J’adore les histoires

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« Lorsque la CRÉ est disparue, mon deuil n’a duré qu’une nuit. Au lever du jour, j’ai pris la décision de mettre toutes mes énergies à me battre et à protéger ce à quoi je croyais, ce que nous avions construit ensemble. Je me reposerai bien plus tard. »

– Emma Savard, coordonnatrice de
Communauté Ouverte et Solidaire pour un Monde Outillé, Scolarisé et en Santé (COSMOSS),
Bas-St-Laurent.


Vendredi dernier, je participais à un atelier de storytelling initié par le Collectif des partenaires en développement des communautés. Lors de cet atelier, six « belles histoires des pays d’en haut », en provenance du nord, du sud, de l’est et de l’ouest du Québec, nous ont été racontées. Y étaient conviés des acteurs engagés dans la réorganisation en développement social de leur région. Des représentants de Lanaudière, Vallée du Haut-St-Laurent, Charlevoix, Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine, Abitibi-Témiscamingue et Bas-St-Laurent avaient répondu généreusement à l’appel.

Ces narrateurs nous ont présenté des histoires de résilience peu communes. Des chroniques fascinantes, que dire, des épopées, apprenantes et inspirantes. Des histoires qui, sans contredit, font rêver et éveillent en nous le désir de contribuer. Des histoires qui nous font dire que le tsunami de l’austérité libérale ne sera, au final, qu’un chapitre de cette grande histoire du développement social territorial au Québec.

En parcourant mes notes, j’ai rapidement décelé des liens avec les cinq conditions essentielles de l’approche Impact collectif définie par FSG.

J’y ai d’abord constaté la présence des 4 conditions préalables à la réussite de l’impact collectif :

  • Urgence du problème. Dans tous les territoires, les enjeux sont de taille : dévitalisation, inégalités sociales, vieillissement de la population, occupation du territoire sont sans nul doute des urgences qui appellent à l’action collective et à la nécessité de collaborer.
  • Ressources adéquates. Cela est et restera le nerf de la guerre car pour faire arriver le changement souhaité, nous devons avoir les ressources financières et humaines afin de mener à bien les divers projets collectifs et créer des petits et grands succès au sein de la collectivité. Les transformations de 2014 ont créé un ressac significatif. Les concertations régionales se retrouvent amputées et limitées dans leur capacité d’agir. Le défi de la pérennisation des actions en est un de haut niveau. Il importe que gouvernements, municipalités régionales de comté (MRC), centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), élus locaux, entreprises, bailleurs de fonds mettent au centre de la table les ressources indispensables pour avancer. Il y va de l’avenir du Québec.
  • Leader d’influence. Comment s’assurer d’un leadership robuste, partagé, engagé au sein des territoires? Les collectivités sont portées par des leaders passionnés. Il y a, par exemple, cette quarantaine de rêveurs qui osent définir l’avenir du territoire. Ou encore, cette gardienne de la vision collective qui depuis 16 ans entretient les liens et suscite les conversations. Il y a aussi ces élus qui savent faire partie de l’équation et assurent un leadership significatif. Il y a cette agente de développement qui en mène large et qui sait s’entourer des différents acteurs de changement. Même si le leadership est présent, cela demeure un enjeu de taille car l’équilibre reste fragile. Avec la mise à mort des conférences régionales des élus (CRÉ) et des centres locaux de développement (CLD), ce sont de nombreuses expertises qui manquent à l’appel.
  • Confiance entre les acteurs. On constate dans certaines régions que la confiance est ébranlée et que les alliances d’hier s’effritent. D’autres ont su protéger la solidarité et tenir le coup malgré ces vives bourrasques. La confiance demeure donc centrale dans la mise en place de toute mobilisation régionale. Si elle n’est plus là? Eh bien, travaillons d’abord à la reconstruire avant de nous lancer dans de nouvelles aventures. Elle saura renaître de ses cendres si l’on y met du nôtre et que l’on cherche ensemble à protéger le bien commun.

