Notre province possède une riche culture patrimoniale à caractère religieux. Les communautés du Québec sont parsemées de clochers. Quand on dénombre tous les saints qui nomment nos villes et villages, on constate à quel point cela colore notre quotidien. Mais il faut admettre que, pour toute une génération, cela n’évoque rien d’autre qu’un patrimoine historique.

En effet, les fidèles se font moins nombreux dans nos églises. Malgré le fait que près de 80 % des Québécoises et Québécois disent croire en Dieu, à peine 11 % affirment assister à un service religieux par semaine (source : Les religions au Canada : bref portrait statistique, Centre d’études ethniques des universités montréalaises, décembre 2014).

Chantier sur l’avenir des églises

La Mauricie, tout comme plusieurs autres milieux, amorce un vaste chantier sur l’avenir des églises du point de vue du patrimoine à caractère religieux. On s’intéresse alors à la survie de ces lieux dans une optique de développement territorial. Comme les églises sont sous-utilisées par rapport aux coûts d’entretien, cela soulève une grande réflexion sur leur usage.

Symbole de notre histoire, icône culturelle de nos mœurs, l’église représente bien plus qu’un lieu de prière, et cela, que l’on soit pratiquant ou non. L’église est un espace communautaire, un lieu de rassemblement. Cette transformation culturelle qui s’opère me semble une belle occasion de redonner à nos communautés afin de réinventer le patrimoine.

Au cours des 9 dernières années, environ 40 églises ont été fermées chaque année faute d’argent ou de plan de reconversion. Il est évident que nous ne pourrons pas sauver toutes les églises. Mais, étant donné leur représentativité dans la culture québécoise, l’effort de réfléchir à des solutions innovantes afin d’en faire des projets collectifs me semble un merveilleux levier de vitalisation des communautés.

Nous savons que tout cela ne peut se faire sans heurts, car il existe une grande charge émotive lorsqu’on évoque la fermeture, la vente, la transformation ou la démolition d’une église. Nous savons également que personne ne veut se lancer dans un gouffre financier en maintenant à tout prix une église uniquement comme lieu de culte.

Des conditions à remplir

Où se trouve l’avenir des églises? Ma réflexion est encore récente, tout comme ma connaissance du sujet. Toutefois, mes récents échanges avec des porteurs de projet m’amènent à croire que si l’on remplit certaines conditions, il est possible de profiter de ce contexte pour créer des projets rassembleurs et innovants.

Ces conditions sont les suivantes :

  • Informer et sensibiliser la communauté face aux enjeux de survie de leur église.
  • Consulter et impliquer tous les acteurs de la communauté dans la recherche de solutions.
  • Documenter les besoins de la communauté afin d’explorer les arrimages possibles avec l’usage de l’église.
  • Miser sur une mixité des usages de l’église afin de conserver un espace pour la pratique du culte.
  • Trouver des solutions qui mettent en valeur le patrimoine à caractère religieux et qui permettent une transformation intégrée et respectueuse de notre histoire religieuse.
  • Ne pas bousculer la démarche et prévoir du temps pour informer, consulter, mobiliser et impliquer la communauté.
  • Ne pas aller de l’avant sans acceptabilité sociale d’un projet. Il est nécessaire d’avoir un appui fort de son milieu pour assurer la réalisation et la pérennité d’un projet.

Je constate également que les projets de reconversion ayant une portée collective ou communautaire amènent moins de désarroi chez les plus attachés à l’église et son patrimoine religieux. Il est plus réconfortant de savoir que notre église deviendra une salle communautaire, une bibliothèque, un CPE, une fromagerie ou une distillerie qu’un simple entrepôt pour des matériaux de construction. C’est donc avec un grand intérêt que je me joins à ce nouveau chantier, car je crois sincèrement à la dynamisation de nos communautés par le collectif.

Photo: Église Saint-François-Xavier de Batiscan
Crédit : Tourisme Mauricie

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Lynn O'Cain
Lynn O'Cain

Originaire de la Montérégie, je vis en Mauricie depuis maintenant 23 ans. J’y suis arrivée pour les études. J’y suis restée par amour. J’ai plongé dans l’économie sociale et le développement territorial par hasard. J’y suis restée par conviction. Je suis convaincue que le développement collectif est ce qu’il y a de mieux pour assurer l’avenir de nos communautés. Pour que chaque quartier, chaque municipalité, chaque collectivité puisse s’épanouir de façon durable, nous devons travailler ensemble. Je crois fondamentalement que nous avons mutuellement besoin les uns des autres. Aujourd’hui, plus que jamais, il est essentiel de poursuivre la collaboration entre les acteurs de la société civile et les élus pour construire l’avenir de nos régions.