Le développement des collectivités est mis à mal par les politiques gouvernementales inspirées d’une vision qui restreint le rôle de l’État et les services publics et qui préfère s’en remettre au marché plutôt qu’à l’action collective pour assurer notre développement. L’exploitation minière tout près ou au cœur des villes comme à Malartic ou à Sept-Iles, l’achat de terres agricoles par de grandes corporations, le Plan Nord où l’État ouvre littéralement la voie aux compagnies minières en même temps qu’il s’abstient d’accroître les redevances sur les richesses extraites de notre sous sol sont quelques exemples de ce type de développement. Si le capitalisme crée des inégalités au plan social, exerce une influence dominante sur le pouvoir politique et épuise la nature, peut-on amplifier la critique des effets de ce type de développement?

Les conséquences des choix gouvernementaux se feront sentir pendant des années car des réseaux de concertation disparaissent et des compétences vont se disperser.[1] Malgré ce frein brutal imposé à un modèle de développement qui mise sur la coopération de plusieurs acteurs, des mouvements citoyens issus de la base résistent à l’appropriation de nos ressources par des grandes corporations privées. L’opposition à l’exploitation des hydrocarbures (pétrole, gaz de schiste) dans la vallée du Saint-Laurent, en Gaspésie et ailleurs, le mouvement Coule pas chez nous et d’autres, témoignent d’une préoccupation environnementale et de la volonté de plusieurs citoyens et citoyennes d’avoir leur mot à dire sur le développement de leurs milieux de vie et la protection de leur environnement.

Relier ces préoccupations environnementales aux enjeux d’équité sociale devient de plus en plus important. D’autres expériences de proximité comme les logements coopératifs, les jardins collectifs, les projets d’échange de services basés sur le troc ou l’échange d’heures sans échange monétaire (Accorderie, S.E.L.), sans parler de tous les projets d’économie solidaire, partagent ces préoccupations. Ces projets petits et plus grands sont basés sur la coopération et ils permettent aussi de contrer l’exclusion. Mais le gouvernement libéral ne semble pas de cet avis puisqu’il veut imposer aux groupes communautaires, qui travaillent au bien commun, de s’enregistrer comme lobbyistes au même titre que ceux qui font la promotion d’intérêts privés.

Certains diront peut-être que lier le mouvement écologique à ces projets locaux est réducteur compte tenu de l’urgence environnementale. Mais le fait d’y associer des valeurs sociales comme l’entraide et la solidarité permet d’ancrer les préoccupations environnementales dans la vie quotidienne de tous et chacun y compris des gens plus démunis. Comment expliquer simplement et mettre en action le lien entre nos luttes contre les mesures d’austérité et le démantèlement de nos lieux de concertation et d’entraide, à l’urgence de préserver le futur de la planète? Quel est notre but en matière de développement collectif global équitable, inclusif et soutenable?

Jusqu’où peut-on développer un mouvement qui sort la satisfaction de nos besoins essentiels (se nourrir, se loger, créer, s’entraider, etc.) de la logique du marché? Même le projet de bourse du carbone entre le Québec, la Colombie Britannique et la Californie pose question. Certains diront : c’est mieux que rien et c’est vrai. Pourtant l’expérience européenne montre que cette approche sert surtout à échanger des droits de polluer. Où nous mènera cette idée de donner une valeur marchande aux services que nous rend la nature que ce soient les forêts, qui absorbent le carbone, la terre qui nous nourrit ou les abeilles qui assurent la pollinisation des plantes? Comment arrimer développement collectif local et résistance à la marchandisation de la nature  et à l’épuisement de nos écosystèmes[2]? Cette perspective permet d’apporter un éclairage complémentaire à plusieurs enjeux de développement dans nos régions où l’action locale rejoint des défis globaux. Il serait stimulant, me semble-t-il, de partager des exemples d’actions locales et régionales pour illustrer simplement ces défis.

[1] Voir la revue Kaléidoscope hiver 2015

[2] Voir le texte d’introduction du dossier de la revue Relations (avril 2015) Halte au capitalisme vert

 

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Jocelyne Bernier
Jocelyne Bernier

Pourquoi participer à ce blogue ? Pour partager mon expérience et mes réflexions sur les défis du développement collectif et pour continuer de progresser ensemble malgré des vents contraires. Je vous laisse avec ce mot de l’humoriste Francis Blanche : «Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement !»