Marche un pays qui ne marche pas,

Tiens-toi debout et fais un pas…


J’ai décidé de continuer sur le thème du dialogue, sans en parler à personne

Encore eut-il fallu que je consultationne!

C’est que ça pourrait déranger

Qu’on dialogue sans le demander

Ça s’est déjà vu

Plus souvent qu’il n’est su

Je vais donc vous raconter une histoire

Tramée entre les lignes d’une navette d’espoir

Vous serez accusés de réception

Peut-être même complices de compréhension

À condition d’avoir tout lu

Ici s’arrêteront les obtus

****

C’est arrivé récemment par ici

Un peu partout, tout le tour de la Gaspésie

Ils sont nombreux, ils sont légion

Qui font le tour de ma région

Pour voir, vivre et nommer

Pour habiter et se laisser habiter

Par le territoire

Et bien dormir le soir

La marche des peuples pour la Terre Mère

Faut le voir pour y croire

Huit cents kilomètres à pied

De Amqui à Rimouski, en passant par Gaspé et ses puits coulants

Ça use les souliers qui ont beaucoup voyagé, la jambe de bois, le pied mariton et la dent de ciment…

On y arrive, justement, on y revient tout le temps

Mais c’est qu’on n’en parle pas autrement

C’est gros, gras et grand,

Blanc comme un éléphant

Mais ça ne se voit pas du boulevard St-Laurent

Je vous invite au campement

De ces beaux et braves gens

Ils ne sont pas tous perdus, les errants

Avec leurs airs de gitans

Dans l’Anse Mc Innis, qui abrite une compagnie du même nom

Ce soir ils ont fait pousser leur village de toile, de chaleur et de carton

Entre les travailleurs en boîtes qui dorment, et à l’horizon

L’ombre de la cheminée qu’ils sont en train de construire

On dirait le Mordor, mais en pire

À la fine pointe de la pétrocratie

L’incinérateur de la cimenterie

Comme un majeur dressé sur le paysage

Un piège à patte au fond d’une cage

Tell me my friend : Qui est le chef ici?

La Gaspésie, c’est la région-ressource de qui?

Sinon, autour de nous, ça gazouille

Le soleil se couche et on entend les grenouilles

Cette baie est une des plus belles de la terre

Entre nous et la bête, une lisière

Nuit d’insomnie

Au matin, Morphée portant conseil

Fut proposée au cercle des oreilles une idée sans pareille

On ne fait que passer, sans en faire une épreuve

Entre les sales tentacules de la pieuvre

La chose fut faite

De façon propre et complète

Grace à des gens surprenants et conscients

Qui prennent le temps de s’écouter en se levant

Et qui, un coup décidés

Avancent le poing levé sans jamais s’arrêter

Sous le nez et le désarroi

Des goons en orange et des forces de la loi

Un pas à la fois

Et toujours tout droit

Pourquoi c’était si dérangeant

Qu’on visite le tout nouveau tout beau, pas encore trop sale

Géant de ciment flambant

Comme une tache sur une pancarte électorale

C’est que de dialogue, il n’y en a pas eu quand c’était le temps

Trop de politique et d’argent

De beau linge à garder propre

Et un shylock qui veut sa cut

L’unanimité est toujours suspecte

Dans toute communauté qui se respecte

Nier les doutes ne les empêche pas d’exister

Non plus que les offres pour se laisser acheter

Une région, un mode de vie, une façon de penser

Ça ne peut pas se remplacer par un pick-up de l’année, même chromé

Ils sont nombreux ceux qui ont parlé

Et des lézardes apparaissent sur le vernis

Les choses ne sont pas telles que Diane le dit à la TV

Par le dialogue, on reconnaît nos alliés et nos amis

La marche continue

Fixée vers son but

Et dans chaque village tissera un lien

Par la parole avec les voisins

Incarnant par là un peu du changement

Que l’on souhaite voir survenir

Face aux pétroleux de ce temps

Et à leurs sbires

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Bilbo Cyr
Bilbo Cyr

Je suis un iconoclaste incisif et subversif, porté à dire l’indicible pour qu’il cesse de l’être. Je suis un adepte du crayon pointu qui crève les yeux entre les lignes et un gymnaste du sous-entendu. Pas que je sois peureux, mais je crois qu’il est souvent dangereux d’être trop clair. Ça agite les esprits obtus et leur suggère de douteuses initiatives. Alors je métaphore à outrance. La créativité qui se manifeste à travers le chaos, c’est toujours ça de gagné. Puis, ça permet de n’être compris que par des gens intelligents… J’habite et suis habité par une péninsule que les sans-visions, du haut de leur siphon, appellent « région-ressource ». Pour la plupart des Québécois, c’est une presqu’île au bout du monde, dont on fait le tour en trois-quatre jours, pendant les vacances de la construction, quand le gaz n’est pas trop cher. Pour ceux qui y vivent, c’est un terroir d’espoir et de grogne. Son potentiel est spataragonflant, mais son développement se fait souvent par des borgnes avaricieux et vicieux, en mitaines pas de pouce, qui rêvent de fortune facile avant la fin du mandat. C’est qu’on ne nous demande plus jamais notre avis sur ce qui doit advenir de nous. J’ai pris l’habitude de le donner quand même. Ça m’a fait une collection d’inimitiés hautes placées. C’est un loisir comme un autre. L’alternative serait de me taire et je ne sais pas comment faire. Je suis venu à l’action collective par nécessité : changer le monde tout seul, c’est compliqué et pas très efficace. C’est par la bouche et par l’oreille que germe lentement le changement. J’ai choisi les mots comme arme et comme soupape. Je vous en livrerai ici quelques échantillons à l’occasion. La posologie est à votre discrétion.