Les années 2020 seront ce que nous en ferons

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Il est toujours hasardeux de faire des prévisions sur ce que sera la décennie qui commence. Nous avons une bonne idée de celles qui se terminent (encore que les lectures demeurent multiples), mais les indicateurs ne sont pas clairs même si les défis le deviennent davantage, notamment quant à la transition socioécologique qui impose des choix collectifs en termes de justice sociale et de décroissance de nos habitudes de production-consommation.

Une remarque de Louise Arbour, en entrevue à Radio-Canada le 9 avril 2020, m’a rejoint. Parlant de la crise provoquée par la pandémie, elle affirmait que « c’est une espèce de répétition générale des changements climatiques », soulignant que cela démontre que « personne n’est vraiment en sécurité si tout le monde n’est pas en sécurité » et qu’il faut « une distribution plus équitable des biens essentiels ». Cela va exiger, disait-elle, « des ajustements très profonds ». En somme, ce qui nous vivons depuis quelques semaines devrait être un temps d’apprentissage pour relever les défis des années qui viennent.

Je suis frappé par le nombre de plateformes numériques actuellement accessibles où s’expriment des citoyennes et citoyens, des organismes et des scientifiques qui réfléchissent sur l’après COVID-19. On souligne l’urgence d’organiser le rétablissement économique sur la base d’un État social malmené depuis les années 1980 par les politiques néolibérales. On montre comment l’économie sociale et solidaire pourrait agir comme une constellation de solutions qui vont dans le sens d’une démondialisation et une décroissance solidaires. On questionne les tentations canadiennes de considérer les ressources pétrolières comme avenue de relance et on demande de favoriser les solutions locales et participatives notamment en agroalimentaire. On souhaite que les entreprises financières, sauvées en 2008 par un apport massif de fonds publics et qui engrangent des profits impressionnants, soient cette fois mises à contribution. Et on pourrait allonger la liste. Bref, il y a une effervescence pour proposer des avenues très concrètes de sortie du modèle libéral dont l’échec est de plus en plus manifeste.

En même temps, il faut bien voir comment s’activent déjà les promoteurs du libre-échange, de la mondialisation et de la croissance à tout crin. Les pétrolières continuent à nier la fin de l’ère des énergies fossiles et les indicateurs boursiers, après quelques fléchissements, sont repartis à la hausse : comprenons que l’on anticipe déjà une reprise du business as usual. Les mécanismes institués pour préparer les stratégies de relance à Québec comme à Ottawa sont significativement entre les mains des ministres économiques. Bref, les défis d’équité et de transition écologique risquent encore une fois de passer en second.

Rebâtir le vivre-ensemble

Par ailleurs, je constate avec plaisir que les associations – groupes communautaires et entreprises d’économie sociale – réussissent à innover afin de poursuivre leur travail auprès des populations vulnérables, mobilisant les jeunes pour remplacer le bénévolat des septuagénaires confinés, poursuivant leur rôle de lanceurs d’alerte sur les situations socialement dangereuses, etc. Il y a là un signe de résilience que je considère comme un indicateur déterminant pour la décennie qui commence. Il faudra rebâtir un vivre-ensemble à partir de la base, des populations et de leurs besoins, des territoires et de leurs forces.

Mais, pour y arriver il faudra aussi établir un rapport de force en faveur d’une relance alternative plutôt qu’une reprise de pratiques économiques qui font partie des problèmes et contribuent à les aggraver. L’horizon de 2030 que l’on désigne comme un moment critique pour l’équilibre écologique, se rapproche dangereusement. Dix ans, c’est une échéance très courte si nous voulons changer de paradigme, mais qui n’est pas ressentie avec la même urgence à court terme que la COVID-19. Le travail de mobilisation sera exigeant. L’établissement des rapports de force nécessaires pour infléchir les politiques n’est pas évident et nous ne savons pas si les populations seront suffisamment en colère pour chasser les gouvernements qui ne prennent pas cette direction.

Bref, je pense que la répétition générale dont parlait Louise Arbour peut être une formidable occasion d’infléchir notre modèle socioéconomique, mais cela n’arrivera pas si nous n’arrivons pas à faire partager cette conviction par la population. Les années 2020 seront ce que nous en ferons. Elles comporteront inévitablement des victoires, mais aussi des échecs dont nous devrons savoir faire des apprentissages. C’est rien de moins que l’avenir de la planète qui pourrait se jouer dans cette décennie inaugurée par un virus disséminé par la mondialisation des échanges.

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2 réponses

  1. Merci René pour ce billet éclairant et généreux. «Dix ans, c’est une échéance très courte si nous voulons changer de paradigme». Oui, en effet. Même si nous étions «au petit matin du grand soir» avec une force révolutionnaire organisée capable d’un rapport de force à la hauteur des forces financières et corporatives dominantes, dix ans ne serait pas de trop pour faire virer de bord le «paquebot» de notre société thermo-industrielle. Mais les forces de changement sont éparses et multiples, souvent repliées sur elles-mêmes… Si cet éclatement et cette diversité peuvent devenir des atouts dans une vision de l’avenir où les collectivités sont plus attentives et aimantes, il nous manque encore ce point d’appui ou cet axe de rassemblement pour établir ce rapport de force. Le rassemblement par contamination des bonnes volontés, ça prend du temps que nous n’avons plus… Si nous étions en 1972, peut-être. Aujourd’hui il faudra aussi contraindre, forcer, imposer des changements contre la volonté de certaines forces d’autant puissantes qu’elles peuvent compter sur l’inertie de beaucoup de consommateurs béats de contentement.

  2. Nous ne pouvons pas agir mondialement mais comme Québécoise, je peux participer, manifester, signer des pétitions, m’engager à changer des comportements : acheter local à défaut acheter canadien, réutiliser, recycler et consommer en fonction de mes besoins réels, etc .
    Le mieux vivre ensemble peu importe notre âge, ne pas accepter les luttes qui opposent les intérêts des plus jeunes et ceux des aîné.e.s, refuser l’exploitation de l’homme par l’homme et la destruction de notre planète.
    La lutte mondiale contre la COVID-19 nous permet de réaliser que si nous le voulons vraiment nous sommes capables de collaboration. Et pourquoi pas pour l’environnement ?
    Une porte s’ouvre. On peut y entrer ou la refermer mais n’attendons pas qu’il soit trop tard.

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