Force est de constater que 2017 fut une année phare pour la réflexion collective sur les usages temporaires dans les bâtiments vacants à Montréal et que 2018 pourrait bien être celle des actions posées.

L’idée de joindre un ou des individus porteurs de projet sans lieu physique avec des bâtiments inutilisés a de plus en plus la cote. Les communautés se voient attribué un bâtiment pour développer start-up, ateliers d’artistes et espaces communautaires. Et cette occupation temporaire des immeubles vacants – permet d’en assurer la meilleure protection et un meilleur entretien.

Dans la dernière année, Montréal semble avoir entendu cette logique, tout comme plusieurs grandes villes du monde d’ailleurs.  Voici donc un rappel du fil des événements :

 

Janvier 2017 : La tenue de Montréal Transitoire

La Ville de Montréal organisait une série de conférences locales et internationales sur les usages temporaires des bâtiments.

Né de la volonté de la Ville de Montréal d’entendre des représentants d’initiatives transitoires déjà aboutis ailleurs dans le monde,  No Longer Empty pour New York, Plateau Urbain pour Paris et la Société nationale des chemins de fer de France sont venus présentés leurs projets d’urbanisme temporaire.

 

Juillet 2017 : Publication d’un avis important sur l’utilisation des espaces vacants

Ce brassage d’idée fut suivi de la publication d’un imposant rapport sur la question des bâtiments abandonnés, préparé par l’organisme Entremise, pour le compte du Conseil jeunesse de la Ville de Montréal.

La plupart des recommandations proposées dans ce rapport ont été reprises dans la plate-forme politique de Projet Montréal. Parmi celles-ci, on retrouve la création d’une « division de l’occupation transitoire », qui serait chargée de travailler avec le secteur immobilier, dans le but de trouver de nouvelles vocations aux lieux vacants ou inoccupés (terrains et bâtiments).

 

Septembre 2017 : La Ville de Montréal adopte son Plan d’action en patrimoine

L’imposant document titré « S’ancrer dans l’identité urbaine montréalaise » (2017-2022) est aussi reconnu par la nouvelle administration Plante qui s’est engagée à y donner suite.

 

Décembre 2017 : Les investissements pour le projet Bâtiment 7 sont confirmés

Après une bataille de plus de 10 ans, des groupes populaires et communautaires du quartier Pointe-Saint-Charles ont pu obtenir l’accès permanent à un immense bâtiment vacant depuis belle lurette. Ce projet ambitieux et diversifié devrait être inauguré au printemps dans les anciens ateliers ferroviaires du Canadien National (CN).

Bâtiment 7 a reçu l’appui financier de la Ville, de l’arrondissement et de Québec pour développer une sorte de un centre multifonctionnel autogéré où l’on trouvera un pôle alimentaire, une garderie, une galerie d’art, une microbrasserie et j’en passe…

 

Décembre 2017 : Le premier pilote d’occupation temporaire de la mairesse Plante voit le jour

Un mois après son élection, la nouvelle équipe aux commandes de la Ville réaffirmait que le dossier qui nous occupe fait partie des priorités de l’administration. Ainsi, un premier projet pilote dans un édifice municipal vacant vient de voir le jour dans le quartier Griffintown.

Le bâtiment rue Young sera fort probablement converti en ateliers d’artistes et en locaux pour entreprises d’économie sociale. Cette occupation temporaire se terminera fin de 2019 à la suite de quoi, le bâtiment sera démoli pour faire place à un projet d’habitation sociale.

Selon les dires de Projet Montréal, cette première initiative, baptisée Laboratoire transitoire, permettra de paver la voie pour la poursuite de nouveaux projets du genre.

 

Transformer des initiatives temporaires en projets permanents

 Bien sûr, les expressions « temporaire » ou « transitoire » accolées à l’occupation de ces bâtiments vacants peuvent sonner faux à certaines oreilles. Qu’adviendra-t-il des locataires « temporaires » au bout d’un certain temps? Pouvons-nous imaginer que la ville aura les fonds nécessaires pour acquérir les bâtiments vacants appartenant à des promoteurs privés ? Pourquoi ne pas pérenniser dès le départ?

Lorsque l’on discute de tout ça avec Jonathan Lapalme co-fondateur d’Entremise et devenu un acteur incontournable dans le dossier, on se heurte à un optimisme contagieux.

« Un projet peut débuter d’une manière expérimentale, et être formalisé, car il est porteur pour la collectivité et réussi à obtenir le support nécessaire à une pérennisation explique-t-il. Mais au moins, on n’attend pas le projet parfait, qui ne vient souvent jamais, en laissant les espaces vides entre-temps. Surtout dans le cas d’un bâtiment public, entretenu avec de l’argent public, pendant qu’il ne sert pas à ce public. »

Pertinents et nécessaires donc ces usages momentanés. Et souhaitons pour 2018 – que la Ville de Montréal, de concert avec les autres paliers de gouvernements, mette en place les outils pour que ces scénarios d’occupations passagers deviennent rapidement définitifs.

 

 

Pour en savoir plus :

Le condensé de l’évènement Montréal Transitoire : http://www.entremise.ca/blog/2017/11/11/lurbanisme-transitoire-desormais-une-priorite-pour-montreal

L’Avis sur l’utilisation des espaces vacants: une perspective jeunesse: https://issuu.com/entremise/docs/26_07_17_entremise_espaces_vacants_

Le Plan d’action en patrimoine 2017-2022 peut être consulté ou téléchargé sur le site de la Ville en cliquant: http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/PROJ_URBAINS_FR/MEDIA/DOCUMENTS/PLAN_ACTION_PATRIMOINE_2017_2022.PDF

Paru aux éditions écosociété, le livre Bâtiment 7 raconte de la genèse de cette lutte citoyenne: http://ecosociete.org/livres/batiment-7

 

 

 

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Mathilde Forest Rivière
Mathilde Forest Rivière

Détentrice d’une maîtrise en science politique de l’Université Laval, je travaille depuis plusieurs années en recherche sociale. J’ai notamment co-fondé la firme Bem & co.– qui se spécialise en évaluation et en recherche en tentant de tirer profit des savoirs universitaires tout comme des précieuses expériences de terrain. Parallèlement, j’ai aussi développé une pratique artistique, particulièrement à partir de la photographie et des arts imprimés. Mes plus récents projets mettent en scène différentes déclinaisons de l’architecture et du patrimoine. Mes travaux de recherche et ma pratique artistique ont en commun de privilégier une approche collaborative permettant d’amasser témoignages et fragments de vie, bien souvent par le biais de recherches d’archives, d’entrevues et les groupes de discussions.