Qui est ce «JE» qui décide pour «NOUS»?

J’ai été interloquée par les décisions prises récemment au gouvernement et par les tollés soulevés. Plusieurs m’ont fait sursauter, particulièrement celle prise par le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Monsieur Simon Jolin-Barrette dans le dossier du Programme de l’expérience québécoise (PEQ),  son mea culpa des jours suivants, et sa volte-face ensuite.

Comment mener un dossier sur les chapeaux de roues et vouloir à tout prix changer les règles établies sans au préalable avoir consulté? D’autant plus, que les conséquences touchent directement des gens qui ont fait le choix de venir étudier au Québec et contribuer à notre développement social et économique. On parle d’humain.  

J’ai voulu jeter un regard humaniste sur un phénomène social et comprendre un peu mieux la mécanique d’une démarche décisionnelle. Comment prend-on les décisions? Est-on habilité à le faire?

Notons que nos politiciens sont également des êtres humains. Ils possèdent leurs histoires qui les influencent encore aujourd’hui. Il y a des mentalités fortement ancrées dans l’historicité des façons de faire, de penser, d’agir, d’être. Il peut être difficile de s’en affranchir.

Nos histoires et nos trajectoires de vie sont teintées de nos expériences respectives. Elles auront une influence sur les décisions à prendre tout au long de notre vie. Si elles ne concernent que moi, elles toucheront mon environnement immédiat et un rayon plus large selon mon statut social. Si j’occupe un poste politique, les répercussions de ma décision affecteront un plus grand nombre de personnes et risquent de heurter leurs valeurs.

Nos dirigeants en poste semblent avoir un profil davantage gestionnaire. Il serait intéressant d’avoir également des politiciens visionnaires, sensibles, capables de comprendre la société et ses enjeux d’un point de vue humaniste. Il n’y a pas de honte à éprouver des émotions et des sentiments, tout en étant capable de raisonner une décision. Au contraire, cela demande du courage. Il en faut pour s’engager dans la sphère politique.

Comment pouvons-nous voir que nous sommes réellement dans un processus  d’engagement porteur?  Selon l’auteur Richard Barrett, il y a 7 niveaux de conscience[1] :

Conscience-survie, conscience-relation, conscience-estime de soi, conscience-transformation, conscience-cohésion interne, conscience-d’un profond désir de faire une différence dans le monde, conscience- d’un sentiment profond d’être en lien avec les autres, être au service, l’intérêt pour le bien commun et le désir de laisser un héritage.

L’influence du niveau de conscience

Comme politicien, les habiletés à prendre une décision s’avèrent essentielles, car les impacts sont majeurs. Leurs expériences de vie et leurs niveaux de conscience les influencent dans ce processus.  Voici en résumé comment Monsieur Barrett l’explique :

  • Si je suis dans le niveau de conscience-survie, je prendrai des décisions d’instincts à savoir qu’elles me stimulent à m’aider à survivre et à éviter des situations dangereuses.  Je me base sur des expériences passées. Il n’y a pas de temps de réflexion qui précède la décision. Je ne contrôle pas sciemment mes mots, mes actions et mes comportements, ce sont eux qui me contrôlent.
  • Si je suis au niveau de la conscience-relations et conscience-estime de soi, je prendrai mes décisions sur des croyances subconscientes. Ici, les décisions seront souvent accompagnées d’une décharge émotionnelle. Je peux être confrontée à un besoin fondamental non résolu. Je ne contrôle pas mes actions et mes comportements, ce sont eux qui me contrôlent.
  • Si je suis au niveau de la conscience-transformation, alors là ma prise de décision sera basée sur des croyances conscientes. Je prends des décisions en me basant sur ce que je crois savoir. Mes actions et comportements sont contrôlés. Et ici, je peux consulter les autres pour m’aider et améliorer ma prise de décision.
  • Si je suis au niveau de la conscience-cohérence interne, je prendrai des décisions en fonction de mes valeurs. Je réfléchis aux valeurs auxquelles je crois. Il doit y avoir cohérence entre le fait de satisfaire mes besoins et de prendre des décisions en concordance. Je ne prends pas de décisions sur la base de mon histoire passée. Je les prends en fonction du futur que je veux créer. Je contrôle mes actions et mes comportements et je peux consulter les autres pour m’aider dans ma prise de décision.
  • Si je suis au niveau de la conscience-faire une différence, ma prise de décision sera basée sur l’intuition. Celle-ci me permet d’accéder à mon intelligence la plus profonde et à l’intelligence collective d’un groupe plus grand. Ici, je suspends mon jugement, je n’essaie pas de donner une explication consciente ou inconsciente. L’esprit est vide. Les pensées, les croyances et les programmes planifiés sont suspendus. Mes pensées respirent la sagesse et sont alignées avec mes valeurs les plus profondes.
  • Si je suis au niveau de la conscience-être au service, ma prise de décision sera basée sur l’inspiration. Je ressens ici une intention et une aspiration profondes. La pensée émerge de nulle part. Elle est persistante. Elle est associée à une action que je dois entreprendre et le fait de ne pas écouter cette inspiration peut avoir des conséquences négatives.

