommandations du comité consultatif sur les changements climatiques comme les recommandations de bien d’autres comités… ne s’attaquent pas à la source du problème, évitent le véritable débat sur les choix que nous avons à faire et continuent à ENTRETENIR LE MYTHE QU’IL PEUT Y AVOIR UNE CROISSANCE INFINIE DANS UN MONDE FINI et ce n’est certainement pas dans un contexte de de « démocratie marchande » ou les milieux politique et des affaires ont des liens symbiotiques et déploient des ressources gigantesques pour façonner l’opinion publique selon les objectifs de l’idéologie productiviste-consumériste que l’on peut s’attendre à ce que les prochaines élections québécoise apportent des changements significatifs à leur vision du monde.
    Prisonniers du mythe, les politiciens n’ont au final d’autres avenues que proposer la course à l’augmentation du PIB avec quelques proposition « vertes pâles » pour satisfaire nos insatiables appétits, obtenir notre vote et maintenir le système en place au bénéfice de quelques privilégiées.

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