J’ai participé récemment au Forum mondial en économie sociale GSEF 2016 au Palais des congrès à Montréal. De belles surprises, mais également tout plein de questionnements sur cette économie de la mobilisation. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. L’économie sociale et solidaire, comme on le mentionnait, touche les activités économiques qui ne sont ni gouvernementales ni privées. Le but de cette économie n’est pas la maximisation des profits, mais plutôt l’amélioration de la qualité de vie et du bien-être des membres ou de la collectivité.

Il s’agit d’activités dont la finalité est sociale et qui s’exercent dans un cadre d’entreprise. Divers principes guident cette forme d’économie :

  • La réponse à un besoin;
  • Une gouvernance démocratique de ses membres;
  • Une viabilité économique;
  • Un ancrage dans le milieu;
  • Etc.

Plusieurs initiatives et modèles de partout dans le monde ont été présentés. Une multitude de besoins différents auxquels on répond par tout autant de pratiques et façons de faire aussi inspirantes les unes que les autres. Le point commun de toutes ces réussites : la mobilisation des personnes. De là mon intérêt pour cette économie.

Le travail collectif, c’est le fer de lance de tous ces projets. N’est-il pas étonnant de réaliser qu’au Québec, l’économie sociale, c’est environ 7000 entreprises et plus de 150 000 emplois, ce qui représente près de 4% de l’emploi total au Québec? Il y avait 1500 personnes présentes au Forum GSEF 2016 à Montréal, provenant de 330 villes de 62 pays. Moi qui avais l’impression, à force de me le faire répéter sans cesse, qu’il y avait un essoufflement…

J’ai toutefois eu quelques moments d’incertitude quand une dame du Brésil est venue demander l’appui des partenaires de l’économie sociale et solidaire suite au « coup d’État » parlementaire et médiatique qui a destitué la présidente élue Dilma Rousseff. Sans faire de politique, je me suis demandée si le travail collectif était une affaire « protégée ». En réalité, rien ne « garantit » la pérennité des projets construits en collaboration avec les élus et l’État lorsque ceux-ci changent.

Je dois avouer que cette intervention du Brésil m’a bouleversée plus que je ne l’aurais pensé. On prône depuis des années l’importance du travail collectif et collaboratif. Ici, s’impliquer c’est un droit acquis et même une nécessité. Plus encore, c’est dans la nature humaine d’être en relations les uns avec les autres et de collaborer ensemble pour le bien des autres. Mais la question que je me pose, est-ce que ces relations que l’on entretient et qui mènent au développement collectif sont volontaires ou si elles sont une réaction à un besoin? Est-ce que de travailler ensemble et collaborer est une valeur ou une nécessité ? Je crois que c’est un peu des deux.

Dans le milieu rural d’où je viens, l’économie sociale et solidaire devient la réponse à plusieurs services de proximité : dépanneur, salle de spectacle, coop santé, etc. Où l’entreprise privée n’y voit pas de rentabilité, les citoyens y voient une opportunité de travailler ensemble pour se donner des services. Je crois que c’est souvent par nécessité et qu’à travers cette « obligation », les gens redécouvrent le goût de travailler ensemble et d’en faire une valeur véritable.

Bien sûr, il ne faut pas confondre l’entrepreneuriat collectif tel qu’on le vit au sein des entreprises d’économie sociale et solidaire avec le travail coopératif et bénévole qui n’a pas les mêmes contraintes de rentabilité financière, de gestion de personnel, d’efficience et de marché. L’un nécessite une certaine rentabilité pour survivre alors que l’autre peut être de nature plus épicurienne. Cependant, dans les deux cas, la mobilisation est au centre du processus.

Mais mon questionnement reste entier. Bien qu’il semble parfaitement naturel de s’impliquer, de travailler en collégialité, d’être partie prenante d’une mobilisation ou d’un mouvement coopératif, par valeur ou nécessité, je me demande si l’individualisme ne fera pas pencher le balancier. Difficile d’imaginer que ça puisse arriver, mais le doute a tout de même cheminé dans ma tête. Je pense sincèrement que le goût du travail collectif ne doit pas uniquement être une question de nécessité. Bien qu’il y ait encore de l’engagement par plaisir, il faut continuer d’enseigner aux générations à venir le devoir de le faire dans une optique de vivre ensemble.

Bien que je n’aie pas de réponse aux questions que je me pose, la réflexion que ce sujet suscite en moi me permet d’apprécier encore plus la liberté dont nous disposons ici pour nous impliquer et la force de l’entrepreneuriat collectif au Québec.

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Nadia Bellehumeur
Nadia Bellehumeur

Je me présente, Nadia Bellehumeur, née en 1978 à Saint-Eugène-de-Guigues au Témiscamingue, un magnifique territoire rural où le mot collectif signifie que tout le monde se connait, avec les avantages et les conséquences que ça impose. J’ai quitté le Témiscamingue pour faire un baccalauréat en récréologie, à l’Université du Québec à Trois-Rivières, pour rapidement revenir dans mon milieu après mes études. Je travaille depuis plus de 10 ans en développement des collectivités à la Société de développement du Témiscamingue. Depuis 2014, je me suis lancée dans l’écriture et j’ai publié mon premier roman. Entre le travail, la famille (parce que je suis maman de trois enfants) et l’écriture, je réalise que le développement collectif, ça se passe à plusieurs niveaux. Du noyau familial, à la vie de communauté, à la région, à la nation et à la terre. Je souhaite participer à ce blogue pour partager mon expérience, ma vision, mais également pour, espérons, interagir, converser, inspirer et contaminer plusieurs personnes sur la nécessité du développement collectif, quel qu’il soit. L’avenir du développement collectif passe, pour moi, par l’engagement et l’acceptation de la différence.