Un concept à revisiter…

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin

C’est en préparant ce billet dans le cadre de la série prospective « Nos années 20! » que je me suis interrogé sur ce que je comprenais exactement par « développement collectif » et le sens que je lui donnais au moment où le monde changeait en profondeur et que la question de l’adaptation était à l’ordre du jour. L’expression pouvant comporter plusieurs biais d’interprétation selon à qui on s’adresse ou l’effervescence journalistique du moment, j’ai donc choisi comme point de départ à mon questionnement la définition du Cadre de référence de Communagir : Au Québec, ce qu’on appelle « développement collectif » est « porteur d’une finalité de bien commun », le bien commun étant ce qui est « profitable à long terme pour l’ensemble des membres de la société ».

Ce que je comprends

Pour que cette définition puisse me servir de guide et de mesure à moyen et long terme, elle doit s’inscrire dans la période historique actuelle, s’appuyer sur une analyse des enjeux pour une longue période et identifier le niveau de risques intrinsèques pouvant compromettre le bien commun. Cette analyse devrait me permettre d’identifier les déterminants de ce qui sera profitable à long terme pour l’ensemble, de fixer des priorités, d’évaluer la pertinence des actions ou revendications envisagées en fonction de leurs impacts, des ressources à leur consacrer, avec le souci d’apporter des réponses à la bonne échelle, facteur déterminant de crédibilité et d’une adhésion sociale significative nécessaire à l’atteinte des buts poursuivis.

Des notions à clarifier

Pour m’être utile, il faut également circonscrire la notion de bien commun et de profitable à long terme. Dans l’imaginaire collectif de nos pays industrialisés, ces termes se sont forgés principalement dans le contexte idéologique de la seconde partie du 20e siècle. Période dominée par la notion de progrès et de développement issue du Grand Mythe Productiviste, assise d’une vision court-termiste, du «fondamentalisme marchand» base de notre bonheur, à la course à une croissance infinie et du toujours plus, plus, plus…

Vivant dans un monde interdépendant, financiarisé, hyper spécialisé atrophiant notre capacité à avoir une vision unifiée du monde, fortement médiatisé, possédant d’immenses moyens de propagande véritables « fabriques du  consentement », les notions de progrès et de développement orientent plus ou moins consciemment nos actions et notre façon de définir le « bien commun profitable à long terme pour l’ensemble des membres de la société », et ce, alors que des bouleversements radicaux et irréversibles détruisant les fondations de la vie, de notre vie, ont débuté et vont s’accélérer.

Notre compréhension, notre analyse et nos représentations actuelles de ce que devrait être le développement des collectivités ont donc été et sont toujours fortement influencées par des croyances, théories, une éthique, des valeurs et connaissances générées par un système étant par essence indifférent aux limites de notre planète. Sans nous en apercevoir, nous perpétuons une conscience obsolète du monde. Cette observation ne répond toutefois pas à ce que devrait être le bien commun dorénavant. Selon Wikipédia, la notion de bien commun, est un concept polysémique (qui a plusieurs significations). Ma réponse à cette question est restrictive vu les particularités de l’époque et s’appuie principalement sur la notion de besoins de la pyramide de Maslow tels que définies dans les deux premiers niveaux et le troisième niveau, lequel ne peut exister sans une réponse minimum aux deux premiers.

  • Besoins physiologiques (faim, soif, désir sexuel, sommeil, chaleur, etc.)
  • Besoins de sécurité (survie, protection, confort, tranquillité, etc.)
  • Besoins d’appartenance et de relation (fraternité, solidarité, convivialité, amour, etc.)

Ces choix « basic » découlent des enjeux de notre époque et de leur niveau de « risques intrinsèques » faisant obstacle au « bien commun pour l’ensemble des membres de la société ». Par risques intrinsèques, j’entends ici « la destruction du vivant » telle qu’on peut l’observer avec la 6e extinction de masse en cours (écocide) et « l’épuisement des ressources » nécessaires à l’existence humaine mesurée à l’aide de l’empreinte écologique ».

