education fev. 2017

Il était difficile cette semaine de ne pas avoir en tête cet acte insensé qu’a été l’attaque de la Mosquée de Québec. Le 29 janvier, les Québécois et les Québécoises constataient, parfois avec étonnement ou incrédulité, que l’actualité internationale les avait rattrapés…

Éducation : L’art de former et d’enrichir l’esprit d’une personne (spécialement un enfant ou un adolescent) en développant ses qualités physiques, intellectuelles et morales de façon à lui permettre d’affronter sa vie personnelle et sociale avec une personnalité suffisamment épanouie.

L’Éducation! En 2012, au terme d’une tournée de Solidarité rurale qui nous avait menés dans toutes les régions du Québec, cette préoccupation s’imposait d’emblée, parmi tous les enjeux qui pouvaient interpeller les citoyens ruraux. Mais encore, au terme d’un autre tournée plus récente, celle du Collectif Faut qu’on se parle (automne 2016), cette même préoccupation s’imprimait dans les esprits avec tout autant de force.

Ainsi, l’éducation sous toutes ses formes, nos apprentissages, nos valeurs collectives, notre identité culturelle, notre capacité d’accueil et nos façons de vivre-ensemble ont constitué un sujet au cœur des préoccupations, jour après soir, rencontre après rencontre, et ce avec près de cinq ans d’écart entre les deux tournées, et surtout après de nombreuses crises qui ont frappé tous les secteurs éducatifs québécois, des services de garde à l’enseignement universitaire, en passant par les écoles de villages, les polyvalentes et les Cégeps.

Ce qui inquiète toutes les personnes rencontrées se résume en un constat : l’éducation est de plus en plus perçue comme un bien de consommation qui a une seule utilité économique, celle de former la main d’œuvre requise. Elle isole les personnes dans des attitudes de performance, elle uniformise la pensée et limite l’ouverture d’esprit et la curiosité de l’autre, elle minimise la capacité de questionner ou de s’émerveiller sur ce qui nous entoure. Le constat est que la logique comptable compromet l’avenir même de la société en l’uniformisant et en minimisant les apprentissages. Mais la contrepartie à ce constat, c’est que cette logique est incompatible avec la souplesse qu’exige le monde d’aujourd’hui.

Et que proposent ces personnes rencontrées? Elles parlent d’ouvrir les esprits plus grands que les livres d’école, elles proposent d’allumer l’intelligence et la curiosité plutôt que les ordinateurs, elles imaginent la découverte de notre environnement naturel et des personnes qui s’y trouvent plutôt que de réduire l’apprentissage à quelques notions théoriques. On parle ici de l’acquisition de la connaissance de son milieu de vie à l’école, d’une réelle connaissance de notre histoire et des cultures qui l’ont façonnée, on souhaite des formations qui apprennent aux gens à assumer leur rôle de citoyens, on réclame la possibilité pour les universitaires de réaliser des recherches autrement que pour le compte des bailleurs de fonds qui en retireront le bénéfice ou qui tairont les résultats s’ils ne correspondent pas à leurs visées économiques.

Et au-delà des apprentissages, on souhaite d’abord et avant tout transmettre et partager des valeurs qui nous sont propres, qui nous rassemblent comme individus d’une même société, des valeurs dont la transmission s’est effritée, lentement mais sûrement, au fil des dernières décennies. Ces valeurs parlent de solidarité, de respect, de tolérance, de courage et d’affirmation aussi. Elles parlent de notre capacité de vivre ensemble et de composer avec les différences, de les accueillir et de les accepter, parce que ces différences nous enrichissent tous, de toutes les manières, alors que l’uniformité finit toujours par tous nous appauvrir.

Et cette éducation, mouture Humain 101, elle se déroule à l’école bien sûr mais aussi dans nos familles, nos loisirs sportifs et culturels, elle imprègne nos médias, elle prend racine dans nos villages, dans nos quartiers et elle s’installe durablement dans nos têtes, dans nos cœurs et dans nos gestes de tous les jours. Elle devient ce rempart contre l’intimidation, contre le rejet, contre la haine et le mépris, elle devient source d’inventivité et de bien-être.

Nous devons réfléchir sur ce que nous voulons transmettre aux générations qui viennent et sur notre contribution à cette société qui est la nôtre. Valoriser l’apport de l’éducation, de la culture et de nos valeurs est une garantie d’ancrage des citoyens dans leurs communautés et dans le vivre-ensemble. Et elle empêchera peut-être des gestes extrêmes….

Parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Par que guérir laisse souvent de profondes cicatrices.

On sait que la tâche est gigantesque. Alors commençons maintenant!

Commentaires partagés sur Facebook

commentaires

1 Commentaires

Commentaires si vous n'avez pas de compte Facebook

Votre commentaire Required fields are marked *

Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.