La réconciliation dans l’agir collectif, au-delà de l’agir politique

Eruoma Awashish, Mackwisiwin, murale à la mémoire de Joyce Echaquan, 2020.©Musée d'art de Joliette.
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*Crédit de l’image : Eruoma Awashish, Mackwisiwin, murale à la mémoire de Joyce Echaquan, 2020, Musée d’art de Joliette.

J’ose rarement aborder le sujet des peuples autochtones, car je crains, malgré moi, de manquer de respect, de blesser. Leur histoire ne m’appartient pas, même si elle fait partie de moi. Cette crainte d’un faux pas ne m’empêche toutefois pas de me questionner sur l’agir impérialiste qui a modelé le territoire où je prends racine aujourd’hui. En effet, lorsque l’on souligne la Journée nationale des peuples autochtones par le prisme de l’agir collectif, impossible de passer à côté de cette histoire commune qui nous lie aux racines d’un vocable trouble : la colonisation

Je pense alors à cette idée de colonisation, telle que l’ont pensée les « grands explorateurs » (notez les guillemets). Elle consistait plus ou moins à mettre le pied sur une terre étrangère et y déverser un flot de colons dans une optique de conquête et de domination dudit territoire et de ses habitants pour en exploiter les ressources. Je trace ici une définition à gros traits du phénomène qui ne fait pas honneur au remarquable travail des théoriciens du colonialisme et postcolonialisme comme Edward Saïd pour ne nommer que lui.

En ce jour du 21 juin, solstice d’été, où la Journée nationale des peuples autochtones se fête avec un mélange de culpabilité et d’immobilisme pour bon nombre d’entre nous, je me demande s’il ne faudrait pas envisager de dire un peu les choses autrement. À ne plus parler de notre passé uniquement en ces termes de colonisation.

Colonisation. Un mot qui implique un peuple fort contre un peuple faible, un peuple noble contre un peuple vil, un peuple premier contre un peuple secondaire. Lequel est lequel?

Nous sommes pourtant le fruit d’une mixité heureuse. Si, au lieu de voir un agir impérialiste dominateur, qui implique les « grands de ce monde », on voyait une collaboration, qui nous renvoie aux « petites gens »? Car malgré toutes les horreurs perpétrées contre les premiers peuples par mes ancêtres, et malgré celles qui persistent encore à se répéter aujourd’hui, je continue à voir dans notre histoire commune l’ombre d’un agir non pas politique, mais collectif, où se sont dessinés les contours d’une solidarité qu’on aura trop vite jetée.

Dans mon présent, dans mes échanges et contacts avec les Autochtones, je n’ai connu que ça, de la solidarité et de l’accueil. D’eux vers moi. Moi qu’ils identifient pourtant à un peuple qui les maltraite encore trop souvent. Eux dont les Anciens racontent encore qu’il y a des centaines d’années ils avaient rêvé des bateaux et les attendaient pour les accueillir. Et dans l’écho contemporain de cet accueil solidaire, je vois le brouillard lointain de ces hivers foudroyants, de ces nuées de mouches noires qui vous mordent jusqu’au sang. Je vois André Mignier dit Lagachette, je vois Tec Cornelius O’Brennan, et leurs compagnes, et leurs enfants. Je vois le regard des peuples premiers et celui de mes ancêtres se croiser dans l’égalité, ancré dans cette altérité solidaire qui a rendu mon existence possible.

C’est pourquoi, parfois, j’aimerais que l’on prenne une pause du mot « colonisation ». Non pas pour effacer le tort que nous leur avons fait, mais pour enfin reconnaître à leurs justes valeurs l’immensité de leur accueil et la noblesse des gestes de construction qu’ils ont posés avant que, malheureusement, on procède à leur destruction au nom de ladite colonisation.

Je leur suis reconnaissante de m’avoir accueillie chez eux, d’avoir aidé les mères de mes ancêtres avec leurs enfants comme elles et ils l’ont fait pour moi avec les miens et je me dis que la reconnaissance d’une nation vient avec la reconnaissance de toutes celles et ceux qui l’ont construite. Et je souhaite, que l’agir politique d’aujourd’hui en finisse de se dépouiller de l’agir politique d’hier, pour que nous invitions enfin, résolument, les premiers peuples à la table de la création de notre avenir, puisque c’est avec eux que nous avons construit notre passé.

Migwetch, Mîkwêc, Miigwech, Naqumik, Mutna, Quianamik, Anushik, Niá:wen, Welálin…

 

 

 

 

 

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