Le plaisir d’apprendre et de découvrir à l’école…

On répète souvent aux élèves qu’ils devront apprendre tout au long de leur vie.

 

C’est l’objectif que nous visons dans la préparation de futurs citoyens qui portent déjà en eux notre avenir collectif, car ils auront à relever de nombreux défis aux plans social, éthique, écologique et économique.

Mais eux, comment reçoivent-ils ce message? Car ils le perçoivent à partir de leur propre expérience de l’apprentissage, tout spécialement celle vécue à l’école dont c’est l’une des fonctions principales. Apprendre tout au long de leur vie peut sembler une bien sombre perspective, si cette expérience de l’apprentissage a été celle de la nécessité d’acquérir toutes les notions prévues au Programme d’étude, notions dictées par le ministère de l’Éducation, comme le leur ont répété tant de fois leurs enseignants, des apprentissages pour lesquels les motivations sont souvent lointaines ou inexistantes. En somme, un ensemble d’arguments partant du sommet de la pyramide, tous complètement extérieurs à eux… À cela s’ajoutent les nombreuses évaluations auxquelles ils sont soumis, très tôt dans leur parcours scolaire. Et comme si cela n’était pas suffisant, ils sont soumis quotidiennement à la gestion de programme et à la gestion de classe pour lesquelles leurs enseignants ont été formés à l’université. La coupe est pleine!

Où est le plaisir pour les élèves dans tout cela? Le plaisir de découvrir, d’explorer de nouveaux univers à partir de leurs questions, de leurs intérêts, de ce qu’ils ont vécu et aimé, car le plaisir est, pour nous adultes, une force puissante qui nous incite à répéter et à refaire très souvent, ce que nous avons aimé, ce qui a été pour nous une expérience agréable. Les enfants ne sont pas différents de nous; ils ont besoin d’éprouver du plaisir dans les expériences que leur propose l’école. Mais quelle place lui réserve-t-on réellement dans cet environnement scolaire où tout semble avoir été construit pour eux, mais aussi « sans eux »? Sans que les adultes qui ont créé ce contexte n’aient pris la peine de se rappeler ce qu’ils aimaient lorsqu’ils étaient eux-mêmes élèves?

Les enfants aiment agir, bouger, jouer, seuls ou avec d’autres. Ils aiment aussi apprendre et découvrir comme ils l’ont fait depuis leur naissance dans leurs familles, au fil de la vie quotidienne et au hasard des différentes expériences qui s’offraient à eux. Les adultes qui les entouraient ont répondu, ou tenté de répondre, à leurs innombrables questions. De ces réponses dont la pertinence et la richesse dépendaient du contexte particulier de chacun de leurs milieux. Ce qui explique le fait que les enfants, dès le préscolaire et la maternelle, sont porteurs d’expériences de vie aussi différentes que le sont leurs milieux familiaux. C’est ainsi que, comme l’écrivait George Orwell : « Tous les humains sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres… ». Toutefois, ce constat n’a rien de nouveau, car nous l’avons tous observé dans nos enfances respectives. Ce que nous pouvons toutefois affirmer, c’est que tous les enfants ont en commun le fait que leurs apprentissages sont le résultat d’expériences concrètes qu’ils ont vécues.

