Territoire et écologie à l’épreuve de l’étalement urbain. Quelles réponses?

Périurbanisation et navettage

Il a beaucoup été question du problème de l’étalement urbain au cours des dernières semaines à la suite d’une note de l’Observatoire du Grand Montréal, publiée début janvier 2020, qui révélait que «le phénomène de l’urbanisation périmétropolitaine est en progression autour du Grand Montréal. (…) Près de 30 municipalités limitrophes à la CMM ont maintenant un taux de navettage vers la CMM de plus de 40%, dont 10 municipalités ayant un taux de navettage vers la CMM de plus de 50%.

Le nombre de travailleurs demeurant dans les pourtours de la CMM et navettant de façon journalière à un lieu d’emploi habituel situé dans la CMM se chiffrait à 100 000 personnes en 2016. En plus de ces 100 000 navetteurs ayant un lieu de travail habituel dans la CMM, plusieurs travailleurs demeurant aux pourtours de la région et n’ayant pas de lieu de travail fixe (travailleurs des industries de construction, camionneurs, représentants sur la route, etc.) sont aussi susceptibles de travailler à l’occasion sur le territoire de la CMM.

Ayant un accès limité aux infrastructures de transport en commun, dont le développement est favorisé par la présence de milieux de vie relativement denses, les navetteurs en provenance des MRC situées aux pourtours de la CMM utilisent presque exclusivement (94%) l’automobile comme principal mode de transport afin de se rendre à leur lieu d’emploi dans la CMM.

(…) Plusieurs municipalités limitrophes à la CMM présentent toujours un développement résidentiel reposant sur la construction de maisons individuelles à forte consommation d’espace».

Un phénomène similaire s’observe aussi en périphérie de la ville de Québec.

L’urgence d’agir

Face à cette situation, la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, déclare : «Il faut freiner l’étalement urbain, on est obligés. Je ne voudrais pas qu’on commence à construire des autoroutes partout pour faire de l’étalement urbain.» Et elle réitère du coup sa volonté de revoir les pratiques d’aménagement du territoire : «Nous sommes rendus, au Québec, à avoir une véritable conversation nationale sur l’aménagement. Cette démarche devra inévitablement englober les enjeux environnementaux, de transports, d’agriculture, d’architecture, etc.» La lutte contre l’étalement passera inévitablement par des «contraintes à la croissance», par la fiscalité municipale et par une coordination du travail de plusieurs ministères, laisse-t-elle entendre. Contraintes à la croissance, un passage désormais obligé pour un aménagement durable du territoire.

Dans un article du quotidien Le Soleil publié le 1er février dernier, le journaliste François Bourque résume bien le défi considérable que représente le renversement de l’étalement urbain qui aura à faire face à beaucoup de résistance:

«La résistance ne viendra pas seulement des maires dont le gouvernement voudra freiner l’appétit de croissance. Elle viendra aussi de collègues députés et ministres de Mme Laforest, d’autres formations politiques et d’acteurs privés et publics aux intérêts multiples. Elle viendra de tous les partisans du libre choix pour les citoyens de se loger où ils veulent, sans considération pour les coûts publics qui en résulteront.»

«C’est lourd, convient la ministre. Il y a beaucoup d’implications, mais je me sens très très prête à travailler ce dossier», rapporte Bourque. L’aménagement du territoire n’est pas un sujet glamour comparé à l’offre de garderies, à l’accès aux médecins de famille, ou à l’annonce d’une baisse d’impôt.

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Bernard Vachon

Deuxième d’une famille de neuf enfants, j’ai grandi dans les quartiers ouvriers de Rosemont et de Montréal-Nord. La culture, le sentiment identitaire, les études et l’entraide étaient des valeurs fortement stimulées au sein de la famille. Détenteur d’un doctorat de la London School of Economics and Political Science en Angleterre ainsi que de l’Université de Liège en Belgique dans les domaines de l’aménagement et du développement territorial, j’ai fait carrière comme professeur-chercheur au département de géographie de l’Université du Québec à Montréal durant 32 ans (1969-2000). Mes domaines de spécialisation sont le développement local et régional, le Québec rural, la décentralisation et la gouvernance territoriale. Parallèlement à mes enseignements et ma recherche, j’ai exploité avec ma famille une ferme ovine, Chantemerle, de 1979 à 1989, dans un petit village sur les contreforts des Appalaches dans le Bas-Saint-Laurent, un lieu qui s’est avéré un laboratoire d’observation et d’analyse des problématiques de dévitalisation et de « recomposition » territoriale. Nous possédons toujours ce petit coin de ruralité, espace de ressourcement et d’inspiration. Suite à mon départ à la retraite, j’ai agi comme formateur, conférencier et consultant auprès de ministères, associations municipales, MRC et municipalités locales dans mes domaines de compétence. Je consacre désormais l’essentiel de mes temps libres à l’écriture (livres, blogues, articles, …), au bénévolat et à ma famille. Jean-Sébastien Bach, l’homme et son œuvre, est un compagnon de tous les jours. Ma collaboration à ce blogue est motivée par le désir de participer au mouvement de développement collectif qui se déploie dans toutes les régions du Québec, porteur d’une force insoupçonnée pour faire face aux grands défis qui confrontent la société actuelle.