Pourquoi une Politique nationale de développement social au Québec

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C’est sur une base citoyenne que j’ai accepté de faire partie du comité porteur d’une Politique nationale de développement social au Québec, comité initié par notre Réseau québécois de développement social (RQDS).

J’appuie entièrement pareille initiative et c’est à titre personnel que je vous partage aujourd’hui cette humble réflexion sur quelques attentes ou effets recherchés à travers une telle politique. Mais, dans un premier temps il faut se demander pourquoi une telle politique et préalablement de quoi parle-t-on au juste lorsqu’il est question de développement social.

De quel développement social parle-t-on?

Ici, deux théories ou conceptions du développement social semblent vouloir s’opposer. D’une part il y a ceux et celles qui croient que le développement social n’est qu’une des quatre grandes composantes du développement durable ou intégré soit celle qui s’ajoute aux dimension économique, culturelle et environnementale.

Ce point de vue confirme l’existence en soi d’une grande sphère sociale qui recoupe toute une panoplie d’acteurs œuvrant principalement dans ce secteur d’activités. Ce noyau dur du développement social serait composé autant d’organismes publics que privés et tous recherchent quelque part l’amélioration des conditions de vie d’une ou de plusieurs populations cibles.

Ce vaste secteur d’intervention des plus hétéroclites contribuerait largement à une approche de développement qui se veut global, durable et intégré. Mais il ne s’agirait tout de même qu’un des quatre piliers du développement durable.

Pour d’autres, à l’inverse, le développement social devrait être perçu comme la principale finalité de toutes les autres dimensions du développement. Dans cette optique, l’économie, la culture et la protection de l’environnement sont d’abord et avant tout au service de l’humain ou de son développement social  ou  sociétal. De ce point de vue, l’approche de développement intégré de nos communautés n’est ni plus ni moins que le développement social comme tel.

Personnellement je suis assez à l’aise ou capable de composer avec les deux points de vue. D’expérience, je sais que les approches de développement durable intégré ont besoin d’un secteur social fort qui travaille en cohésion. C’est souvent grâce à ce leadership des principaux acteurs dits sociaux-communautaires qu’ont pu être initiés certains projets de territoire ou planification stratégique multidimensionnelle.

De fait, il m’apparait essentiel de renforcer ce noyau dur du développement social (institutions, groupes communautaires et autres acteurs de la société civile) et de leur permettre d’agir encore davantage en concertation.

Si la future Politique nationale de développement social ne faisait que renforcer cette capacité du travail ensemble, il s’agirait là d’un très grand pas pour l’avancement du Québec.

D’un point de vue comme de l’autre, nous ne pourrions que sortir gagnants de l’avènement d’une telle Politique nationale de développement social.

Pourquoi une telle Politique nationale de développement social

Plusieurs raisons militent en sa faveur, mais je vais me limiter à en énumérer seulement quelques-unes. Au Québec, nous avons la chance de pouvoir compter sur un filet social assez développé. Beaucoup de programmes ou services interfèrent positivement dans le vécu de nos concitoyennes et citoyens. De plus, nous profitons d’un réseau communautaire des mieux structurés et d’un réseau philanthropique en pleine transformation.

Toutes sortes de ministères gouvernementaux ou institutions publiques ou parapubliques y jouent des rôles considérables. Toutefois, beaucoup de ces acteurs travaillent malheureusement en silo ou de façon sectorielle. Nous sommes confrontés à une dynamique d’intervention des plus complexes (pas facile à démêler) où priment trop souvent les seuls intérêts corporatistes de chacune des organisations. De plus le développement social est en soi une réalité difficile à comprendre et qui n’a pas toujours bonne presse. Que de fois avons-nous entendu : « Le développement social quosse ça donne? »

Plus souvent qu’autrement, le développement social est perçu comme une dépense plutôt qu’un investissement et pourtant, le développement économique n’est-il pas tributaire de la dynamique sociale? L’actuelle crise sanitaire nous apprend présentement beaucoup sur cette réalité.

Quelques effets recherchés par une telle Politique

Le RQDS annonce déjà toute une série d’objectifs souhaitables et réalisables dans la concrétisation de ce projet. Il y a là une belle base de discussion pour que le tout devienne un merveilleux projet collectif. Les principes de base sont là, à nous d’en faire un projet vraiment collectif.

Mais, parmi les finalités déjà annoncées, il y en a deux qui me semblent particulièrement importantes.