Reste « pour l’ensemble des membres de la société ». Est-ce réaliste dans un monde complexe, surpeuplé où les inégalités socio-économiques, la faim (25000 personnes en meurent chaque jour)  et l’intolérance ne cessent d’augmenter, où pour un nombre non négligeable la pensée, les comportements individualistes, la « libârté » priment sur toutes autres considérations? Les mesures adoptées par les gouvernements pour faire face à la pandémie visant, avant même le risque sanitaire, à limiter les impacts sur cette économie lacunaire d’une part et l’exemple des réactions des populations d’ici et d’ailleurs à porter le masque lors du déconfinement ou encore le discours complotiste sont, à cet effet, révélateurs de la « difficulté » pour plusieurs à subordonner leurs intérêts pour le « bien commun ».

J’ajouterai donc comme risque intrinsèque, le « risque éthique » que je définis par la multiplication des conflits, des bris de solidarité et le chaos social générés par l’amnésie généralisée du passé, l’absence de réflexions et d’une adhésion sociale large sur le pourquoi, les obligations et implications du « vivre ensemble » dans un contexte de mutation. La « démarche éthique » cherche à répondre à certaines questions dont : « Qu’est-ce qu’il est bon de faire, pour nous-mêmes et pour les autres? » et « Qu’est-ce qui est le moins approprié? ». Elle vise à réduire les incompréhensions, susciter la solidarité et la confiance. Elle ambitionne la recherche d’un espace commun où droits, dignité humaine, respect du vivant, le renversement des valeurs symboliques aujourd’hui valorisées et responsabilités sont indissociables. Une démarche où l’écologie (relation entre les êtres vivants) sera au centre de nos choix de société et des arbitrages inévitables.

Une leçon à retenir. Le constat des limites à l’action volontaire aura finalement imposé de reconnaître la nécessité de prendre des mesures restrictives et contraignantes pour le bien commun.

Ma définition du développement collectif

Ce que j’appelle « développement collectif » est porteur d’une finalité de protection à moyen et long terme de la communauté humaine et du vivant, élément indispensable à sa survie et au maintien d’un niveau de vie soutenable et digne. Les actions posées dans cette perspective sont priorisées et évaluées en fonction de leurs conséquences (impacts) sur le moyen et long terme sur l’écosystème terre et de la satisfaction des besoins de base, du plus grand nombre, guidée par un questionnement éthique. 

Dans un environnement interdépendant et mondialisé régi par des limites objectives et visant la satisfaction des besoins de base du plus grand nombre, on ne peut avoir « le beurre et l’argent du beurre ». Des choix éthiques s’imposent. Il est impératif de reconnaître ce fait et d’arrêter de jouer à l’autruche. Il est plus que temps de couper avec l’angélisme, n’en déplaise à certains. Un nouveau contrat social, en rupture complète avec nos vieilles croyances est incontournable.

Couper avec l’angélisme

Si à large échelle, l’intervention des États demeure un élément fortement souhaitable, voire incontournable aux changements radicaux qui s’imposent, et ce, malgré leurs inconséquences actuelles, cela ne réduit en rien notre responsabilité. Au contraire. Il s’agit d’une responsabilité partagée mais que nous devons assumer sans attendre l’état salvateur. Si le défi semble impossible à relever individuellement, en tant qu’acteurs intervenant au niveau local, nous pouvons développer ensemble notre leadership, la confiance, l’entraide et les compétences nécessaires, nos capacités d’adaptation et d’autonomie et faire une différence porteuse d’un espoir pragmatique, accessible, dans nos milieux. Multiplier nos capacités d’actions, profiter des expériences étrangères et fournir l’effort pour modifier notre perspective de ce que devrait être « l’action collective dans la prochaine décennie » pour nos communautés locales et le Québec.

Cet effort s’impose d’autant plus que la crise marquante mais « temporaire » du coronavirus a suscité un effort de guerre et une mobilisation planétaire sans précédent qui a complètement détourné l’attention des enjeux des changements climatiques et de l’épuisement des ressources qui ne sont toujours pas considérés comme des crises aux conséquences « irréversibles ». Crises qui iront selon les modèles scientifiques, à l’exemple des méga feux qui sévissent de la Californie à la Sibérie, croissants et s’accélérant.

