Avec la collaboration de Gabrielle van Durme

Premier billet de blog pour moi, et je le vois déjà comme un exutoire sur un mot qui me questionne presque au quotidien : concret.

S’il est une idée bien ancrée dans le monde de l’action collective, c’est celle de la cocréation. Or, celle-ci recèle en son cœur un paradoxe. On ne peut pas prévoir à l’avance ce qui va émerger. Dans un contexte citoyen, cela peut amener un grand inconfort pour les participants. Et, pour diminuer cet inconfort, la tentation est grande de devenir directement plus « concret », ce qui, souvent, peut signifier de revenir trop vite avec des propositions claires et précises. Ce qui va à l’opposé de l’idée de cocréation.

Nous semblons collectivement mal à l’aise de naviguer dans le flou. Je ne suis pas spécialiste, mais une des causes me semble être que nous sommes dans un monde où tout doit aller vite. Nous prenons moins le temps des dynamiques humaines, nous avons tendance à ignorer davantage le rythme des projets. Dès qu’une idée est lancée, le compte à rebours est déjà lancé et un certain stress s’installe.

Mais je me questionne. Comment réellement construire sous cette pression? Comment se donner l’espace nécessaire pour cocréer réellement? Et comment, dans le fond, se réapproprier une action collective dans ce contexte?

On sous-estime le poids des mots, ce n’est pas nouveau. « Concret » en est un qui peut avoir un effet éteignoir dans les discussions. Mais ça veut dire quoi, au fond? Créer une dynamique de groupe, est-ce concret? Tester différentes idées, dont certaines ne fonctionneront pas, est-ce concret? Construire une feuille de route sur plusieurs années, est-ce concret? Prendre le temps de la réflexion et de l’écoute, est-ce concret?

Par concret, veut-on se limiter à des actions court-terme sur le terrain? Si oui, bonne chance à nos aspirations de transformation sociale…

Le mot pourrait faire d’autres victimes. Notre expérience récente nous pousse à faire très attention à l’utilisation du mot « rêve » dans nos processus de cocréation. Pas assez… concret. Mais quel est le problème, réellement? Est-on traumatisés collectivement par le rêve? Pense-t-on réellement que nous serons capables de vraies transformations sans se donner la chance, et le pouvoir, de les rêver? Pour vraiment penser à une transformation, nous devrons peut-être nous réapproprier le sens de mots très puissants.

En attendant de voir ce… rêve se réaliser, je vous propose à tous une action simple : réfléchir à deux fois avant d’utiliser le mot concret, questionner ceux qui l’utilisent et amener le débat.

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Bertrand Fouss
Bertrand Fouss

Belge, arrivé à Montréal il y a 8 ans, je suis impressionné par le potentiel de ma ville d'adoption en terme d'action collective. Cela m'a amené, avec d'autres citoyens, à fonder Solon, un organisme qui aide à développer des milieux de vie plus inclusifs, résilients et sans carbone, en misant sur des projets collectifs dans différents domaines (énergie, mobilité...). Je suis aussi directeur des projets pour la Coop Carbone, une coopérative qui développe des projets réduisant les gaz à effet de serre au Québec. Citoyen optimiste et engagé, je mets mon énergie à trouver des solutions d'intérêt collectif. Je suis formé en génie, journalisme et administration.