Il était une fois… Le Témiscamingue!

Élue en novembre 2017 et maintenant installée dans mes fonctions de préfète de la MRC de Témiscamingue, j’ai souhaité vous partager le regard que je porte sur mon coin de pays. Ainsi, je romps avec l’actualité politique et le militantisme pour vous parler un peu de mon territoire, celui que j’habite, mais surtout, ce territoire qui m’habite.

 

Le Témiscamingue.

Son nom, tiré de la culture amérindienne, signifie « Eaux Profondes »…

19 000 km2 couverts à 95 % de lacs et de forêts. Des paysages à couper le souffle, des lieux magiques de beauté et de calme et un Parc National en devenir, Opémican. 19 municipalités, 4 communautés algonquines, 16 000 habitants. Aucune mine maintenant, même s’il y en a eu déjà… Beaucoup d’agriculture, de l’exploitation forestière, des entreprises manufacturières inventives et innovantes. Et surtout, surtout, une grande richesse : ses gens.

J’y retrouve un espace de vie et de bonheur unique. Et je souhaite par-dessus tout que l’on reconnaisse notre différence. Et notre droit à la prospérité inscrite à même ces différences.

Le territoire où je vis est situé à la frontière de l’Ontario, mais les règles en vigueur, la bureaucratie, nous empêchent d’avoir accès à ce marché prometteur sur plusieurs plans. Mon territoire vit d’agriculture, mais nous n’avons pas d’abattoir, le plus près étant à Montréal pour les uns, en Ontario pour les autres. Ma MRC voit plusieurs de ses services disparaître à petit feu, elle rêve d’une réelle application de la modulation pour qu’on reconnaisse et que l’on supporte sa différence.

L’histoire du Témiscamingue, sa richesse incroyable en termes de ressources et ses difficultés à en vivre, ne doit pas être une fatalité. On peut changer le cours des choses! Et je souhaite y participer.

Habiter et contribuer au développement et au rayonnement de ce magnifique territoire est pour moi un privilège. C’est également une grande responsabilité. Il est en effet de mon devoir d’être attentive aux indices de bouleversements, où qu’ils se produisent, même s’ils paraissent loin de nous. Et je ne peux ignorer les distorsions économiques qui nous bousculent ou les enjeux démographiques qui sont les nôtres.

Voilà pourquoi il m’apparaît important de contribuer à ce qu’ensemble, nous nous donnions une réelle vision de l’avenir et du développement de notre territoire et que ce soit ensemble que nous la mettions en œuvre. Une vision, non seulement pour les élus, et portée par eux, mais une vision pour toutes nos communautés. J’y vois un exercice nécessaire!

De fait, le changement s’installe… déjà!

Et pour que ces changements soient réellement porteurs, pour qu’ils soient vraiment conséquents avec nos rêves de prospérité pour nos 19 villages et les 4 communautés algonquines, il faut cesser de regarder du côté de nos limites et mieux considérer l’abondance de nos possibilités. Les réflexions actuelles sur les modèles agricole ou forestier, les ouvertures dans le domaine des énergies, les nouvelles technologies sont des leviers de développement dont nos communautés doivent profiter, pour peu que l’on puisse concevoir des actions avec originalité et diversité. Chaque espace, avec sa population, son identité, ses ressources, son paysage, doit avoir la possibilité de se mettre en valeur selon la manière adaptée à son contexte. C’est une question d’autonomie, mais aussi de respect envers les citoyens qui vivent la réalité de leur village.

Je me dois aussi de penser que les résultats seront déterminés par le type de gouvernance préconisée dans la gestion et la mise en valeur de ces potentiels. Or, la démocrate convaincue que je suis considère qu’un pouvoir fort est un pouvoir partagé. Cette façon d’assumer le pouvoir, de façon ouverte et différente, demande de la sagesse et de la détermination…  et il est vrai que cela s’accompagne parfois de quelques grincements de dents. Mais je demeure convaincue que pour mon territoire, ce sera gagnant.

Parce que développer le Témiscamingue demande des mécanismes qui laissent toute la place aux communautés pour prendre des décisions. Cela exige aussi une réelle imputabilité envers les citoyennes et citoyens. Enfin, cette gouvernance demande de la vigilance pour ne pas se perdre dans une concertation complaisante. Si réfléchir, discuter, concilier font partie du processus, il faut aussi savoir trancher afin d’éviter que ces travaux ne soient en fait des alibis pour ne pas bousculer les chasses gardées. Cela s’appelle du leadership.

Voilà comment je rêve mon territoire, voilà comment je souhaite que tout notre monde le perçoive et l’apprécie, qu’il devienne pour tous espace de vie et de bonheur. Que son développement, pensé dans les grandes orientations comme dans les petits gestes, se fasse par des femmes et des hommes impliqués, sachant prendre la mesure du changement et capables d’idées inédites.

Il était une fois le Témiscamingue… Bienvenue chez nous!

 

 

 

 

 

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Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.