Quand je vois…

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Quand je vois l’un de ces châteaux anciens et remarquables, j’admire l’œuvre, bien entendu, mais je pense à ceux dont la faim a nourri les Importants qui habitaient et habitent peut-être encore le château.

Quand je vois tous ces édifices impressionnants qui peuplent le cœur des villes, je salue l’architecte et les constructeurs, mais je plains les sans-logis qui circulent dans le voisinage et qui jamais n’auront le privilège de s’y abriter.

Quand je vois un arc de triomphe ou un monument en hommage aux soldats morts au combat, je salue, bien entendu, l’intelligence des stratèges, le courage des soldats, mais je ne peux m’empêcher de penser à ceux qui avaient peur pendant la bataille, eux dont la peur a rassuré les puissants.

Quand je vois ce chemin de fer interminable qui traverse plaines et montagnes, routes qui sillonnent le pays, je reconnais le mérite des décideurs et des hommes d’affaires qui ont commandé leurs réalisations, mais je pense aux gens du pays et aux immigrants pauvres qui ont fait le travail et dont la pauvreté a fait la richesse et le pouvoir de ces gentilshommes.

Quand je vois ces ponts élégants qui enjambent fleuves et rivières, je reconnais le savoir des concepteurs qui en ont tracé les plans, l’efficacité des industriels qui ont produit les matériaux, la compétence de ceux qui les ont assemblés, mais je pense aussi à ceux qui se sont noyés par désespoir ou qui sont morts à l’ouvrage.

Quand je vois une cathédrale, alors je tombe à genoux, tout païen que je suis, et je m’extasie devant la force créatrice et l’habilité des hommes, mais il me semble que j’entends les lamentations de ceux que l’on torturait pour hérésie, au nom du Pouvoir divin, et dont la plainte incessante donne peut-être à la pierre légère cette beauté effrayante.

Quand je vois ces merveilleuses machines qui volent, glissent sur l’eau, roulent, parcourent l’espace à la vitesse de l’éclair, je m’extasie devant toute la science des ingénieurs, l’expertise des techniciens qui les ont conçues, mais je plains tous ceux qui, mal chaussés, doivent continuer d’aller à pied pour se trouver un nouvel abri.

Quand je vois ces usines dotées des technologies de pointe et d’appareils qui calculent ou pensent, ces vastes installations robotisées, capables désormais de produire pratiquement sans intervention humaine, je m’émerveille évidemment devant le génie des technologues et sur l’astuce des gens d’affaires qui ont su en tirer partie, mais je m’interroge sur l’avenir de tous ceux dont l’art, la science, l’expertise, le travail acharné et l’habileté s’apprêtent peut-être à devenir inutiles.

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