Le municipal et le social : une réciprocité à construire

Cet été, j’ai été embauchée pour faire différentes études de cas de territoires québécois afin de mieux comprendre la façon dont les dernières années se sont vécues (notamment avec les changements de structures, de programmes, etc.).

Un élément ressorti de cette étude (disponible ici : http://www.operationvss.ca/) est l’importance accordée dans ces projets de concertation territoriale aux élus et au monde municipal. On y parle beaucoup de leur rôle renouvelé, de leur importance dans le nouvel arrangement des pouvoirs, de leur hétérogénéité comme groupe d’acteurs et de l’importance de les impliquer.

Quand j’ai eu terminé l’étude, c’est surtout ce dernier point qui m’a habitée. On parle beaucoup entre nous, dans les dernières années, des trucs et des choses à faire pour impliquer les élus municipaux : garder les choses concrètes, axées sur des actions, parler des citoyens et citoyennes, être clairs sur nos attentes et sur leur participation. On se demande quel langage utiliser (« les élus aiment pas ça entendre parler de pelletage de nuage, là! » « le développement social, ça leur parle pas ») et comment les mobiliser dans nos projets.

En parallèle, on parle aussi beaucoup, entre nous, de la difficulté d’avoir voix dans les décisions municipales. L’administration de fonds comme les FARR et les FDT se fait entre élus et plusieurs instances régionales en développement social bataillent pour faire valoir leurs priorités quand vient le temps de décider où attribuer les fonds.

Ces deux considérations prises ensemble me font penser que, si on entre dans une ère de partenariats accrus entre monde municipal et développement social, la réciprocité est encore à construire. On veut les mobiliser, les embarquer, les convaincre de notre pertinence. En quelque sorte, nous, on sait que le monde municipal a besoin de ses acteurs sociaux, mais on assume que les élus, eux, ne le savent pas encore.

Ce manque de réciprocité est un peu insultant pour nous qui avons l’impression de devoir faire des pieds et des mains pour nous faire reconnaître. Mais il est aussi un peu insultant pour les élu-e-s, qui sont tous mis dans le même bloc monolithique qu’on considère comme un « autre » un peu étrange à nous.

Je me demande aussi souvent de quelle façon cette réciprocité encore à construire nous permet d’exercer nos rôles à la fois d’intervenants et d’acteurs, mais aussi de citoyens revendicateurs et militants. Les acteurs en développement social ont un rôle de soutien, de pourvoyeurs de services, d’accompagnement, d’aide et ou d’intervention. Pour accomplir ce rôle de façon structurante, nous nous regroupons, nous concertons et avons besoin d’argent. C’est pour répondre à ces besoins de partenariat et parfois de financement que nous approchons le monde municipal avec diplomatie, stratégie parfois, pour le mobiliser et le convaincre.

Toutefois, nous avons souvent également, sinon le rôle, du moins la volonté, de revendiquer, défendre, faire valoir, protester ou manifester pour faire avancer la situation sociale de nos territoires. De quelle façon ce rôle se joue-t-il, lorsque les décideurs politiques de nos municipalités sont aussi les partenaires que nous souhaitons mobiliser?

Je suis sûre que ceux d’entre vous qui ont plus d’expérience que moi ont probablement des réponses à ces questions et leurs propres expériences en la matière. Je sais également que nous n’avons pas tous le même confort à modifier notre discours ou nos demandes pour mobiliser des partenaires plus difficiles à rallier.

Je vous invite à partager vos points de vue dans les commentaires!

 

 

 

 

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1 Commentaires

  1. Bravo pour ce texte! Personnellement, je crois que nous sommes dans l’amorce d’un changement de paradigme entre certains acteurs, mais il faut y croire et le nourrir pour que les rapports de pouvoir s’aplanissent et que de nouvelles relations basées sur une reconnaissance mutuelle des expertises se fassent jour. Changeons nos modes de dialogue et faisons-nous confiance!

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Myriam Thériault
Myriam Thériault

Je m’appelle Myriam Thériault, et depuis que j’ai quitté ma Côte-Nord natale, mes études en développement social et développement territorial m’ont amenée à voir les quatre coins du Québec, notamment chez Communagir, à Montréal, pout aboutir comme travailleuse autonome à Québec. Dans les dernières années, je suis passionnée par l’idée de faire un pont entre les différents types de savoirs (d’expérience, pratiques, scientifiques) et contribuer bien modestement à l’avancement du développement collectif par l’ancrage concret de la recherche universitaire! Comme blogueuse, je souhaite vous partager mes lectures et mes trouvailles, avec toujours la même question derrière la tête : comment ça peut parler aux praticiens, aux citoyens, aux acteurs du développement collectif dans les changements qu’ils vivent actuellement?