Se mettre en mouvement : des pistes d’actions

  • Comprendre et expliquer concrètement la nature et les conséquences des problèmes à traiter
  • S’éduquer aux conséquences de nos actions (impacts). Comprendre notre dépendance totale à un milieu naturel fragile et intégrer les risques connus et les catastrophes prévisibles à nos projets et plans d’action
  • Consommer moins. Réduire nos dépendances entre autres, aux technologies.
  • Sortir du mythe du progrès et du développement et affirmer que la résilience, la réflexion éthique et le climat sont les défis centraux à relever.
  • Créer des îlots sources d’inspiration pour un modèle alternatif. Développer et accompagner des projets cohérents, réalistes, porteurs d’espoirs, offrant des solutions à notre mode de vie actuel (pensons à la reconversion du type et du nombre des emplois dans des secteurs émetteurs de grandes quantités de GES comme l’aéronautique, l’automobile, le numérique, l’élevage animal industriel) et permettant aux travailleurs et citoyens de toutes catégories d’entrevoir concrètement ce que pourrait être la transition vers un mode de vie sobre et équitable pour tous.

Se regrouper afin de développer des synergies, du support et du réconfort. Répondre aux difficultés du quotidien, de la mutation à réaliser et éviter l’écoanxiété par la réflexion et l’action partagée

Une initiative visant à développer une vision large de la transition au Québec, comme celle réalisée sous l’égide de Dominic Champagne et Laure Waridel « 101 idées pour la relance » illustrent bien, malgré leur bonne volonté, cet angélisme, cette pensée magique qui maintient l’illusion que ces changements inévitables se feront sans tensions entre groupes d’intérêt, pertes et grandes modifications à notre mode de vie. Il faut aller beaucoup plus loin en dépassant les vœux pieux et démontrer COMMENT réaliser concrètement les changements prioritaires si nous souhaitons limiter les dégâts et les maîtriser pour que la population consente à fournir les efforts exigés:

  • En anticipant les changements structurels qui vont transformer en profondeur des activités essentielles comme se nourrir, se loger, se déplacer, se soigner, étudier, échanger
  • En identifiant les mesures d’adaptation, les mécanismes de reconversion et d’accompagnement à mettre en place afin d’en réduire les impacts sur les populations touchées.
  • En élaborant une planification concrète de la transition de nos territoires. Cohérente entre les secteurs pour sortir de l’improvisation et permettre de faire des choix stratégiques, du moins au niveau de la région
  • En quantifiant les résultats visés, les efforts à fournir et les avantages (maitrisés versus subis)

L’expérience de la COVID-19 qui ne constitue qu’un prélude est riche d’enseignement. On va, faute d’anticipation, se faire prendre encore les culottes baissées… mais avec de moins en moins de ressources pour faire face à de nouvelles crises qui vont augmenter en intensité, en nombre et en complexité.

Reste à voir si à titre de citoyen, d’intervenant, militant ou organisme, on se sent concerné par notre propre avenir et par celui de ceux et celles qui suivront et comment nous comptons utiliser le temps qui nous est imparti?

Commentaires partagés sur Facebook

3 réponses

  1. Comme cadre de réflexion c’est excellent bien qu’un peu aride.
    J’aurais aimé des exemples concrets reliés aux actions proposées.
    Je viens de visionner l’excellent film  » David Attenborough: une vie pour notre planète » qui en plus de présenter un portrait extrêmement réaliste de ce qui nous attend dresse aussi une liste fort intéressante d’actions à entreprendre. Il y a des choses concrètes à faire. C’est un véritable plan d’action qui définit très bien aussi une plate-forme de revendications. Il faut faire plus que « marcher pour l’environnement », réduire notre consommation, manger moins de viande et inventer quelques projets alternatifs. Il faut exiger des actions bien précises, mesurables, sur lesquelles on peut demander des comptes. Ça m’a fait du bien.

    1. Un film d’une grande sensibilité qui permet de passer d’une compréhension intellectuelle à une compréhension du coeur sur la catastrophe actuelle. Le film se gâche toutefois quelque peu lorsqu’il aborde les solutions.
      Il pêche par les mêmes travers que ce que je reproche aux approches commes celle de Dominic Champagne. Entre autres, son angélisme, une confiance presque illimitée dans les technologies et l’absence de questionnement sur une des principales sources de la situation actuelle: l’idéologie de la croissance.
      Cela n’en demeure pas moins un film à voir absolument car il aide à mieux comprendre le processus de destruction dans lequel nous sommes engagé. YF

  2. Super article très clair, et menant à la réflexion.
    Je suis en total accord, j’aime ta définition du développement collectif et des pistes d’actions
    Suzanne

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin