Acteurs ou observateurs? Pourquoi, quoi, comment

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Tout changement, particulièrement s’il prône une réforme structurelle de la société et une éthique environnementale à contre-courant, se doit s’il veut avoir des chances de se concrétiser de répondre de façon satisfaisante à ces 3 questions. D’un point de vue politique, la réponse à ces questions n’est pas anodine, car toute proposition de changement visionnaire, critique du productivisme, du consumérisme et autres débordements du capitalisme n’a visiblement pas été convaincant à ce jour ni théoriquement, ni politiquement sur une large échelle.

La croissance du PIB particulièrement en Occident, depuis la Seconde Guerre mondiale, a débouché sur la construction d’infrastructures qui mènent à un confort supérieur, des appartements plus spacieux, chauffés, avec eau courante et électricité, de l’électroménager, des institutions qui fonctionnent, des services publics performants, notamment en matière de santé, plus de nourriture, améliorant considérablement notre bien-être sans toutefois abolir la pauvreté.

Inversement, les changements climatiques et l’épuisement des ressources dont le pétrole, quant à eux, annoncent la « société post-croissance », une société en récession continue et à laquelle nous initie la présente crise. Cette réalité anticipée, anticulturelle, anxiogène, non seulement n’attire pas les passions, mais est source de dénis pour la très grande majorité. Dès lors, la question se pose. Comment peut-on, comme acteur du changement, contribuer à outiller les collectivités locales à se préparer à ces bouleversements sans précédents si l’on ne reconnaît pas cette réalité?

Aujourd’hui, le changement climatique en particulier, les conséquences de la perte de biodiversité et de l’épuisement des ressources sont plus accessibles à nos sens, comme les canicules à répétition, prenant ainsi de la « matérialité »; ce qui fait qu’une portion croissante de gens commencent à « sentir » le problème, à comprendre la menace climatique de leur vivant et développent le sentiment que quelque chose se détraque. Nous commençons une nouvelle ère, les populismes progressent dans le monde, et ils sont tous climatosceptiques et encouragent, comme à d’autres époques pas si lointaines, le rejet de l’autre.

Cette situation risque, dans la prochaine décennie, d’évoluer vers un monde de plus en plus fissuré. Un monde marqué par une radicalisation de l’opposition entre deux forces, populistes versus écologistes et écosocialistes. Situation qui va inévitablement se répercuter dans les communautés locales. Reste à ceux qui proposent des changements majeurs, correspondant à des défis inédits et fondements de moindres maux à démontrer leur sérieux… et leur capacité de répondre à une urgence qui monte crescendo.

Le temps est donc plus propice pour se pencher sur ces 3 questions, POURQUOI, QUOI, COMMENT, afin de proposer des changements où la croissance n’est pas le leitmotiv. Changements crédibles qui réduiront les dégâts, créeront des espoirs différents permettant d’entreprendre le travail émotionnel qui transformera les peurs qui mènent à la passivité et au déni en mots qui éveillent des émotions de courage permettant de surmonter ses propres frayeurs et de se mobiliser dans l’action.

Les réponses qu’on leur apportera influencera donc nos stratégies d’action et de communication, de mobilisation, les projets à construire, nos espoirs et ambitions et les alliances à initier tant au palier local que régional. Des réponses plausibles aux POURQUOI, QUOI et COMMENT constituent donc des déterminants à la construction de la résilience locale dans un contexte de discontinuité.

Le pourquoi

Il m’apparaît que lorsque l’on aborde ces questions, la question du pourquoi (causes et conséquences) a été développée de façon assez convaincante, depuis les années 1970, par les milieux scientifiques, dont le GIEC, et militants. Leur appropriation large est encore insatisfaisante et il reste à trouver les mots qui créeront l’émotion nécessaire à une mobilisation pérenne, mais les contenus et les enjeux sont connus. Reste les 2 autres questions qui demandent à être approfondies de façon urgentes.

