Je suis responsable, et vous?

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« Nous avons tous la même responsabilité aujourd’hui: retrouver l’inspiration de nos héritages humanistes. »

Abdenour Bidar, philosophe, essayiste

Je ne sais pas si c’est l’intuition qui m’a inspiré l’article que j’avais écrit le 26 novembre 2019 : Qui est ce «Je» qui décide pour «Nous»?. N’empêche que le sujet est d’actualité depuis mars 2020. Au Québec, comme partout ailleurs, nous avons dû vivre avec les décisions politiques « covidiennes » tout en continuant d’avancer dans l’incertitude. Nous nous sommes retrouvés devant l’inconnu, forçant les dirigeants à prendre des décisions intuitives basées, nous pouvons le supposer, sur la peur; celle de voir encore plus de décès.

Je rappelle que, selon Richard Barrett, auteur du livre L’entreprise inspirée par les valeurs, une décision peut être basée sur l’instinct, sur des croyances inconscientes, sur des croyances conscientes, sur des valeurs, sur l’intuition, sur l’inspiration.

Un an plus tard, après tout ce que nous avons vécu ensemble, mais seul, ou seul mais ensemble, c’est selon, les répercussions de ces décisions affectent ce qu’il y a de plus profond en nous : nos valeurs. Celles qui nous éloignent ou nous relient.  La COVID fauche des vies laissant derrière elle des deuils incroyablement tristes. Pour celles et ceux qui restent, elle abîme et brise des familles, des amitiés, des amours. Ces tissus déchirés prendront du temps à se recoudre. Pourquoi? J’amène le postulat que ces séparations reposent sur le fait que nos valeurs profondes ou nouvelles ont été mises à rude épreuve. Pour plusieurs,  sous tensions, dans la solitude de leur foyer, la retenue, l’inhibition ont fait place à un déferlement verbal susceptible de rompre définitivement des liens. Ce sont là des dommages collatéraux évidents et malheureusement souffrants.

Comprendre

Qu’est-ce qu’il faut en comprendre? Qu’est-ce qu’une valeur? Celle qui fait qu’on s’y accroche tellement au risque de perdre jusqu’à notre famille, nos amitiés, nos collègues, nos repères? Pourtant, une valeur ne devrait-elle pas être ce qui nous rassemble? Suis-je capable d’assumer mes responsabilités devant cette nébuleuse situation où la direction à prendre est embrumée par toutes sortes de théories et d’expertises qui soit se parlent, soit se contredisent?  Trop souvent, le terrain est oublié dans cet immense jeu de coudes à savoir qui a raison, qui a tort. Ne vivons-nous pas une solitude historique? Celle qui nous distancie de l’autre certes, mais celle qui nous éloigne de notre système de valeurs sociales fondatrices et dont nous avons souvent l’impression d’être le seul ou la seule à comprendre ou ne pas comprendre dans la cacophonie des discours.

Mais qu’est-ce que comprendre? J’ai voulu en savoir davantage et approfondir mes connaissances sur cette notion. Je suis tombée sur un texte[1] d’Alexandre Schnell fort intéressant et d’une certaine complexité philosophique réflexive mettant en relief des définitions du concept «comprendre» à travers la pensée d’Heidegger, Fichte, Gadamer, Hegel, Husserl. Moi qui prône sans arrêt la simplicité avec le «sujet-verbe-complément», force est de constater que je n’étais pas dans le bon registre. Toutefois, c’est passionnant ce que j’ai pu y lire. J’ai retenu dans la théorie phénoménologique de la compréhension que cela concerne le «rapport entre ce qui est compréhensible (ou qui va de soi) et l’incompréhensible (ou qui ne va pas encore de soi)».

Plus je cherchais à comprendre, plus je m’enlisais dans ma propre compréhension. Je suis plus à l’aise sur le projet de «faire du sens», un «se projeter», une «auto-explicitation du soi». La façon dont je peux comprendre ce qui est là émerge de la personne que je suis et deviens. Ce façonnement n’est pas étranger à ce que l’histoire a fait de moi et comment elle agit sur moi. Ces considérations guident ma position face au monde. Comment j’arrive à bien cerner et comprendre la situation qui se vit là? Le dialogue favorise la mise en rapport du «comprendre» et du «s’entendre sur quelque chose».

Constater

Pendant ce temps, dans notre société, des constats s’établissent. La pandémie a exacerbé la pauvreté, creusant davantage l’écart entre les riches et les pauvres.  La sécurité et l’autonomie alimentaire posent certains défis, comme développer une culture et une agriculture de proximité. La crise du logement se fait sentir partout. La condition des personnes aînées devient urgente à régler. Les jeunes vivent des problèmes de santé mentale. Le système de l’éducation est perturbé. Montréal vit l’exode au profit de ses banlieues et des régions rurales. Le développement des territoires est à équilibrer. Le télétravail ébranle les conditions de vie personnelle et professionnelle des travailleurs, entrepreneurs, dirigeants, gestionnaires, etc.

Dialoguer

Dès aujourd’hui, l’amorce d’une réflexion sociale collective prospective est nécessaire pour se relever, repenser le système, les politiques, tenter de repartir sur des bases un peu plus solides et créer un projet de société à notre image. Sommes-nous davantage dans le dialogue ou dans la discussion? Savons-nous dialoguer? Sommes-nous prêts à céder certaines convictions ou positions pour arriver à faire consensus ou bien diviser davantage?

S’entendre sur quelque chose socialement prend ses racines dans les valeurs qui nous portent. Valeur éthique, valeur morale, valeur propre ou intime à la personne, valeur vitale, valeur politique, valeur culturelle, valeur identitaire, etc. Ne serions-nous pas dans une forme de métamorphose des valeurs? Sans un consensus de fond sur les valeurs fondatrices de notre société, celle-ci finira éventuellement par se désagréger. Mais quelles sont-elles? Nous reconnaissons-nous à travers elles?

Se responsabiliser

Pour aujourd’hui et pour notre avenir, il serait peut-être intéressant d’explorer de nouvelles valeurs, dont l’humilité, la solidarité, l’audace. Être agile, souple, flexible, tolérant, respectueux. Avoir du courage. Agir avec bonté. Garder la maîtrise de soi. Avoir du savoir-vivre, du savoir-être. Faire acte de reconnaissance, de considération, de compassion. Cultiver le sens du beau. Être citoyen. Bref, être humain, être un humain responsable devant tous ces défis qui, malgré la crise sanitaire, nous offrent l’occasion de provoquer de réels changements pour une société plus juste, plus équitable. Craignons-nous de soutenir nos responsabilités?

Cette responsabilité appartient à chacun de nous. Il y aura des décisions à prendre pour notre avenir. Assurons-nous qu’elles ne soient pas seulement sur une base intuitive, mais prise en fonction d’un projet de société qui nous ressemble et nous rassemble. C’est une occasion à ne pas manquer.  Pour tout ça, je me dois d’être responsable, et vous?

[1] Qu’est-ce que comprendre?, Alexander Schnell

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