Je pensais écrire sur la tarification sociale du transport et, finalement, j’opte pour un autre sujet, probablement inspiré par les élections qui arrivent et par ma nouvelle vie de citoyenne canadienne. Je suis fébrile, j’ai reçu ma carte d’électeur la semaine dernière. Voilà un an que je suis citoyenne canadienne, après 9 ans passé ici en tant que résidente temporaire puis permanente. Voter, c’est le seul droit que je n’avais pas jusqu’ici. En ce mois d’octobre, c’est comme si je deviens citoyenne canadienne « pour de vrai ».

Le Citoyen. Un concept qui remonte à l’Antiquité grecque comme on le sait tous. Petit bond dans le temps… Étymologiquement parlant, le mot citoyen vient du latin civis, qui signifie personne qui a le droit de cité. Cette notion est importante, car on peut habiter la cité sans avoir droit de cité c’est-à-dire pouvoir participer à la gestion de la cité, des affaires publiques. D’ailleurs le principe d’égalité est déjà bien présent à l’époque : tous les citoyens sont égaux devant la loi. Cependant, dans les faits, très peu d’habitants d’Athènes (10 %) étaient des citoyens. Les femmes, les esclaves et les  étrangers ne participent pas au dialogue politique et économique. La participation et le droit de parole sont donc liés au pouvoir et au privilège. Un privilège qui est donné uniquement à une minorité d’hommes libres qui peuvent discuter des choses de la cité : guerres, traités, économie, élections etc.

C’est avec la Révolution française que le lien entre citoyenneté et nationalité va être clairement établi. On passe ainsi du privilège au droit.  Toutefois, aujourd’hui encore, même si les étrangers disposent de tous les droits fondamentaux, le droit de vote, lui, n’appartient qu’aux citoyens.

Aujourd’hui qu’en est-il du droit de cité? Qui participe au débat, au dialogue démocratique? Quelles voix sont entendues?

Théoriquement (et après de nombreuses luttes), tous les individus sont égaux devant la loi. Nous pouvons donc tous librement et pleinement participer à la vie de notre cité, voter, partager nos préoccupations et exprimer nos attentes. Cela nous amène doucement à un autre concept : celui de la participation citoyenne. Selon l’Institut  du Nouveau Monde, la participation citoyenne est l’exercice et l’expression de la citoyenneté à travers la pratique de la participation publique (au travers d’institutions qui souhaitent atteindre un objectif précis), de la participation sociale et de la participation électorale.

Au quotidien nous exerçons donc tous notre droit de cité, dans une sphère ou une autre. Et alors même qu’à chaque élection, et ce, partout dans le monde, les médias nous parlent du désengagement électoral, de cette jeunesse qui ne s’implique pas, il n’en demeure pas moins que le taux de participation lors des élections de 2015 était supérieur à celui de 2011, pour toutes les catégories d’âges. Les gens ont un intérêt pour leur cité et quand on facilite la participation (vote anticipé, urnes au sein des universités, etc.) cela se ressent sur les résultats.

Toutefois il y a une nuance entre participer au débat politique et faire l’agenda politique. Qui sont ces voix qui influencent, que l’on entend plus que d’autres?  Les groupes de pression, les politiques, les entreprises, les médias, les leaders d’opinions, etc., autant d’acteurs organisés (financièrement, structurellement, stratégiquement) aux voix qui portent. Qui portent tellement que l’on pense souvent que nous, citoyens, ne faisons pas le poids.

Et pourtant, les événements des derniers jours nous ont rappelé que l’on peut orienter l’agenda politique. Qui aurait pu imaginer que près d’un demi-million de personnes marcheraient pour le climat au Québec? Qui aurait pu penser que cette marche retentirait dans tout le pays et que 140 manifestations se tiendraient le même jour? Que des personnes, des chefs d’entreprises, des artistes, bref qu’un mouvement tout horizon et tout âge confondu s’élèverait pour exiger des prises de position et des actions fermes, partout dans le monde?

Il y a une force dans la mobilisation citoyenne. Un pouvoir. Que restera-t-il de cela? Nul ne le sait. Mais il ne fait aucun doute pour moi que toute initiative qui permet la réappropriation du droit de cité est en soi une victoire et est porteuse d’espoir. Espoir pour un monde plus inclusif, plus égalitaire, plus durable.

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Maryline Nkoa
Maryline Nkoa