Et maintenant, les 5 conditions qui favorisent un plus grand impact collectif. Les voici, les voilà :

Plan d’action commun. Les communautés qui avancent à pas de géant ont choisi le chemin du plan d’action commun et intégré. On voit poindre une grande volonté d’harmonisation. On opte pour le « faire ensemble » plutôt que l’approche en silos. Cette voie préconisée, mise en place il y a de nombreuses années, confirme que de travailler de façon intégrée est structurant et facilitant pour un territoire. Cela comporte évidemment son lot d’exigences, et une nécessaire adaptation. Cela commande aussi de laisser parfois tomber quelques chasses gardées… Mais en définitive, cela procure solidité et maturité pour la communauté.

À travers les histoires racontées, on a pu constater que dans le cadre de cette réorganisation régionale de nombreux enjeux deviennent orphelins (aînés, sécurité alimentaire, transport collectif, etc.). Dans les prochains mois, des efforts supplémentaires seront nécessaires pour ne rien échapper au passage.

Système d’évaluation commun. Se regarder aller, s’observer, apprendre et s’ajuster n’est-ce pas ce que l’évaluation permet de créer dans un collectif. Ici encore, on voit que tout cela a fait son chemin. Du spectre « reddition de comptes » à « évaluation apprenante », on sent vivement le vent tourner. Certaines régions, toutefois, en sont encore bien loin. D’autres signalent leur intérêt à explorer encore plus cette dimension. Il est souhaitable que les collectivités adoptent une telle capacité de se regarder aller, tout en restant dans l’action. Seules les collectivités apprenantes traverseront les défis des prochaines années, j’en suis convaincue.

Des actions se soutenant mutuellement. Comment projeter nos actions comme des actes liés, structurants, devenant des effets levier les uns pour les autres? Comment planifier nos gestes en fonction de l’ensemble de ce système complexe, pour avoir un plus grand impact? Comment conjuguer à la fois nos approches intuitives et réfléchies? Que ce soit dans le Bas-St-Laurent avec COSMOSS, ou encore dans Charlevoix ou avec des MRC de la Gaspésie qui choisissent d’avoir des plans intégrés, cela confirme la pertinence de cette condition.

Communication permanente. Comme tout cela ne peut se réaliser qu’à grands coups d’humains, il importe de maintenir une communication constante. Évidemment, on s’attardera à réaliser des infolettres, organiser des événements rassembleurs, créer un portail en développement social et animer des pages Facebook. Il faut aussi, par des rendez-vous stratégiques, des petits déjeuners, des 5 à 7, entretenir les relations, susciter de nouvelles alliances (notamment avec le secteur économique), protéger les complicités et initier les nouveaux venus au sein du collectif.

Et la participation citoyenne dans tout cela? Elle s’avère inégale d’une région à l’autre. Des initiatives sont lancées ici et là et de nouvelles façons d’entendre les préoccupations de tous sont expérimentées. Tout cela exige du temps, beaucoup de temps, et les milieux disent manquer de ressources pour tout coordonner.

Structure de soutien. S’assurer d’avoir une équipe dédiée est une condition essentielle au devenir collectif. On veillera à avoir des personnes qui voient à l’animation de cette concertation, qui prennent soin des processus collectifs, qui créent les espaces de conversation. Cela n’arrivera pas tout seul, il faut, au fil du temps, donner un coup de pouce, valoriser, stimuler et alimenter la mobilisation.

Au final, il m’apparaît évident que rien ne nous arrêtera. On a beau sabrer dans les acquis collectifs en donnant des grands coups d’en haut, nous sommes solides, droits, inventifs et bien enracinés au sol. L’impact collectif est sur la bonne voie. Chacun et chacune s’y attellent avec cœur et avec une intelligence territoriale.

Je reste encore aujourd’hui habitée par ce vendredi d’« Il était une fois », par la puissance des histoires, par cette capacité de rebondir, par cette volonté de se tenir debout et de se réinventer.

Il y a définitivement du ressort au Québec!

Vous avez messieurs, mesdames toute mon admiration !


Pour en savoir plus sur l’impact collectif : Canaliser le changement. Comment réussir l’impact collectif. Stanford Social Innovation Review. F. HANLEYBROWN, J.KANIA et M.KRAMER

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