L’essentiel est invisible…  

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Après des mois de confinement et des dizaines d’heures sur Zoom, il me semble important pour aborder la sortie de crise, de revenir sur des aspects essentiels de notre vie collective que la pandémie a mis en lumière.

D’abord l’importance de prendre soin des personnes vulnérables, que ce soit dans les centres pour aînés, auprès des personnes itinérantes, des femmes et enfants victimes de violence, des personnes qui vivent une détresse psychologique. Toutes ces tâches du « prendre soin » ont depuis longtemps été la responsabilité des femmes, dans les familles, les services publics de santé et d’éducation et dans le milieu communautaire. Ce n’est pas étranger au fait que ce travail est peu reconnu et peu valorisé. Mais, avec le confinement, on a réalisé l’importance de nos relations et du soutien mutuel qui sont au cœur de l’action collective.

Et, s’il faut prendre soin des personnes, il faut également prendre soin de nos communautés, de notre culture commune, qui n’existe pas sans relation à une collectivité, sans partage entre ses membres. Ces composantes de notre vie en société contribuent de façon importante à notre qualité de vie. En favorisant l’inclusion de tous et toutes au-delà de leur origine ou de leurs capacités, elles contribuent à notre cohésion sociale. Mais, l’économie dominante tient généralement ces domaines comme de l’intangible qu’on ne peut monnayer pour en tirer profit. Comment s’étonner alors que le budget de la relance économique fasse bien peu de cas du soutien financier des organismes communautaires[i]  qui ont tenu le phare de la vie collective et soutenu des milliers de familles et de personnes fragilisées par la crise pandémique?

Prendre soin de notre milieu de vie s’ancre également dans la protection de notre environnement. L’action gouvernementale face à la COVID-19 fut centrée sur les conséquences – certes importantes – de la pandémie sur la santé physique et mentale de la population et sur la pression que la maladie exerce sur le système hospitalier. Nous étions dans l’urgence. Mais, une leçon à tirer de cette crise sanitaire, c’est l’absence de préparation des pouvoirs publics alors que les infections à coronavirus se sont manifestées périodiquement, bien qu’avec moins d’ampleur, depuis le début des années 2000. L’approche « Une seule santé »[ii] gagne à être mieux connue. Elle met l’accent sur les interactions entre les animaux, les êtres humains et leurs environnements pour réduire les risques de maladies et assurer la santé publique et environnementale. À force d’envahir et d’épuiser les ressources limitées de notre planète avec une logique de croissance infinie, le vivant dont nous faisons partie risque sa perte et les plus fragiles vont être touchés en premier. En fait, la crise pandémique n’est qu’une manifestation de la crise environnementale! Nos gouvernements vont-ils se préoccuper sérieusement de cet enjeu et sortir d’une vision économique à court terme pour enfin prendre des mesures de protection environnementale décisives?

L’horizon de la relance ne peut pas s’enfermer dans la logique de mondialisation qui a mené à la pandémie que nous subissons depuis plus d’un an. Ces préoccupations m’amènent à réfléchir sur la vision de l’économie, du moins celle qui domine dans les cercles décisionnels. Les réflexions du philosophe Alain Denault[iii] sur l’évolution du concept d’économie sont éclairantes à ce sujet. Selon lui, il est impératif de redéfinir l’économie, de lui redonner sa portée démocratique et de détacher ce concept de la recherche du profit et de la croissance infinie.

Comment revoir l’idée du développement en s’éloignant d’une vision économiste qui place des indicateurs financiers au centre de l’analyse?[iv] Cette vision dominante a mené à l’accroissement des inégalités au profit d’une minorité, à l’échange inégal entre les nations, à l’épuisement des ressources. Peut-on penser et mettre en œuvre des solutions de rechange? La perspective des « communs »[v] peut-être un point de départ, car elle permet d’expérimenter des relations nouvelles créant des milieux inclusifs axés sur les relations de coopération, ce qui contribue à alimenter une remise en cause du paradigme de la propriété privée. Ce mouvement a stimulé, surtout à l’échelle locale, l’invention de dispositifs juridiques ou de formes d’institutions sociales capables de prendre en compte les besoins collectifs et l’implication directe des gens concernés dans la décision, par exemple dans les initiatives d’économie sociale ou les fiducies foncières communautaires.  Sans prétendre que ces initiatives sont en mesure de rivaliser avec l’économie dominante, ce mouvement permet de faire émerger une vision différente de nos rapports sociaux sur le terrain de l’économie.

Mon but n’est pas de faire un réquisitoire contre l’économie, mais de repenser l’approche pour assurer le développement de nos collectivités en tenant compte de ce que la pandémie a mis en lumière : la centralité des liens sociaux, des solidarités essentielles à notre survie et à notre épanouissement comme êtres vivants dans un environnement complexe et fragile.

 

Notes

[i] Budget 2021: un rendez-vous manqué avec le communautaire. Réseau québécois de l’action communautaire autonome, 25 mars 2021 https://rq-aca.org/2021/03/25/budget.

[ii] Voir « Une seule santé » pour un avenir durable, par  Cécile Aenishaenslin et Hélène Carabin, 20 avril 2020, Le Devoir  www.ledevoir.com/opinion/idees/577962/une-seule-sante-pour-un-avenir-durable. Cette approche est aussi portée par des instances de l’ONU telles que l’OMS et la FAO.

[iii] Alain Denault, L’économie de la nature, Lux éditeur, 2019

[iv] Un exemple est le fait que le seul PIB est souvent LA référence par rapport à l’indice de développement humain qui se mesure à partir de trois critères principaux : le produit intérieur brut (PIB) par habitant, l’espérance de vie des citoyens d’un État et le niveau d’éducation mesuré à partir de 15 ans et plus. On peut aussi mentionner l’importance accordée aux indices boursiers dans une économie maintenant dominée par la finance.

[v] La pertinence des «communs», par Laure Waridel, 20 septembre 2018, Le Devoir  www.ledevoir.com/opinion/idees/537180/la-pertinence-des-communs

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Une réponse

  1. Merci pour ce texte fort à propos Jocelyne! Il me semble que ce type d’appel à un réinventer nos modèles s’étiole graduellement… Cela m’inquiète. Faisons en sorte de maintenir vivant ces espoirs que nous portons et continuons d’ouvrir les nouvelles brèches porteuses de bien commun que la crise a générées.

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