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« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »
Jacques Chirac, président de la République française, en ouverture de son discours devant l’assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre le 2 septembre 2002 à Johannesburg, en Afrique du Sud.

 

La métaphore devenue réalité

Vingt ans plus tard, on peut dire que la métaphore est devenue réalité (180 000 incendies étaient en cours sur Terre en août). Les discussions de cet été censées préparer la COP26 à l’automne, grande messe internationale sur le climat, ont littéralement capotés démontrant une fois de plus que dans un monde où ce sont les règles de la concurrence et du profit qui dominent, il est IMPOSSIBLE de faire du bien commun la priorité. Seule la RELANCE, garder sa position concurrentielle et se faire réélire compte réellement, quitte à ce qu’on crève… sous un « dôme de chaleur » (des centaines de morts en Amérique du nord). L’angélisme et l’espoir que l’on met dans nos dirigeants à être autre chose qu’au service d’une croissance narcissique, complètement anthropocentrée n’a plus sa place et doit être nommée pour ce qu’elle est. Du déni de réalité, volontaire ou pas. Car, tant que le déni subsiste, on ne trouve pas l’énergie d’affronter une réalité alarmante et on continue à se conter des histoires rassurantes pour apaiser nos inquiétudes face au futur.

Une des choses que la pandémie nous rappelle cruellement face à un futur déjà présent, c’est l’impréparation, l’improvisation, l’aveuglement volontaire et la pensée magique des gouvernants qui se sont succédés depuis des décennies devant l’inévitabilité des crises annoncées par les scientifiques.

Qu’avons-nous appris d’autres? Que les conséquences de la pandémie étaient inégalitaires. Les pays et les personnes démunies étant les plus affectées. Également, notre interdépendance oubliée avec la nature et les conséquences de la destruction des milieux sauvages pour construire des bungalows, des autoroutes et fabriquer des iPhones. Les limites des États pour gérer des crises planétaires. En d’autres mots que l’Histoire n’est pas un long fleuve tranquille où on surfe à l’abri dans notre cocon. La fin de ce monde a bel et bien débuté et ce n’est pas être catastrophiste que de le dire.

Dès lors, une question se pose. Qui ira au front pour gérer les autres crises annoncées dans un monde ou « the sky will not be the limit »? Tablettes d’épiceries vides, rationnements d’essence, guerre de l’eau comme en Californie, services médicaux réduits ou encore canicules-sécheresses (méga feu) alors que les États, aux coffres vides, bureaucratiques, sclérosés, aux moyens réduits, auront perdu en crédibilité. Serait-ce donc au palier local que nous trouverons des solutions adaptées et à échelle humaine? Là où se forge la mobilisation de l’imaginaire et de la créativité collective, les solidarités et non dans les officines gouvernementales?

Responsabiliser les acteurs locaux

En cette ère de l’anthropocène, une candidate ou un candidat aux élections municipales devrait s’attarder non seulement aux questions qui affecte la qualité de vie des concitoyennes et concitoyens à court terme, mais également à plus long terme et aux conséquences bien réelles comme le démontre la pandémie. Tenir compte des crises qui se multiplient et autres catastrophes prévisibles (pensons aux conséquences de la chute de la production de blé aux États-Unis, en Russie et au Canada à la suite des sécheresses à répétition) est impératif, car le rôle des municipalités dans la gestion de dangers inédits sera déterminant pour trouver des solutions flexibles, peu exigeantes en ressources, mais beaucoup en imagination au moment où le mot « normal » réfèrera à un passé idyllique. Surendetté, sclérosé, l’État providence ne pourra plus jouer au père Noël pour assurer sa légitimité.

Les prochaines élections sont une occasion d’aborder la question du rôle des municipalités de demain qui opéreront dans un monde aux ressources réduites et d’élus et élues comme acteurs et actrices majeurs devant s’adapter et gérer des situations « imprévues »… Un sevrage brutal à notre enivrement à la consommation va s’imposer, bouleverser nos habitudes, créer de l’incertitude, modifier radicalement notre mode de vie énergivore et provoquer probablement le recul du « vivre ensemble ». Les miracles technologiques, la « relance juste et verte » ne seront pas au rendez-vous et les promesses des populistes ne feront qu’augmenter la confusion et les affrontements, saper les nécessaires coopérations, et ce, au bénéfice d’une minorité.

Est-ce que nos élus locaux y seront préparés, même minimalement? Les enseignements de la pandémie tout comme les méga feux, les records de chaleur et les inondations de cet été ou encore la disparition de nombreuses espèces vivantes (écocide) sont le prélude d’un environnement matériel, écologique, climatique, sanitaire, social et économique très, très différent de ce que nous connaissons. Les changements auront lieu qu’on le veuille ou non. En définitive, on ne négocie pas avec la nature et on ne peut gagner contre elle. S’adapter est notre seul choix et vite.