Je reviens sur cette marquante décision prise par le  ministre Jolin-Barrette avant qu’il révise sa position. Les médias nous ont fait savoir que celui-ci n’avait pas ou très peu consulté. Or, si je me réfère aux différents niveaux de conscience, à partir de celui de la transformation et les suivants, dans le processus de décision, la consultation s’avère être une étape gagnante. J’ose espérer qu’il fera de cette expérience un raisonnable apprentissage dans son rôle de politicien.

Peu importe le type de décision à prendre, simple, complexe ou compliquée, il y a toujours quelqu’un qui devra décider, qu’il soit politicien ou non. Est-ce que je connaîtrai davantage ce « JE » qui décide pour « NOUS »? Peut-être pas.  Toutefois, j’aurai un regard plus compréhensif sur le sujet.


[1] BARRETT, R. 2017, L’entreprise inspirée par les valeurs – Libérer le potentiel humain pour une performance durable, Louvain-la-Neuve, De Boeck

Commentaires partagés sur Facebook

commentaires

Commentaires si vous n'avez pas de compte Facebook

Votre commentaire

Lise Roy
Lise Roy

Je suis est originaire d’Amqui dans la vallée de la Matapédia. En 1989, je quitte ma région pour vivre d’autres expériences. Je me dirige vers Saint-Georges (Beauce), Montmagny, Nicolet et Montréal. Pendant cette période, je diversifie mes connaissances dans des domaines aussi variés que l’administration, la comptabilité et les communications. En 2011, je m’inscris au programme court de 2e cycle « Sens et projet de vie » à l’UQTR. J’ai débuté à l’automne 2013 une maîtrise en études des pratiques psychosociales à l’UQAR. J’occupe différentes fonctions multidisciplinaires, notamment celle d’agente de développement rural pendant près de huit ans au CLD de Beauce-Sartigan. Par la suite, j’agis à titre de directrice générale adjointe au CLD de la MRC de Montmagny. Un de mes principaux mandats est la diversification économique. En mai 2010, j’occupe le poste de conseillère en développement stratégique des territoires à Solidarité rurale du Québec. J’assume un leadership dans la planification et la coordination des activités d’animation et des dossiers de développement. Je soutiens également le réseau de plus de 180 agents de développement rural (ADR) du Québec avec la formation annuelle des ADR, le service-conseil, la coordination du Comité national des ADR et le déploiement du site Web du réseau, le RADAR. Ce travail m’amène à préparer et animer une tournée de 31 communautés au Québec «Ensemble, façonnons une nouvelle phase du développement de la ruralité!» En septembre 2013, j’ai joint l’équipe du Centre St-Pierre à Montréal à titre de directrice générale. Ce lieu est un centre de formation, d’accompagnement et d’intervention sociale, un espace de débats publics au service des groupes engagés socialement et des personnes en quête de sens dans une perspective d’éducation populaire qui intègre le social, le psychologique et le spirituel. En juin 2019, ma trajectoire de vie professionnelle s'est terminée à Montréal. Depuis, je suis de retour à temps plein à Trois-Rivières à la recherche de nouveaux défis.