« La Terre brûle !!! »
– Tous les indicateurs

…mais les politiciens québécois basent quand même leurs campagnes électorales sur des idées « vintage » comme la réduction des impôts (donc de notre capacité collective à agir) ou la création d’autoroutes. Qui plus est, une grande part d’électeurs des plus jeunes générations, appelées à devenir les principales victimes de la crise climatique, perdent leurs élections tous les 4 ans. Dans ce contexte, il m’apparait hygiénique de réfléchir à d’autres pistes de solution.

Amateur de viennoiseries, j’ai tout de suite été intéressé par le mouvement décroissantiste. La décroissance postule que notre problème collectif est une obsession de la croissance : croissance des revenus, des produits, des exportations, alouette! Or, dans un monde aux ressources finies, il faudrait s’extirper de la croissance infinie et même décroitre pour sortir le curseur climatique du rouge.

« Plus dur, plus mieux, plus vite, plus fort. »
– Daft Punk

Mais qu’en est-il de nos associations, nos organisations? Que signifie décroitre à l’extérieur du secteur privé et de la consommation? Tel une maman oiseau, je vous restitue ici le résultat d’une réflexion réalisée lors d’un séminaire des équipes de Niska et d’Accolades.

Puisse-t-il vous nourrir (intellectuellement.)

Pareil ou pas pareil?

Les définitions se suivent et ne se ressemblent pas. Si on considère le développement dans son sens littéral, c’est-à-dire le « progrès ou la réalisation d’un potentiel » et la croissance comme « une augmentation, accumulation », on y trouve une opposition :

  • La croissance se mesure quantitativement et le développement qualitativement.

 

Il existe une liste impressionnante d’indicateurs de développement : IDH, ISDH, IPH, GINI, etc., mais il ne s’agit jamais que d’indicateurs imparfaits d’un concept difficile à circonscrire. Dans tous les cas, le développement devrait permettre à une plus grande proportion d’humains de vivre mieux.

Pour la croissance, c’est facile : on la mesure en PIB et en profits.

La grande question à se poser, et que plusieurs se posent, c’est si le développement est possible sans cette croissance, ou si les deux vont impérativement de pair…

« Ne me quitte pas! Je vais changer! » – La croissance

 

Un Tanguy de 40 ans

Il est certain que pour plusieurs pays, une croissance économique entraine un développement (accès à l’éducation, une alimentation saine, à l’eau, à la santé, etc.).

Pourtant, la croissance des dernières décénies n’a pas mené à une augmentation du bien-être partout : crise climatique, pandémie (causée indirectement par la mondialisation), fragilité des chaines d’approvisionnement, notamment en nourriture, j’en passe. Pour le bien de la croissance, on fait volontiers traverser la planète au moteur d’une voiture si l’installation d’une pièce dans une usine pakistanaise permet d’augmenter les profits de 5$ par voiture.

Bref, la croissance n’est pas toujours progressiste. Il est très possible que la prochaine étape de notre développement soit de s’en émanciper. C’est comme si le développement était un Tanguy de 40 ans, incapable de quitter la maison parentale. Il faudra l’en sortir de force pour l’amener à maturité.

« Notre système est mieux que quelque chose de pire! »
– Les économistes

 

Décroissance pour les collectifs

Si vous l’idée vous plait, voici quelques pistes de réflexion quant à la décroissance dans nos organisations et/ou dans les collectifs qu’elles accompagnent :

Décroitre dans notre propre production?

Ce que nos organisations produisent n’est généralement pas esclave d’un besoin de croissance. Notre objectif étant la transformation sociale, il ne s’agit pas de faire plus, mais de faire autrement.

Pourtant il nous arrive de vouloir croître sans raison valable, parce que cela semble normal, naturel. Pourquoi recruter si cela ne fait pas partie d’une stratégie visant un impact souhaité? Pourquoi accepter un financement sans avoir préalablement de projet? C’est le changement désiré pour notre société qui devrait dicter nos actions, pas notre capacité à travailler plus.

Faire « toujours plus » est une maladie sociale, mais nous sommes tellement habitués d’être malades que nous avons oublié le concept même de santé.

« La main invisible du marché, on la sent surtout quand elle nous frappe. »
– le 99%

Faciliter la décroissance sur le plan individuel

La décroissance doit être considérée globalement. Individuellement, elle signifie réparer plus, faire soi-même, cuisiner plus, marcher ou pédaler plus, cultiver son propre jardin ou laver son papier de toilette réutilisable (beurk). Tout ça prend du temps (et beaucoup de courage)!

Il me semble donc que de réduire les heures travaillées par nos équipes, pour leur permettre de procéder à ces transitions, est une action décroissantiste valable. Je lui donne la note de trois croissants sur trois 🥐🥐🥐.

« Déseureka! » – Désarchimède

Faciliter la décroissance sur le plan collectif

La décroissance est un concept pour le moins marginal. C’est pas le genre de sujet qui se discute à Noël autour d’une tourtière.

Dans ce contexte, le travail le plus important pour les collectifs est d’informer, voire d’accompagner les actions de décroissance sur les territoires. Cet accompagnement pourrait prendre différentes formes, mais amènera à réfléchir à des concepts comme le sacrifice ou les limites/maximas à ne pas dépasser. Pourquoi ne pas mettre en place des séances de désincubation pour organisations, entreprises, ne serait-ce que pour provoquer la réflexion?

Avant tout, il importe de s’émanciper soi-même de l’impératif de croissance, de cette idéologie carnivore et gloutonne qui nous pousse à produire et consommer toujours plus. Comme le dit Serge Latouche, théoricien de la décroissance bien connu : il faut décoloniser nos imaginaires… et c’est déjà un énorme défi.

« Toujours plus haaaaaaaaaaaaaaa…. »
– Icare

 

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3 réponses

  1. Tout à fait, c’est très pertinent! C’est un bel outil qui permet de réfléchir les maximas et limites, pas seulement les mimimas à atteindre!

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