Développement collectif, solidarité et politiques publiques

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«Les conditions et ressources préalables sont, en matière de santé: la paix, un abri, de la nourriture et un revenu. Toute amélioration du niveau de santé est nécessairement solidement ancrée dans ces éléments de base»
Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé, 1986.

La crise sanitaire provoquée par la pandémie de COVID-19 a mis en lumière plusieurs défaillances de nos modes de vie et de nos institutions collectives. Dans un document daté de mai dernier, la Direction de santé publique de Montréal constate qu’en excluant les milieux fermés comme les CHSLD ou les résidences privées pour ainés, le nombre de cas d’infection par 100 000 habitants était «près de deux fois et demie plus élevé chez les personnes vivant dans les secteurs très défavorisés que chez celles vivant dans les secteurs très favorisés», en précisant que ces écarts «proviennent d’inégalités sociales profondes qui existaient avant la pandémie.»1

Cette crise peut-elle inspirer des changements dans nos politiques publiques et nos programmes sociaux? Le retour à la «vie normale» peut-il se faire dans une perspective de réduire les inégalités sociales et de santé? Tout un chantier de réflexion à partager et d’actions à réaliser.

La prestation canadienne d’urgence (PCU) a permis d’assurer un niveau de vie acceptable aux personnes qui perdaient leur emploi. Les montants versés étaient nettement supérieurs aux prestations de sécurité du revenu. Cet écart révèle l’insuffisance de l’aide sociale et du salaire minimum pour répondre aux besoins de base des familles.

De plus, une réforme de l’assurance emploi semble à l’ordre du jour, car le programme n’était accessible que pour 62% des personnes ayant perdu leur emploi. L’entraide locale bien que nécessaire ne peut pas suffire à réduire la pauvreté. Peut-on aussi considérer sérieusement les modalités d’un revenu de base pour tous?

Conséquence des nombreuses pertes d’emploi, les banques alimentaires ont connu une hausse importante de leur fréquentation pendant la pandémie. Le travail d’organisation remarquable des organismes en sécurité alimentaire a fait ressortir la difficulté que représente le coût des aliments pour plusieurs familles. La valorisation des circuits courts d’approvisionnement alimentaire, la pratique du jardinage collectif, des mesures de soutien aux commerces alternatifs de quartier et aux petites entreprises agricoles sont des moyens de favoriser l’accès à une alimentation saine et suffisante pour les ménages. Des mesures qui débordent de l’environnement local sont aussi à imaginer. Par exemple, la réduction des coûts d’électricité pour les petites serres est apparue comme un moyen d’améliorer l’autonomie alimentaire à travers une politique publique qui pourrait être initiée par l’État.

L’augmentation rapide des cas de contagion dans les quartiers où vivent des personnes à faible revenu et des populations immigrantes est en partie une conséquence de la promiscuité dans les logements et les milieux de vie dans certains quartiers populaires. De plus, le nombre de familles qui n’ont pas encore trouvé à se reloger à la suite des déménagements de juillet a augmenté et les maisons de chambres pour les personnes seules ont pratiquement disparu à Montréal. L’accroissement rapide du coût de l’habitation dans les quartiers centraux rend le logement inaccessible pour les ménages moins nantis. Les besoins de logement accessibles sont criants, comme l’ont réclamé plusieurs municipalités. Pendant ce temps, plusieurs projets de logement social et communautaire sont en suspend faute de fonds pour les réaliser. C’est bien tardivement que les négociations entre le gouvernement fédéral et celui du Québec se sont conclues pour rendre ces fonds accessibles et accélérer le développement du logement social et communautaire.

Enfin, la pause forcée de l’économie a fait ressortir, par contraste, la pression de notre mode de vie sur les écosystèmes de notre planète sans compter qu’il mine la biodiversité et augmente la rapidité de la contamination mondiale. Au plan local, l’arrivée des chaleurs de l’été en période de confinement a montré l’importance du verdissement, notamment dans les milieux densément peuplés. Des initiatives d’aménagement donnant une plus grande place aux transport actifs (marche ou vélo) ont vu le jour. Ces mesures de portée locale contribuent à réduire la place de l’automobile et à améliorer nos espaces publics, mais un virage plus important s’impose pour limiter notre dépendance aux énergies fossiles et cela passe par une politique axée sur un « plan vert » énergique dans le redéploiement de l’économie.

Les promoteurs de l’économie de marché qui discréditent le rôle social des gouvernements sont maintenant obligés de reconnaître que l’action collective et les politiques publiques sont essentielles! Le marché privé est peu efficace pour maintenir le niveau de vie de toute la population et réduire les inégalités qui s’accentuent lors d’une crise majeure. La compétition pour des équipements de protection individuels a révélé la fragilité, voire la dépendance de nos approvisionnements en contexte de mondialisation. On a pu constater que, dans un libre marché c’est chacun pour soi plutôt que la coopération qui l’emporte. Mieux vaut miser sur l’action collective locale sans ignorer l’apport essentiel de politiques publiques favorisant le développement social et la recherche de l’équité pour tous.

 

1. Direction régionale de santé publique de Montréal, Inégaux face à la pandémie, données en date du 16 mai 2020.

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