Je repense aux directives d’un de mes professeurs en communication : « Lise n’oublie jamais : sujet-verbe-complément. » Rien de plus simple et d’élémentaire me direz-vous? Eh bien, il me semble que non. Devant l’immense fenêtre de nos connaissances, nous faisons face à une banque incroyable d’informations. Le problème à mon avis, c’est qu’il n’y a pas de « reliance » dans ce vertigineux espace. Et si cette multiplication nous amenait à une certaine ignorance?

Mais comment se fait-il que devant autant d’intelligence individuelle et collective nous n’arrivions pas à tisser les liens, ceux qui nous relient? Selon moi, c’est la complexité et c’est la capacité de mettre en pratique, d’agir. Nous cherchons trop à complexifier. Ne serait-il pas mieux de simplifier? Si nous voulons obtenir un taux de participation plus significatif, comment faire, comment intéresser l’autre pour un « Vivre ensemble » cohérent?

Mutation, transformation, transition, que l’on soit des créatifs culturels, des éveilleurs de consciences, des tisserands, des agents de développement, des agents de changement, des passeurs, etc., la multitude d’approches et de pratiques qui s’offrent à nous sont, une comme l’autre, stimulantes et intéressantes. Bien que les universités offrent une variété de programmes – que ce soit en sociologie, psychosociologie, psychologie, développement territorial, ressources humaines, etc.-  nous sentons leur vocation tourner vers la marchandisation de l’offre et s’éloigner de leur réelle mission, l’éducation.

Nous faisons face à une crise. Tout doit être « consommable ». Le modèle de nos actuelles institutions existe depuis des centaines d’années. Elles fonctionnent au rythme effréné d’aujourd’hui accusant un retard sans précédent pour un futur qui sera encore plus désarmant, si personne ne s’y arrête et n’ose penser autrement. Et devant ce train grande vitesse (TGV), nous oublions l’essentiel : nous sommes des humains et non des ordinateurs, même si ceux-ci semblent de plus en plus devenir leur prolongement. Et de surcroît, la société est malade de la gestion comme l’écrit si bien Vincent de Gaulejac. La gestion dans un grand système qui ne se comprend plus.

Devant tout changement, des rites de passage obligent. Ce savoir-faire n’est pas maîtrisé par beaucoup de monde. Comment accompagner le changement? Devant l’éventualité de vouloir faire trop vite, nous sautons des étapes, à savoir : analyser stratégiquement, voir venir les évènements, se connaître,  connaître l’autre, être gentil, avoir de la compassion, être tolérant, etc.  Par la suite, pourrait s’amorcer la mobilisation, le travail ensemble, le développement de la capacité d’agir individuelle et collective.

Comment voulons-nous qu’une transformation s’opère si nous ne nous transformons pas d’abord individuellement? On ne peut pas espérer une transformation sociale sans se transformer soi-même et avoir cette exigeante capacité d’adaptation. Ce changement personnel, cette revisite intérieure est nécessaire afin de se réjouir, s’apaiser et réussir par la suite ensemble. Si nous ne sommes pas heureux personnellement comment l’être collectivement?  Les problèmes de santé mentale se multiplient à un rythme déplorable. N’y a-t-il pas lieu de s’y attarder, d’y réfléchir? Je suis témoin à tous les jours de cette misérable donnée.

Bien qui nous soyons tous l’étranger de l’autre, un rapprochement est nécessaire.  Ce n’est pas l’humain que l’on regarde, c’est son statut. Nous n’allons pas à la rencontre d’une personne, nous allons à la rencontre de sa position. Nous avons des statuts différents, citoyen, ouvrier, charpentier, cuisinier, ébéniste, agriculteur, ingénieur, professeur, médecin, écrivain, urbaniste, comptable, développeur, etc. Ce qui nous unit dans cette différence, c’est notre personne. Et c’est dans et à travers cet espace-là que nous sommes accessibles et pouvons espérer la rencontre.

Il y a là un travail sur soi avant d’effectuer un travail avec l’autre. On ne peut pas changer l’autre. Ce qui peut changer, c’est mon attitude par rapport à l’autre, comment je le perçois, comment j’entre en relation avec lui. Être authentique est probablement la qualité essentielle pour que s’opère la magie de la cocréation.

