Espoir et enthousiasme en temps de pandémie

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Le quartier Saint-Michel à Montréal est «célèbre» pour ses gangs de rue et ses deux grandes carrières devenues dépotoirs. Mais, depuis plus de 15 ans, il est célébré pour de meilleures raisons : une approche intégrée, pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, qui veut redonner un sentiment d’appartenance et de fierté à des populations qui demeurent parmi les plus pauvres, économiquement, au Québec. C’est encore un quartier d’immigration (plus de 49,6 % nées hors Québec, Statistique Canada, 2016) et un quartier de transition pour des populations immigrantes en mouvement. C’est aussi un exemple d’un aménagement urbain, anarchique et enclavé où la mobilité intérieure du quartier de 56 000 habitants est très difficile.

C’est aussi une table de quartier, Vivre Saint-Michel en santé, qui, peu de temps après s’être donné un nouveau plan de quartier 2020-2024, a dû s’adapter au confinement. À la pauvreté économique et un certain isolement physique et linguistique s’ajoute celui de la «fracture numérique», ce qui soulève un autre défi pour joindre et informer une population pauvre. Au delà des comités d’urgence rapidement mis sur pied virtuellement, il fallait trouver des moyens d’acheminer des aliments à domicile aux personnes à faible mobilité et à faible revenu.  Et il fallait aussi tenter de maintenir des liens sociaux en respectant la distanciation physique.

Soutenir la population

De ce défi germe une idée simple, mais porteuse : utiliser la médiation culturelle pour rejoindre et mobiliser les citoyennes et citoyens* dans l’organisation communautaire de la sensibilisation aux mesures de précaution de santé publique, et l’information sur les ressources communautaires et publiques disponibles pour soutenir la population. Et cela vise à impliquer des citoyennes dans les animations culturelles elles-mêmes, avec des artistes professionnelles. Enfin, on vise à soutenir la récolte de témoignages, par des citoyennes auprès de citoyennes, sur comment elles ont vécu le confinement et le respect des mesures imposées par la santé publique. À travers ces animations, on espère porter un message d’espoir et d’enthousiasme devant l’ampleur du défi.

Le premier objectif est d’aller où sont les populations les plus vulnérables et isolées, aux quatre coins du quartier : sous les balcons des HLM, surtout aînées, sous les balcons des immeubles collectifs, dans les rues et surtout les ruelles, et «les cordes à linge liantes», les parcs, les terrains de jeu tolérés pour les jeunes.

Le deuxième objectif est de porter un message d’enthousiasme par la musique (tricycle avec système de son et instrument de musique, musiciens à distance) le mime, la poésie, le conte, la danse, le bricolage; ces moyens  favorisent l’interaction et passent un message de sensibilisation sur les mesures de santé publique, les ressources disponibles et l’espoir que la vie reprendra son cours «normal». Ces artistes sont accompagnées d’agents de sensibilisation (intervenantes communautaires et citoyennes) qui portent un message et des petits dépliants sur les ressources.

Le troisième objectif est de récolter des témoignages des résidents pour porter leur parole sur les messages compris, les ressources disponibles et leur vécu pendant cette période de confinement.

Le quatrième objectif est de diffuser ces témoignages sur diverses plateformes : vidéo, photos, podcast, bulletins communautaires, journaux de quartier, lettres, affiches, murales, théâtre… qui peuvent joindre une diversité de citoyennes avec des médias adaptés.

Cela ne fait que commencer et la créativité est invitée à dépasser les moyens habituels pour joindre le plus grand nombre.

Un premier constat de l’impact de ces actions c’est que des citoyennes découvrent des ressources peu connues, qu’elles apprécient que l’on vienne à elles, qu’elles ont le goût d’aller découvrir ces ressources.

C’est aussi des rencontres de générations : les enfants dans les ruelles découvrent et questionnent des artistes et des intervenantes communautaires, des jeunes, souvent laissées pour compte, animent des ainées et se sentent reconnues et valorisées comme partie de la solution et non seulement comme «un problème».

Et les artistes, elles-mêmes devenues vulnérables pendant le confinement, découvrent que leur contribution «fait du bien» dans un contexte peu coutumier : de la musique de chambre sous des balcons, de la musique et des mimes dans les ruelles!  Et toutes ces contributions diverses sont soutenues par une concertation de tous les acteurs communautaires, culturels, publics, économiques et politiques, avec une vision commune de cohésion sociale et d’un développement intégré, qui lie la santé physique et la santé mentale, voire l’aménagement urbain  qui favorise des espaces collectifs de rencontre.

 

*L’auteur continue à féminiser son texte pour rendre hommage aux «héroïnes du quotidien», qui sont très majoritairement les artisanes des organismes communautaires et des familles.
Voir Lavoie, J. et Panet-Raymond, J., «La pratique de l’action communautaire», 4e édition, PUQ, décembre 2020.

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