Comment se préparer alors que tout cela semble encore lointain, hypothétique ou pour les autres, tout comme la pandémie nous apparaissait impensable chez nous avant qu’une bestiole de 130 nanomètres bouleverse notre vie? Un premier pas est certainement d’accepter que cela est bel et bien vraisemblable, de notre vivant vu les expériences récentes qui rendent chaque jour plus matériels, concrets, la pollution, les changements climatiques, l’écocide, les inégalités sociales, les migrants climatiques, etc. Un deuxième pas est de s’engager à mieux comprendre les principaux dangers qui menacent localement. À cette fin, mettre sur pied un groupe de travail régional multisectoriel afin d’ouvrir le dialogue avec les acteurs locaux pour évaluer les risques systémiques. Troisièmement, se doter d’une police d’assurance pour amortir les chocs. Faire preuve d’anticipation et réaliser un « plan d’adaptation multi-acteurs régional » dont les éléments essentiels sont :

  • L’utilisation et la protection de nos ressources naturelles, énergétiques, agricoles, hydriques du territoire dans une perspective de sobriété et de rareté;
  • La gestion des risques pouvant affecter l’approvisionnement des biens et services essentiels (nourriture, services de santé, carburant, eau, etc.);
  • La prise en compte des disparités territoriales et sociales et des mécanismes d’arbitrages à mettre en place dans un contexte où la raréfaction des ressources affecte davantage les personnes, les villages et quartiers appauvris;
  • La mise en place d’une gouvernance inclusive et éclairée dans un contexte de mutation socioécologique où il est nécessaire de construire de la confiance, de décloisonner les savoirs et de créer des réseaux afin de bâtir une vision holistique permettant notamment de travailler à la réduction des émissions de carbone et l’adaptation urbaine au changement climatique.

 

Faire l’autruche a un prix

Rompre les équilibres naturels et faire l’autruche a un coût qui ne cesse d’augmenter et le discours des politiciens, des économistes, de la finance et des industriels cherche encore des excuses pour noyer le poisson. Or, nous n’avons pas un autre 20 ans devant nous à regarder le plafond et à compter les mouches. Nous devons nous préparer right now aux conséquences de notre inaction et « désimaginer » la croissance et imaginer la sobriété dans notre patelin. Apprendre à se demander ce qu’est la sobriété. Pourquoi on fait les choses, leur finalité. Est-ce utile-nécessaire ou inutile-destructeur (genre la G5)? Aller au-delà de la rhétorique habituelle, de la langue de bois.

Les politiciennes et politiciens locaux seront parmi les premiers interpellés lors de pénuries et autres cataclysmes, mais comme citoyennes et citoyens, nous avons également une responsabilité que nous ne pouvons déléguer. Ce n’est plus de nébuleuses générations futures dont on parle. Quel âge aurez-vous, auront-ils dans 10, 15, 20 ans? Quel sera l’état du monde alors qu’il est probable que les +1,5°C soient atteints bien avant 2040, peut-être même d’ici 2025 et que nous n’en sommes qu’à +1,1°C? Y aura-t-il encore du pain ou des croissants sur demande à la boulangerie? Boirons-nous encore notre café matinal? Regardons l’avenir sans lunettes roses et répondons honnêtement aux inquiétudes. Faire preuve de courage, surmonter nos peurs. Être responsables en développant la capacité d’adaptation de nos territoires n’est pas facile, mais jamais la notion de bien commun n’aura eu une telle importance. Allons-nous abandonner la jeunesse ou créer des espoirs lucides, sans fausses promesses?

 

2021 : bon ou mauvais millésime?

Concernant l’élection du 7 novembre, reste à voir si nous, comme citoyens et citoyennes, et  la cuvée d’élus 2021 aurons appris quelque chose de cet épisode covidien, des conséquences des extrêmes climatiques dans l’un des pays les plus touchés par les changements climatiques (hivers plus courts, fonte du pergélisol et glissements de terrain, sécheresse, entre autres) et des avertissements pressants des scientifiques, comme nous le rappelle une fois de plus le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié le 9 août dernier?

Nous sommes déjà demain et, à titre de citoyens et citoyennes, il nous appartient d’agir, de provoquer du changement et d’échanger avec les aspirants et aspirantes à des postes électifs sur leur compréhension et leurs engagements pour les quatre prochaines années concernant la mutation socio-écologique obligée de nos communautés; car c’est de notre avenir dont il s’agit.

L’Homme prétend être une espèce supérieurement intelligente, rationnelle, sage, cohérente. Nous avons une capacité unique à nous illusionner sur notre capacité à orienter le cours de l’histoire selon quelques fantasmes bienveillants, malgré des évidences contraires. Nous possédons également une énergie du déni remarquable. C’est pourquoi si Jacques Chirac était encore vivant, il dirait aujourd’hui : « Notre maison brûle et nous regardons encore ailleurs, oh là là!  Ça va péter. »

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