Le quoi: anticiper l’avenir

Le double mouvement d’institutionnalisation des mouvements écologistes depuis les année 1980 et d’euphémisation des mises en garde face à la détérioration de l’environnement, l’épuisement des ressources et les limites physiques du système terre  entretenu par les discours du développement durable depuis 30 ans et plus récemment de sa déclinaison la croissance verte ont réduit à leur plus strict minimum la question du quoi (transition énergétique, recyclage, etc.) en développant un seul scénario qui évite de remettre en question les fondamentaux de notre mode de vie actuel. Tout scénario intégrant des ruptures du modèle et de la gestion de l’incertitude étant exclus si ce n’est pour être dénoncé par de supposés « experts ».

L’élaboration de scénarios (quoi) reposant sur des hypothèses de discontinuité (politique, économique, sociétale, environnementale et climatique) plausibles et un « narratif » détaillé (récit des scénarios permettant de donner sens aux hypothèses utilisées) devrait donc être une priorité si l’on veut que les acteurs locaux développent des projets pertinents, inspirants, convaincants et inclusifs qui permettent de créer des îlots de résilience qui serviront de modèles.

Quelques exemples de discontinuités tirés du livre de Dmitry Orlov sur l’effondrement de l’Union soviétique dans les années 1990  démontrent bien les liens systémiques et les impacts que la crise énergétique mondiale qui est à nos portes va amorcer avec le lot de souffrance humaine que l’on peut difficilement imaginer. « Orlov est le premier à avoir fait le lien entre cet effondrement et le pic pétrolier qu’a connu la Russie peu avant. »

À la crise énergétique on doit ajouter la crise climatique qui n’est pas abordée dans son livre, mais qui va amplifier et accélérer ces phénomènes.

Chute importante de la production pétrolière. Rationnement et pénurie de produits ou de services dérivés du pétrole.

  • L’effondrement financier : les banques ne répondent plus.
  • L’effondrement commercial : les magasins sont vides, les monnaies dévaluées.
  • L’effondrement politique : le gouvernement a perdu sa légitimité et n’est plus un recours.
  • L’effondrement social : les institutions sociales ne remplissent plus leur fonction de protection.
  • L’effondrement culturel : les gens perdent leur capacité de bienveillance, d’honnêteté, de charité.

En ce qui concerne la base de notre survie, l’alimentation, et de notre capacité à « faire société », on peut prédire :

  • Sécheresses extrêmes ou inondations affectant plusieurs parties du monde et brisant les chaînes d’approvisionnement alimentaires.
  • Ruptures à répétition des chaînes logistiques du transport routier à la suite de la rareté et du coût de l’essence.
  • Manque de main-d’œuvre agricole.
  • Épuisement des Ressources halieutiques

Le comment : briser avec le scénario standard, l’innovation sous contrainte

D’une part, notre société se fonde sur l’utilisation croissante de ressources historiquement considérées comme infinies et une énergie à bon marché. Cette vision de la société est confrontée aux limites physiques de la planète. Plusieurs points de bascule ont été atteints et il faut envisager différents scénarios tenant compte des contraintes non négociables énergie-climat. D’autre part, l’actuelle crise a démontré qu’il était possible de trouver des solutions originales lorsqu’il y avait urgence, qu’il n’y aurait pas de sauveur et qu’elle était comprise (objectif, critères, performance, délais, utilisateurs, etc.). C’est sur cette capacité d’innovation sous contrainte qu’il faut s’appuyer et développer lorsque l’on manque de temps, que les ressources sont limitées et que l’État a atteint ses limites.

Cette question peut être abordée sous de nombreux angles complémentaires. Voici quelques pistes de travail inspirées du groupe français SHIFT PROJECT pour relever les défis:

  • Constituer des groupes de travail autour des enjeux les plus délicats et les plus décisifs de la transition vers une économie libérée de sa dépendance aux énergies fossiles.
  • Produire des analyses robustes et chiffrées sur les aspects clés de la transition.
  • Élaborer des propositions innovantes, avec le souci d’apporter des réponses à la bonne échelle.

Outre ces éléments, il importe également de sensibiliser rapidement les ressources capables de soutenir les différentes initiatives au palier local et de développer leurs compétences et connaissances afin de faire face, entre autres, aux verrouillages sociotechniques inévitables et de soutenir la création de nouvelles alliances une fois les scénarios de base suffisamment développés.

Ce billet ne constitue qu’une introduction au sujet de la gestion du changement. J’espère que d’autres se joindront à moi afin de l’explorer et de le partager, car le temps nous est compté.

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