De nos jours, les Québécois de plus en plus nombreux  font le constat d’une  nécessaire transition et de refaire “le pays” par la  renaissance d’un modèle au soutien d’une culture québécoise, c’est à dire un ensemble de structures sociales qui définit un groupe, ou une société par rapport aux autres. Un coup d’oeil sur l’histoire indique qu’il s’agirait d’une troisième transition.  La première fut celle de 1763 – au moment de la conquête. En ces temps-là, la victoire des armés du Roi d’Angleterre mettent fin à une colonie française. Le Roi anglais souhaitait le retour en France des immigrants français, mais ceux-ci souhaitaient le contraire et plutôt faire un plan de transition qui résulterait en une vers une nouvelle France en Amérique. Ils en font la demande. Les Anglais ne représentant que 2% de la population, le Roi d’Angleterre, craint la guerre civile. Il concède alors aux français la pratique de leur religion, le droit à leur langue et cède aux conquis la propriété de lots de terre et de forêts afin  qu’ils puissent  survivre individuellement. Le Roi d’Angleterre, pour sa part,  se réserve les affaires économiques et financières.

Alors que les Anglais sont les propriétaires des commerces et des industries, les canadiens-français progressent lentement. On les identifie le Québec comme étant une collectivité catholique, française et agricole.  À la fin du premier siècle (1763 – 1860) des canadiens-français créent des petites entreprises ou des mutuelles d’assurance ou des coopératives d’épargne et de crédit. Le rythme s’accélère au cours du deuxième siècle (1860-1960.) Un siècle, aussi, qui se distingue par les révolutions populaires ou des guerres mondiales. La crise de 1914-1918 – le krach boursier de 1929 et une deuxième guerre mondiale (1939-1945) auquel les canadiens participent, y compris les canadiens-français. À la fin de cette guerre est créée l’Organisation des Nations-Unies et est adopté à l’unanimité des membres La Déclaration Universelle des droits de l’Homme. Les États-Unis accepte de faire en sorte d’assurer la stabilité monétaire. Aux Etats-Unis on choisit le modèle de la sociale-démocratie. La période de 1945-1975 est reconnue par les économistes comme étant trente années glorieuses. Quant au Québec, dès 1960, il accepte un deuxième pacte – celui que lui propose le premier ministre libéral Jean Lesage – c’est-à-dire celui de la Révolution tranquille, un modèle québécoise de sociale-démocratie.

Or, depuis les années 1980, sous le grand souffle de la globalisation économique, on assiste à ce que de grands observateurs de l’évolution des sociétés ont qualifié de basculement du monde ou encore de bifurcation du monde. Un monde nouveau qui, par ses nouvelles pratiques, institutionnalise le déchirement des tissus sociaux. Le “un pour tous, tous pour un” cède le pas au “chacun pour soi.” Et comme l’écrit Hervé Kempf, journaliste au journal Le Monde, “l’argent est devenu roi, empereur, divinité.” Le flux exceptionnel des liquidités financières, résultant de l’exacerbation de la spéculation et de l’endettement des ménages, la création de la richesse désormais est pour une bonne part déconnectée de l’économie réelle: pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il s’échange par la spéculation des montants trente fois supérieurs à ceux échangés dans l’économie réelle et le taux d’épargne a chuté de plus de 12% à pratiquement zéro au Québec ! En conséquence, les instincts primaires des populations sont fortement sollicités.

Les liens sociaux sont dilués et même brisés. La liberté, l’égalité, la fraternité promises dans les Déclarations des droits de l’Homme sont bafouées. Le profit sans limite et les écarts entre les patrons et leurs employés, ces formes autorisées de l’exploitation de l’homme par l’homme, devient l’apanage de l’habileté de gestion. L’individualisme devient le paradigme dominant.  Il est si présent qu’il libère de l’emprise des liens sociaux antérieurs.

Au point qu’aujourd’hui, selon Pierre Bouvier, “être Homme, c’est être seul. Le “je” remplace le “nous”, ce “nous”pourtant vecteur de liens collectifs.

Oui, vivement, un autre PACTE DE TRANSITION !

 

 

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Claude Béland
Claude Béland

Je suis un avocat devenu président du Mouvement Desjardins. Une carrière d’une cinquantaine d’années au service du coopératisme. Une première étape en cabinet privé, ensuite à la Fédération des caisses d’économie et ensuite dans le réseau des caisses populaires. Retraité, je demeure actif comme consultant auprès des entreprises de l’économie sociale. Professeur associé à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal, j’ai présidé les États généraux sur la réforme des institutions démocratiques. Je suis président du conseil d’administration de la Fondation Lionel Groulx et du Conseil d’éthique de l’industrie des boissons alcooliques. Conférencier et auteur de plusieurs livres, je participe à de nombreux débats sur les défis contemporains.