Une possible nouvelle culture d’intervention de l’État

Un des impacts recherchés, c’est celui de permettre aux différents ministères gouvernementaux de profiter de moyens et de latitude pour être capables de s’associer encore davantage à tous ces partenariats/terrain qui sont en train de s’organiser ou de se concrétiser un peu partout au Québec. De fait, il s’agit de leur permettre d’être encore de meilleurs partenaires quant aux efforts de mobilisation territoriale autour d’enjeux clairement identifiés par les différents milieux. Au-delà de leur mission de base ou de livraison de services ou programmes, travailler encore plus en amont des problématiques vécues et pas seulement sur leurs seuls effets.

Une Politique nationale en développement social voudrait aussi amener les ministères à plus de synergie interministérielle. Une vision intégrée du rôle de l’État et notamment un rôle accru aux Conférences administratives régionales (les CAR). Cette politique pourrait servir de reliant entre chacune de ces entités ministérielles.

Une plus grande valorisation du travail collectif

L’État devrait aussi reconnaître toute l’importance de mieux soutenir la concertation ou la mobilisation intersectorielle territoriale, dans la coconstruction de stratégies d’intervention collective.

Mieux valoriser, mieux contribuer à tous ces efforts de partenariats dans l’action qui se développent actuellement un peu partout au Québec, autant à l’échelle locale, que régionale et même nationale. Non seulement mieux aider certains partenaires moins bien nantis à pouvoir participer, mais aussi à soutenir de toutes sortes de façons le déploiement des processus comme tel de ce travail collectif.

Une Politique nationale en développement social devrait enfin illustrer toute la richesse, toute l’efficacité et surtout des impacts accrus d’une plus grande complémentarité dans l’intervention. Valoriser le faire-ensemble, sortir des ghettos et essayer collectivement d’apporter une différence dans toute cette complexité sociale et économique qui nous entoure.

Cette politique se veut aussi un appel à une plus grande responsabilisation/implication citoyenne, et ce, dans toutes les sphères d’activités. De façon  plus concrète, voir plus de citoyennes et citoyens dans la gouvernance publique, parapublique et même municipale. Si on s’y arrête un peu, cette Politique nationale se veut ni plus ni moins qu’un véritable projet de société rassembleur centré sur la recherche du bien commun et du mieux vivre ensemble

Mais pour que pareil rendez-vous avec l’histoire puisse avoir lieu,  il y a bien sûr toutes sortes de conditions préalables.

Quelques préalables à la mise en place d’une telle Politique

  • Au départ, il faut que le milieu même des acteurs sociaux adhère à ce projet qui va bien au-delà de leurs seuls intérêts corporatifs. La mission de base de chaque organisation est des plus importantes. Mais la nécessité de mieux faire ensemble l’est encore plus.
  • Il faut aussi et surtout une volonté politique d’être innovateur, de sortir des sentiers battus et de comprendre toute la richesse et l’efficience du travail collectif.
  • Une volonté de faire encore plus confiance aux citoyennes et citoyens et de leur laisser encore plus de place dans l’ensemble des mécanismes décisionnels autant dans la gouvernance territoriale qu’institutionnelle. Le renforcement de nos collectivités passe par encore plus de démocratie participative et pas seulement représentative.
  • Un engagement ferme à mieux promouvoir et soutenir toutes les formes de partenariats possibles, surtout les partenariats multisectoriels qui visent  l’amélioration des conditions de vie et l’inclusion de l’ensemble de nos populations.

Une Politique nationale de développement social a aussi le devoir de se préoccuper prioritairement  des inégalités et  des personnes socialement exclues.

Conclusion

L’avènement d’une Politique nationale de développement social au Québec tel qu’annoncé par le RQDS serait probablement une première mondiale. Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres surtout en ces temps de pandémie où nos dirigeants sont davantage occupés à gérer les urgences ou à colmater les  brèches.

Mais il est plus que jamais nécessaire d’essayer de voir un peu plus loin et de comprendre toute la plus-value d’un tel outil de solidarisation.

Espérant que d’autres acteurs viendront appuyer le RQDS dans cette démarche pour le moins prometteuse; il faut la contribution du plus grand nombre, car les défis sont nombreux.

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2 réponses

  1. D’accord avec cette analyse en soulignant que le plus grand problème actuellement c’est l’absence d’un grand projet collectif, un projet de société qui mobilise les acteurs. Il y a beaucoup de mobilisations sectorielles alors que le développement social requiert des convergences pour intégrer les actions. Nous sommes victimes des analyses intersectionnelles qui valorisent les droits individuels et du multiculturalisme canadien qui ne reconnaît pas le projet national du Québec.

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