Comment s’organiser pour un impact collectif?

J’ai récemment fait écho dans ce blogue au bourdonnement des initiatives d’impact collectif [Buzz, buzz… Impact collectif. Mais est-ce nouveau?]. Si vous êtes tentés par le défi et que vous souhaitez ajouter cette approche d’action concertée à votre boîte à outils, voici ce qui vous attend.

Le socle d’une initiative d’impact collectif, c’est un besoin ressenti et reconnu, criant et complexe, qui affecte une collectivité, un besoin auquel on ne pourra répondre qu’en travaillant ensemble.

Le besoin. La première étape de la démarche consiste donc à cerner ce besoin. La pauvreté? L’analphabétisme? La violence? L’exclusion? Pour y arriver, il faudra appeler en renfort les connaissances issues de la recherche (les théories, les études, les évaluations) et de l’expérience (les témoignages, les leçons apprises, bref la sagesse des intervenants) afin de tracer avec le plus de précision et de confiance possibles la problématique à laquelle nous sommes confrontés et les facteurs sur lesquels il nous faudra agir. Cet exercice nous permettra de démontrer que le besoin est en fait un enjeu collectif.

L’impact ciblé. Ayant bien saisi l’enjeu, la seconde étape consiste à préciser l’impact que nous souhaitons créer collectivement. Un impact, c’est un changement ayant assez de puissance pour secouer un problème complexe. Malgré la formule consacrée (« impact collectif »), l’impact souhaité est singulier, c’est l’approche pour l’atteindre qui sera collective. Pour faire de cet impact une cible claire, il faudra délimiter avec précision :

  • qui seront les bénéficiaires de l’initiative (quel segment de la population et où ils se situent géographiquement),
  • ce qui va concrètement changer pour eux et
  • à quelle échéance.

Plus l’impact souhaité sera formulé avec précision, plus il sera facile de mesurer ce que nous aurons produit comme changement. En traduisant nos aspirations en termes d’impact, nous portons notre attention sur les résultats plutôt que sur les activités, aussi bienveillantes soient-elles.

Une théorie du changement (TDC). La cible étant claire, il nous faudra ensuite déterminer comment nous allons y parvenir. Une façon innovatrice de le faire est de développer une TDC, c’est-à-dire une explication des changements (les résultats) qu’il faudra enchaîner pour éventuellement produire l’impact, suivie d’une stratégie alignant les interventions qui seront nécessaires à cette fin. Je vous invite à consulter mon récent billet sur les théories du changement [Autre goût du jour : les théories du changement].

La mise en œuvre. Au moment de passer à l’attaque, il faut se rappeler que notre initiative en est une d’impact collectif. Nous devons donc rester concentrés sur les changements (l’impact…) et nous devons œuvrer à plusieurs (…collectif). Ces deux conditions déterminent comment nous allons nous organiser. Typiquement, une initiative d’impact collectif opère ainsi en s’appuyant sur les outils suivants :

  • une structure de coordination,
  • un système de communication et
  • un système de suivi et d’évaluation commun.

Bien sûr, elle consiste aussi – et surtout – en une série d’interventions (des activités, des programmes), qui peuvent être menées par plusieurs acteurs qui oeuvrent ensemble ou par des acteurs individuellement. Souvent, ces interventions seront nouvellement conçues et menés grâce à de nouvelles ressources, parfois elles seront un réalignement d’activités existantes, parfois elles seront tout simplement des programmes existants qui seront comptés dans notre jeu de nos billes.

J’espère que ces quelques repères vous donneront le goût d’envisager votre engagement sur certains enjeux communautaires ou sociaux sous l’angle de l’impact collectif. Il y a de plus en plus de ressources qui vous y aideront[1].

 

 

 

[1] La banque de ressources la plus développée est offerte par le Collective Impact Forum, mais c’est surtout en anglais. Vous trouverez par ailleurs en ligne plusieurs initiatives québécoises et des formations offertes au Québec, notamment par Innoweave. Le Tamarack Institute dispose aussi de plusieurs ressources et commence à en produire des versions françaises.

Crédit photo : Hunter Harritt sur Unsplash

 

 

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Marc L. Johnson
Marc L. Johnson

Je me présente aujourd’hui volontiers comme sociologue-conseil, mais j’ai aussi porté – ou je porte encore à mes heures – la casquette de journaliste, d’agent de communication, d’éducation et de mobilisation, de prof, de coopérant-volontaire, de consultant, de chercheur et de courtier des connaissances. Je suis acadien. Mon premier boulot fut câlleux de bingo bilingue dans mon petit village de Saint-Ignace au Nouveau-Brunswick. Comme ces boules, je n’ai jamais cessé de tourner, puis de militer, d’apprendre et de me déplacer. J’ai fait de longs séjours en France, au Cameroun, au Togo, au Kosovo et au Guatemala, et de plus courts en bien d’autres endroits. Depuis une vingtaine d’années, mon port d’attache est Ottawa-Gatineau. Pour l’essentiel, je prête mes services aux associations, institutions et gouvernements qui veulent comprendre les besoins, décoder les aspirations, détordre les politiques, imaginer l’avenir, concocter des stratégies et évaluer leurs réalisations. Mes engagements bénévoles et professionnels s’imbriquent dans une diversité de chantiers : les politiques linguistiques, la culture, les médias, le développement économique, l’emploi, l’alphabétisation, l’éducation, la justice, les services gouvernementaux, l’immigration, la santé, la gouvernance communautaire… Je vois le développement collectif comme un grand jardin. Ses graines sont des besoins réels, ressentis et reconnus. Ses jardiniers sont une large gamme de citoyens engagés, solidaires et mobilisés. Ses fleurs sentent bon le progrès et ses fruits ont le goût de la justice sociale. Nous.blogue est pour moi une belle occasion de réfléchir tout haut, de tirer des leçons, de réagir, de lancer des hypothèses, de mettre en dialogue les expériences et les intuitions des unes et des autres. Malgré tout, je me garde de céder au verbiage, car mon jeune fils prend plaisir à me rappeler que, à Gatineau comme à bien d’autres endroits, intello, c’est nul, c’est poche.