Avec la collaboration de Bertrand Fouss

Je profite de la série sur la démocratie municipale pour vous partager une petite expérience menée juste en arrière de chez nous.

Notre ruelle – La Girafe – est vivante et de beaux projets y naissent, portés par les voisins (contes pour enfants, films, fêtes, concerts, …). Il y a une volonté forte d’y créer une communauté ouverte et solidaire. Et je me pose la question : quelle devrait être la place de la politique dans cette vision ? La ruelle – dont le potentiel d’amélioration de la qualité de vie environnementale et sociale est de plus en plus reconnu – est-elle une échelle de mobilisation politique intéressante ? Et si oui, comment ?

Il est tout de même étonnant de constater dans le même élan l’attrait croissant pour le local, voire l’hyper local (achat local, sentiment d’appartenance à son bout de rue, …) et le désintérêt d’une majorité de la population pour le niveau démocratique le plus proche d’elle (un élément de plus dans ma boîte à mystères, aux côtés du phénomène des chaussettes célibataires ou de l’augmentation des ventes de SUV).

Bref, revenons à notre petite expérience liant élections, ruelle et girafes. Nous avons donc à deux reprises invité nos candidats aux élections à venir jaser avec nous, dans la ruelle (4 soirées en tout). Pour les élections fédérales il y a deux ans, et pour les élections municipales il y a quelques semaines.

En vrac, voici nos observations, basées sur cet échantillon ridiculement petit, mais qui le mérite d’exister !

  1. En beau reflet des taux de participation aux élections, nous avons effectivement eu plus de succès pour les rencontres avec les candidats du fédéral que pour celles avec les candidats du municipal.
  2. Chaque candidat venait lors d’une soirée différente ; il y avait plus de monde pour les candidats qui briguaient un renouvellement de leur mandat (versus leurs challengeurs) et qui – dans notre cas – étaient généralement perçus comme ayant le plus de chance de l’emporter.
  3. Les raisons invoquées par plusieurs citoyens pour ne participer à ces soirées – hormis le désintérêt complet pour la chose – présentaient une déroutante similitude : « je ne viens pas car je sais que je vais voter pour lui/elle » et « je ne viens pas car je sais que je ne vais pas voter pour lui/elle ». Les certitudes rendent les discussions caduques ?
  4. Les échanges étaient intéressants et respectueux. Nos candidats sont accessibles. Et ce n’est pas rien comme constat !
  5. Le taux de participation était somme toute assez faible : entre 2 et 30 personnes, sur une ruelle comptant de l’ordre de 150 à 200 logements (et considérant que l’invitation a été lancée à un plus large public).

Globalement est-ce que notre bilan est positif ? Avons-nous contribué à dynamiser notre démocratie ? Et peut-on réellement avoir un impact avec ce type de micro-interventions si elles ne s’inscrivent pas dans un processus plus large de transformation profonde de nos façons de voir et de faire la politique ? Je ne sais pas.

Construire des petites communautés solidaires sans y adosser de dimension politique est, selon moi, au mieux dommage, au pire plutôt vain. Et je cherche comment l’échelle de la ruelle par exemple peut contribuer à transformer notre rapport à la politique. Ces soirées de discussion en période électorale sont une première tentative. Quelles pourraient être les suivantes ?

Pour finir, j’aimerais mentionner deux choses, qui montrent à quel point la politique municipale peut être un levier de renouveau démocratique :

  • Le projet de « comités de milieu de vie » de l’arrondissement de Rosemont – La Petite-Patrie, dont un des objectifs est de donner du pouvoir aux citoyens.
  • Le livre « Et si on prenait les électeurs au sérieux ? » de Jo Spiegel, maire de Kingersheim (France), qui parle de sa démarche de « démocratie-construction ». Il dit notamment ceci, au sujet de l’échelle d’action locale : « (…) le territoire [est] une plaque pivot entre le local et le global, entre le politique et le civique, entre le collectif et le personnel. C’est-à-dire l’espace des transformations réelles. »

Notre démocratie peut être très différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Le niveau local est un champ d’action idéal – voire le champ d’action par excellence – pour laisser aller notre créativité et inventer de nouveaux modèles, basés sur la confiance.

 

 

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Gabrielle van Durme
Gabrielle van Durme

Je m’appelle Gabrielle, je suis arrivée à Montréal depuis ma jolie Belgique en 2009, avec mon conjoint et quatre valises. Cette escapade devait initialement durer deux ou trois ans… Voilà ce que la vie fait de nos plans! J’ai travaillé 10 ans dans le conseil en développement durable (en particulier dans le domaine de l’analyse du cycle de vie). Au fil du temps, mon cœur et ma tête me portaient de plus en plus vers des moyens d’agir visant plus clairement la transformation en profondeur de la société plutôt que son amélioration. Petit à petit, l’action collective et locale s’est imposée comme un moyen d’agir permettant cette transformation. J’ai récemment cofondé un OBNL – Solon – dont la mission est d’aider les citoyens à transformer leurs milieux de vie pour les rendre plus inclusifs, conviviaux, prospères et sans carbone et dont la prémisse de base pourrait être : « et si on fait les choses collectivement, qu’est-ce que ça change? » Et me voilà lancée à 200 % dans l’aventure Solon, en plein apprentissage sur le pouvoir d’agir citoyen, sur les hauts et les bas de la mobilisation et sur mes propres capacités à être une agente de changement engagée et patiente (hum!), respectueuse des sinueux chemins du collectif.