Nous expérimentons, depuis plus d’une quinzaine d’années, au « Réseau québécois des écoles entrepreneuriales et environnementales, RQÉEE, », dès la maternelle et l’école primaire, une stratégie éducative basée sur ce goût qu’ont les jeunes pour l’action et les expériences concrètes. Cette stratégie repose sur différents projets que les jeunes entreprennent eux-mêmes, afin de répondre concrètement à divers besoins de leur classe, de leur cycle, de leur école ou de leur communauté. Ces projets sont aussi diversifiés que le sont les besoins tels la production de cartes de souhaits à partir d’un papier artisanal qu’ils ont fabriqué, la préparation de la Fête de Noël de leur école, une plantation d’arbres dans une rue de leur quartier ou village, la fabrication de biscuits pour la collation au moment des récréations, etc.  Ils se rapprochent ainsi de la vie réelle, alors que leurs enseignants agissent comme guides, conseillers et accompagnateurs. Tous ces projets créent des contextes où l’école se rapproche de la vie et qui procurent beaucoup de fierté aux jeunes qui les réalisent. Des expériences dans lesquelles ils expérimentent le plaisir de la réussite tout en abordant concrètement les différentes disciplines scolaires dans des contextes où lire, écrire et calculer trouvent naturellement tout leur sens et leur importance. Les élèves développent dans ces divers projets la créativité, la confiance en soi, l’autonomie, l’esprit d’équipe, le sens des responsabilités, le leadership et la ténacité, des qualités qui les accompagneront toute leur vie durant. Les apprentissages ainsi réalisés se rapprochent de la vie : de leur vie actuelle et future. Progressivement, il devient tout naturel pour eux de réaliser qu’ils feront ainsi de nouveaux apprentissages et de nouvelles découvertes tout au long de leur vie personnelle, professionnelle et citoyenne.

Voilà une approche qui transforme l’école elle-même ainsi que ses stratégies éducatives, ses modes d’apprentissage ainsi que les rôles des membres de son équipe. C’est une approche qui ouvre aussi de nouvelles perspectives pour les parents face à une école moins formelle et plus près de la vie, là où ils sont eux-mêmes. Une école à laquelle ils peuvent apporter leur contribution culturelle ou professionnelle et qui favorise une continuité plus naturelle avec la famille qu’elle prolonge. Deux réalités qui, en se complétant, assureraient le meilleur pour les uns et les autres. Surtout pour les enfants qui en sont le centre.

Dans un tel environnement, ces derniers deviendraient sans doute plus réceptifs à l’idée d’apprendre tout au long de leur vie…

 

 

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Claude Ruel
Claude Ruel

Diplômé en Pédagogie (enseignement, administration scolaire) et en Lettres (géographie) de l’Université Laval, j’ai débuté ma carrière comme enseignant aux premier et deuxième cycles du secondaire. Pendant toute ma carrière, j’ai donné de nombreuses conférences au Québec et au Canada, écrit plusieurs articles sur l’éducation, en plus d’être associé à l’élaboration de politiques ministérielles et de participer à de nombreuses missions à l’étranger. J’ai enseigné à l’Université Laval, dans plusieurs cégeps et animé des sessions de formation dans de nombreuses entreprises sur le thème du rôle et de l’importance du personnel dans les organisations. J’ai collaboré à quelques reprises aux travaux de la Commission canadienne pour l’UNESCO, notamment, à la préparation de la Conférence de Tokyo sur l’éducation des adultes et à la diffusion, au Québec, du Rapport de la Commission internationale sur le développement de l’éducation, créée par l’UNESCO en 1972 : « Apprendre à être ».   En 1999, j’ai été le cofonfateur du Réseau québécois des écoles entrepreneuriales et environnementales (RQÉEE), en collaboration avec la Fédération des commissions scolaires du Québec, RECYC-QUEBEC et Alcan. J’en suis le directeur général. De 2002 à 2012, j’ai été membre du conseil d’administration de l’Institut de la Francophonie pour l’Entrepreneuriat (IFE), à l’Ile Maurice, ainsi que Professeur invité à cette même institution, une constituante de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF). Pendant toute cette période, j’ai présenté de nombreuses conférences sur l’éducation et le développement de la culture entrepreneuriale dans plusieurs pays d’Europe, d’Océan Indien et d’Afrique, notamment à la Chambre de commerce d’Antananarivo, à Madagascar, devant la communauté des affaires de l’Île Maurice, à Port-Louis, à la Mauritius University devant une cinquantaine de hauts-fonctionnaires du ministère de l’Éducation de Maurice, à l’Académie de Reims, au Château de Montmirail, en Champagne, à l’Institut Supérieur de Commerce de Paris, devant la communauté d’affaires de Lille et à l’Université d’Annaba, en Algérie. En 2015, j’ai été membre du « Jury international » créé par le Bureau du Premier ministre français, suite à un appel de projets pour le développement d’une culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat.