Ce qui m’inspire – Marc L. Johnson

Ma mère qui lisait les Annales de Sainte-Anne, même si elle n’était pratiquement jamais allée à l’école.

Une grand-mère expropriée, bousculée par l’antiémeute, qui remonta à la barricade au Parc national Kouchibouguac.

La vieille serveuse noire qui, dans un petit greasy spoon de la Nouvelle-Orléans, m’interpela en français.

Un pêcheur professionnel madelinot qui opérait son ordinateur de bord, sans toutefois savoir lire ni écrire.

Un petit vendeur de chewing-gum de Niamey, qui connaissait le nom du ministre canadien des Affaires étrangères.

Le visage illuminé d’un Franco-Yukonnais qui me racontait la vitalité de sa communauté.

Un ancien combattant à la baie des Cochons, défendant la révolution cubaine tout en critiquant le sectarisme de Fidel Castro.

Les 460 habitants de Saint-Clément, dans le Bas-Saint-Laurent, qui ont plus d’aspirations et de détermination que les centaines de milliers agglomérés dans nos villes.

Un chef malécite qui me conseilla un jour de raconter une farce toutes les 10 minutes afin de ne pas me prendre pour un autre.

La résilience.

La justice sociale.

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Marc L. Johnson
Marc L. Johnson

Je me présente aujourd’hui volontiers comme sociologue-conseil, mais j’ai aussi porté – ou je porte encore à mes heures – la casquette de journaliste, d’agent de communication, d’éducation et de mobilisation, de prof, de coopérant-volontaire, de consultant, de chercheur et de courtier des connaissances. Je suis acadien. Mon premier boulot fut câlleux de bingo bilingue dans mon petit village de Saint-Ignace au Nouveau-Brunswick. Comme ces boules, je n’ai jamais cessé de tourner, puis de militer, d’apprendre et de me déplacer. J’ai fait de longs séjours en France, au Cameroun, au Togo, au Kosovo et au Guatemala, et de plus courts en bien d’autres endroits. Depuis une vingtaine d’années, mon port d’attache est Ottawa-Gatineau. Pour l’essentiel, je prête mes services aux associations, institutions et gouvernements qui veulent comprendre les besoins, décoder les aspirations, détordre les politiques, imaginer l’avenir, concocter des stratégies et évaluer leurs réalisations. Mes engagements bénévoles et professionnels s’imbriquent dans une diversité de chantiers : les politiques linguistiques, la culture, les médias, le développement économique, l’emploi, l’alphabétisation, l’éducation, la justice, les services gouvernementaux, l’immigration, la santé, la gouvernance communautaire… Je vois le développement collectif comme un grand jardin. Ses graines sont des besoins réels, ressentis et reconnus. Ses jardiniers sont une large gamme de citoyens engagés, solidaires et mobilisés. Ses fleurs sentent bon le progrès et ses fruits ont le goût de la justice sociale. Nous.blogue est pour moi une belle occasion de réfléchir tout haut, de tirer des leçons, de réagir, de lancer des hypothèses, de mettre en dialogue les expériences et les intuitions des unes et des autres. Malgré tout, je me garde de céder au verbiage, car mon jeune fils prend plaisir à me rappeler que, à Gatineau comme à bien d’autres endroits, intello, c’est nul, c’est poche.