Les migrations : un indice de nos valeurs

Certains enjeux se sont imposés dans l’interminable campagne électorale fédérale malgré les programmes de nos politiciens. Un exemple est celui de l’accueil des immigrants qui n’était pas prévu comme un thème de la campagne. Il a fallu la photo d’un bambin mort noyé sur une plage pour nous émouvoir et révéler le drame de ces milliers de personnes qui fuient leur pays en guerre ou qui cherchent un moyen de survivre dans un monde où les inégalités économiques croissantes et les dérèglements climatiques menacent des populations entières de famine. Plusieurs d’entre nous ont souhaité une plus grande ouverture du Canada tandis que d’autres invoquent la protection de nos valeurs et de notre sécurité pour refuser d’accueillir davantage de réfugiés. Mais quelles sont ces valeurs ? Que voulons-nous protéger ?

Les causes des migrations à l’échelle mondiale, comme à l’échelle locale, ne sont pas complètement étrangères les unes des autres. Le phénomène des déplacements forcés se manifeste également chez nous, dans nos villes où la spéculation foncière et l’embourgeoisement des quartiers centraux poussent des familles à quitter leur milieu de vie parce qu’elles n’ont plus les moyens de payer le loyer. Il y a aussi des « migrations forcées » dans nos régions qui connaissent un vieillissement accéléré parce que les plus jeunes quittent à la recherche d’un emploi. Sans oublier les populations autochtones qui nous ont accueillis et qui sont pratiquement dépossédées de leurs territoires et contraintes de vivre dans des réserves mal équipées.

Des solutions existent, par exemple un financement public accru du logement social ou le soutien aux initiatives de développement régional impliquant des partenaires locaux et les populations qui occupent le territoire. L’ouverture aux personnes immigrantes doit aussi se traduire par des efforts significatifs pour favoriser l’accès à un emploi correspondant à leurs compétences, l’apprentissage du français et leur participation au développement collectif. Mais l’application de telles mesures est freinée par l’obsession du déficit et les coupures dans les programmes sociaux.

La visite de l’exposition annuelle du « World Press Photo », cet été, n’a fait qu’accroître mon sentiment d’urgence. C’est une occasion de jeter un regard choc sur notre monde. Ne dit-on pas qu’une image vaut 1000 mots? On y voit des photos de gens dévastés par les catastrophes naturelles, la guerre ou l’exclusion. La section présentée par OXFAM m’a bouleversée encore davantage. On y retrouve un énoncé brutal des inégalités dans le monde : « Depuis la crise financière, le nombre de milliardaires a plus que doublé et, dans la même période, un million de mères sont mortes en couche faute d’accès à des soins de santé de base ».  S’agit-il d’un processus irréversible ? La réponse est NON car on y affiche aussi : « En 2014, l’évasion fiscale des riches élites a coûté à la planète pas moins de 158 milliards d’euros, somme suffisante pour mettre fin à la pauvreté extrême deux fois ». Troublant!

Ce sentiment d’urgence entre la colère et la conscience d’une menace pour notre avenir commun renforce l’importance de travailler pour un développement collectif et solidaire qui ne laisse personne de côté. L’esprit d’indifférence et d’exclusion n’est pas une valeur.

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Jocelyne Bernier
Jocelyne Bernier

Pourquoi participer à ce blogue ? Pour partager mon expérience et mes réflexions sur les défis du développement collectif et pour continuer de progresser ensemble malgré des vents contraires. Je vous laisse avec ce mot de l’humoriste Francis Blanche : «Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement !»