Séduction, Séduction… Ou l’appel de l’urne!

(…)
Cochez oui, cochez non
Nom, prénom, quelles sont vos opinions
Sur la guerre, le mariage, les grandes questions
(…)
C’que j’ai comme crainte ou comme espoir
Vous ne voulez pas vraiment l’savoir
J’peux pas classer mes émotions
En petites piles de oui pis d’non (…)
Paul Piché, Pierre Huet

Au Québec, les prochaines élections générales auront lieu le 1er octobre prochain et pour y arriver, la campagne électorale se déroulera, en principe, de la fin août jusqu’à cette date. En principe… Parce que nous devons bien le constater, la campagne a cours depuis maintenant 6 mois déjà, et une bonne partie de cette campagne se fait à nos frais. Oui, oui, à nos frais!

En effet, jamais depuis 2014, nous n’avions eu l’occasion de rencontrer aussi souvent les ministres et les députés, eux qui s’étaient efforcés de se cacher de leurs électeurs depuis leur arrivée au pouvoir, eux qui s’empressaient d’effectuer nombre de coupures dans les budgets et les services… Les voilà soudain d’une incroyable disponibilité, utilisant toutes les occasions pour se déplacer d’un bout à l’autre du territoire et se présenter devant les citoyens en multipliant les annonces et en distribuant les chèques et les promesses, le tout effectué à même l’argent que nous tous envoyons si docilement à l’État.

Suis-je donc cynique?!!! Hélas, non! Et le fait de constater ce qui se passe actuellement ne devrait pas nous faire oublier que la méthode, la recette électorale, est toujours la même, peu importe le parti. Celui au pouvoir utilisera les moyens et les fonds de l’État, les autres… Eh bien! Tant pis… jusqu’à ce que leur tour arrive.

Et que dire des méthodes de calcul employées… La calculatrice de début de mandat, celle qui dicte les coupures soi-disant nécessaires, se transforme comme par magie en fin de mandat! Elle devient distributrice! Tout ce qui se calcule devient matière à subvention, aide ou don! Et encore là, peu importe le parti!

Une campagne électorale devient donc d’abord et avant tout une indécente course au trésor, une véritable compétition de miroirs aux alouettes, rien de moins. C’est à qui donnera le plus, au plus grand nombre… Juste avant de ressortir la calculatrice des coupures une fois le pouvoir acquis.

Pourtant, il serait utile de se rappeler qu’un gouvernement a un devoir fondamental d’arbitrage entre les besoins de tous , qu’ils soient personnes ou corporations, et que son rôle est d’assurer les équilibres et une redistribution conséquente des moyens d’agir et de la richesse. Il serait aussi utile de convenir que pour ce faire, on a besoin comme société d’avoir une idée claire, une vision de ce que l’on veut se donner collectivement. Et que pour y arriver, nous devons avoir des objectifs qui sont les nôtres parce que nous avons contribué à les définir. Et que nous nous mettons en action ensemble.

« Faites-moi rêver du Québec! Faites-moi rêver d’une société qui croit vraiment à l’avenir des jeunes, qui croit à l’environnement et à des façons différentes d’utiliser nos énergies, faites-moi rêver d’un Québec qui mise sur les régions…» C’est d’espoir dont nous avons besoin, pas l’espoir de la prochaine subvention ou du prochain chèque, mais l’espoir d’un monde qu’on choisit et que l’on travaille à se donner. Une campagne électorale devrait être une occasion unique de réfléchir, collectivement, à notre manière de considérer notre société, comment la modeler dans une perspective de développement humain et durable, qui mise sur la coopération, la solidarité et la recherche de l’intérêt commun, qui va au-delà des intérêts corporatifs et financiers.

Voilà le discours que j’aimerais entendre de tous ces candidats et candidates qui jouent du charme pour quelques semaines. Et ce discours, cette attitude, je souhaiterais qu’ils et elles  l’adoptent pour la durée de leur mandat, parce qu’une société se construit sur le long terme, pas sur 35 jours de campagne!

Mais les promesses futiles, qui séduisent, c’est tellement plus facile… C’est d’ailleurs une stratégie qui a fait ses preuves.

Pour ma part, face à l’urne, je me souviendrai de qui m’a fait rêver!

 

 

 

 

 

 

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Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.