Je suis une personne et j’occupe le statut de citoyenne. Chacun d’entre nous  a son histoire, son parcours, sa trajectoire de vie. Si je m’y intéresse le moindrement, c’est sur la base de valeurs communes qui nous rassemblent, qu’ensemble nous pouvons nous mettre à dessiner le changement sociétal que l’on désire pour aujourd’hui et demain. Abdennour Bidar, dans son livre « Quelles valeurs partager et transmettre aujourd’hui? », nous parle de développer la culture de la sensibilité et la culture du jugement, la culture de la règle et du droit, et celle de l’engagement.  Il y a de l’espoir pour dessiner une société qui fasse sens.

Vivre ensemble son autonomie individuelle pour un apprentissage social[1] de l’autonomie, il est possible de se réaliser, de créer, de cocréer, d’inventer ensemble ce que nous voulons faire advenir. Cette autonomie sociale peut nous amener vers la liberté, celle d’être, de faire et de choisir la société à l’intérieur de laquelle nous désirons vivre en communauté.

Rien de plus simple.  Sujet : « Je »,  Verbe : « Suis »,  Complément : « Nous ».

Qui est « Je »[2], celui qui « nous » unit? Ce « nous » qui tisse des liens à l’autre? Comment tisser une courtepointe interculturelle, intergénérationnelle, spirituelle? Celle qui va réparer le tissu déchiré du monde?

« Notre capacité de commencer nous donne le pouvoir de nous libérer des systèmes qui nous mènent aujourd’hui à la catastrophe. »[3] De là, l’importance de se mettre en action.

Devenir « Transformatiologue »[4], un terme dont la légitimité appartient à Michel Maletto.   Une profession d’aujourd’hui qui prépare au changement sociétal de demain.  Je vous en parlerai ultérieurement.


[1] DUZERT, M. 2016, Vivre ensemble son autonomie, Paris, L’Harmattan.

[2] GAULEJAC, V. de, 2009, Qui est « je »?, Paris, Éditions du seuil.

[3] BILLETER, J.F, 2012, Un paradigme, Paris, Éditions Allia

[4] MALETTO, M. 2017, Une bouteille… à la terre – Pour une transformation humaniste et démocratique, Montréal, Éditions Michel Maletto. (à paraître fin mai 2017)

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Lise Roy
Lise Roy

Je suis est originaire d’Amqui dans la vallée de la Matapédia. En 1989, je quitte ma région pour vivre d’autres expériences. Je me dirige vers Saint-Georges (Beauce), Montmagny, Nicolet et Montréal. Pendant cette période, je diversifie mes connaissances dans des domaines aussi variés que l’administration, la comptabilité et les communications. En 2011, je m’inscris au programme court de 2e cycle « Sens et projet de vie » à l’UQTR. J’ai débuté à l’automne 2013 une maîtrise en études des pratiques psychosociales à l’UQAR. J’occupe différentes fonctions multidisciplinaires, notamment celle d’agente de développement rural pendant près de huit ans au CLD de Beauce-Sartigan. Par la suite, j’agis à titre de directrice générale adjointe au CLD de la MRC de Montmagny. Un de mes principaux mandats est la diversification économique. En mai 2010, j’occupe le poste de conseillère en développement stratégique des territoires à Solidarité rurale du Québec. J’assume un leadership dans la planification et la coordination des activités d’animation et des dossiers de développement. Je soutiens également le réseau de plus de 180 agents de développement rural (ADR) du Québec avec la formation annuelle des ADR, le service-conseil, la coordination du Comité national des ADR et le déploiement du site Web du réseau, le RADAR. Ce travail m’amène à préparer et animer une tournée de 31 communautés au Québec « Ensemble, façonnons une nouvelle phase du développement de la ruralité! » En septembre 2013, j’ai joint l’équipe du Centre St-Pierre à Montréal à titre de directrice générale. Ce lieu est un centre de formation, d’accompagnement et d’intervention sociale, un espace de débats publics au service des groupes engagés socialement et des personnes en quête de sens dans une perspective d’éducation populaire qui intègre le social, le psychologique et le spirituel.