Difficile Solidarité! Ou comment réfléchir la responsabilité citoyenne à l’ère de l’individualisme

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Solidarité: Ce qui unit des personnes dans un sentiment d’entraide. Sentiment de responsabilité et de dépendance réciproque au sein d’un groupe de personnes qui sont moralement obligées les unes par rapport aux autres. Ainsi les problèmes rencontrés par l’un ou plusieurs de ses membres concernent l’ensemble du groupe.

Responsabilité: Valeur qui consiste dans la prise de conscience des conséquences de nos actes présents, que ce soit pour l’avenir ou pour l’ensemble des personnes affectées. Elle suppose de mettre en relation nos décisions avec les effets qui s’ensuivent, qu’ils soient positifs ou négatifs.

 

Copier-Coller! C’est l’impression que nous laisse l’actualité des derniers jours, des dernières semaines, des derniers mois… La crise humaine et sociale associée à la pandémie due à la COVID-19 s’étire, se prolonge, rebondit et nous laisse l’amère impression qu’elle sera sans fin.

Et malheureusement, elle nous laisse entrevoir aussi les limites de notre solidarité collective. Cette solidarité s’était exprimée avec force au début de la crise, en mars et avril; mais maintenant, elle s’essouffle, elle s’effrite sérieusement… J’en veux pour preuve ces manifestations qui se multiplient contre les mesures sanitaires liées à la pandémie alors même que nous atteignons les prémisses d’une 2e vague de cette maladie insidieuse dont nous n’avons pas encore saisi tous les aspects. Alors que le sérieux de la situation appelle à serrer les coudes et à réagir collectivement dans le même sens.

Pour reprendre une explication simple de la capacité de contamination de la COVID-19, si une personne affectée en contamine une autre dans une journée, il ne faudra que 24 jours pour que 8 millions de personnes soient contaminées. 8 millions de personnes, c’est la population du Québec! C’est ce qu’on appelle la courbe exponentielle de contamination… 1-2-4-8-16-32… 8 millions en 24 jours.

Et c’est là où notre solidarité collective pourrait changer la donne. Comprendre, pour chacun d’entre nous et entre nous, qu’il n’y a rien de personnel dans les mesures édictées, mais qu’il y a une action collective à mener pour limiter les dégâts. Car, dégâts il y a! Et je ne parle pas de dégâts économiques ici, mais de personnes atteintes physiquement et moralement, directement et de façon collatérale. C’est grave, cette foutue maladie!

C’est pour cette raison qu’il est si étonnant de voir se multiplier les manifestations antimasques ou antimesures sanitaires. On se réclame du droit individuel et de la liberté alors que chaque geste collectif compte. On revendique par milliers et sans prudence, pour son petit soi-même, et tant pis pour tous ces autres qui ont choisi de suivre les directives parce que la vie d’autrui leur importe. Mais surtout, tant pis pour les conséquences, toutes les conséquences. C’est le MOI qui prime. MOI j’ai le droit! Malgré les faits, malgré les évidences, malgré les lourds bilans.

Je ne sais plus où et quand exactement le MOI a pris le dessus sur le NOUS. Mais le fait demeure que l’individualisme prime désormais comme valeur pour un grand nombre de personnes. J’ai beau chercher, je ne trouve aucune raison pour justifier cette suprématie du JE-ME-MOI au détriment de la collectivité. Et désormais, ce MOI prépondérant étouffe cette autre valeur qu’est la responsabilité. Citoyenne et Sociale.

« La responsabilité implique que les choix ne soient pas fondés sur des absolus imposés à une nature chaotique, mais sur les principes d’ordonnancement inhérents à la nature. Ils ne sont pas fondés non plus sur des règles qui peuvent être définies hors du contexte. Ils reconnaissent qu’il n’y a pas de choses séparées de leur contexte. Ainsi, le moi individuel ne peut jamais être vu comme un objet séparé et isolé. Mais comme une part intégrale et inséparable de la communauté humaine1. »

À l’ère de l’individualisme, et devant une crise qui nous a désormais placés face à nos propres limites, nous nous devons de réintroduire avec force les notions de responsabilité personnelle et de solidarité. Particulièrement auprès des personnes pour qui le MOI est un absolu. En se rappelant que la responsabilité ne se limite pas seulement aux actions de ceux qui les accomplissent, mais qu’elle s’applique aussi à ceux qui regardent sans mot dire une action qui va à l’encontre du bien-être collectif. Chaque fois que l’on fait quelque chose, ou qu’on ne le fait pas, on doit en accepter la responsabilité.

Le défi est de taille! Mais c’est le propre de l’humain que de savoir rebondir, même dans les pires moments. Et souvent, les collectivités ont besoin d’être inspirées pour que ce rebondissement se produise. Cette inspiration, elle s’incarne dans chacun de nous qui assumons responsablement les règles qui doivent s’appliquer et qui ne fermons pas les yeux devant les écarts constatés.

De cette responsabilisation, discrète et concrète, va resurgir la solidarité qui nous transportera au-delà de la pandémie. C’est ensemble que nous réussirons le défi, et pas autrement.

L’astrophysicien Hubert Reeves, qui croit profondément en la beauté de la nature humaine malgré toute sa complexité, affirme que nous saurons agir pour ne pas nous autodétruire. Je le crois. Et j’agis! On le fait ensemble?

 

1. Femmes, magie et politique, Les Empêcheurs de penser en rond, 2003, p.68, 70.

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