Le tirage au sort comme outil démocratique?

Parfois la vie, faite de hasards qui ne sont pas des hasards, nous conduit vers des réflexions non prévues. Une conférence du toujours intéressant Alain Deneault et la lecture d’un petit essai de Hugo Bonin[i] sur le tirage au sort comme outil de démocratie, et la matière est là pour réfléchir cette idée qui peut paraître farfelue mais qui est loin de l’être.

Situons le contexte en premier lieu. Nous avons l’impression que le vote universel, tel que nous le connaissons, est là depuis très longtemps et est, en quelque sorte, ce que l’on peut faire de mieux comme pratique démocratique lorsque vient le temps de choisir nos représentants et nos représentantes pour gouverner. Pourtant, il s’agit d’un système qui a à peine un peu plus de 200 ans d’existence.  De plus, nous sommes à même de voir les limites de ce système lors de chaque scrutin. Doit-on rappeler qu’aux dernières élections municipales en novembre 2017, seulement 50% de la population a utilisé son droit de vote?

D’un autre côté, l’idée du tirage au sort ne vient pas de sortir d’un chapeau. Le tirage au sort était largement utilisé dans la démocratie Athénienne de l’an 508 av. J.-C. à l’an 338 av. J.-C.  Par la suite, lors de l’Empire romain, plusieurs postes importants étaient comblés ainsi. Dans notre période contemporaine, nous retrouvons également des traces de cette pratique démocratique. Pensons lorsqu’un jury est formé lors d’un procès. Pensons à l’Islande qui, pour réformer sa constitution, a utilisé une assemblée constituante formée grâce à un tirage au sort.

Mais est-ce que tous et toutes ont la compétence voulue pour gouverner? Qu’est-ce que gouverner, sinon faire ce qui semble les meilleurs choix pour le bien commun, pour l’ensemble de la collectivité? La dimension technique et professionnelle des différentes décisions est préparée par des spécialistes, par des professionnels. Que ce soit aux paliers municipal, scolaire, provincial ou fédéral, des fonctionnaires compétents sont en place pour faire les analyses techniques et professionnelles et faire ressortir les avantages et inconvénients des différentes options. Mais il faut, par la suite, décider l’orientation à prendre, les choix à faire et cela, ce n’est pas une question d’experts, mais bien une question de préoccupation du bien commun. N’est-il pas possible à tous les citoyens et citoyennes de réfléchir et de décider ce qui est le mieux pour une société donnée? Pouvons-nous prétendre que notre système actuel donne un bien meilleur résultat que si l’on choisissait des personnes tirées au sort qui, appuyées par des professionnels, prendraient les meilleurs décisions possibles pour la durée d’un mandat déterminé?

N’est-ce pas si différent que lorsqu’au hasard des citoyens et des citoyennes sont appelés pour être jurés et doivent décider si une personne sera emprisonnée à vie ou non?

Sachant que l’on peut tous être appelés à gouverner pour un mandat, cela ne ferait-il pas de nous des citoyens et des citoyennes qui s’intéressent davantage à la vie politique?

Ne serait-ce pas une bonne manière de diminuer les phénomènes de corruption dont nous avons eu connaissance de la part d’une partie de la classe politique?

S’agit-il d’un remède miracle pour notre démocratie? Sûrement pas et cela ne peut prétendre être la seule solution pour améliorer notre vie démocratique. Mais à l’inverse, ne peut-on pas penser que cela fait partie des solutions? Du moins, peut-on commencer dans des endroits où il est simple de mettre en pratique cette idée? Pourquoi ne pas par exemple, penser un système de tirage au sort pour la nomination de citoyens et de citoyennes au sein de comités de travail au municipal? Dans des comités consultatifs en lien avec différents domaines? L’idée étant d’avoir un point de vue citoyen pour prendre les décisions, a-t-on besoin que ce soit tous des professionnels, ou encore pire, des ami-e-s des gens au pouvoir?

Plusieurs petites municipalités de moins de 1000 personnes ne réussissent pas ou réussissent difficilement à combler les postes d’élus municipaux. Ne pourrait-on pas penser y instaurer un système de tirage au sort? Du moins, de vivre l’expérience et d’en tirer les leçons.

Tout cela mérite réflexion. Il faut réfléchir « la manière », les balises à mettre en place pour que cela fonctionne. Il faut aussi situer cela comme un morceau dans un ensemble de nouvelles pratiques à mettre en place pour redynamiser nos démocraties. Alors, à go on y réfléchit et on en discute?

 

 

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[i] Bonin, Hugo. La démocratie hasardeuse, essai sur le tirage au sort en politique. Les éditions XYZ, 2017, 158 p.

 

 

 

 

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1 Commentaires

  1. J’ai eu vent de cette idée en apparence farfelue il y a quelques temps déjà et elle m’avait beaucoup intriguée… Bref, oui, discutons-en plus abondamment!

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Jean-François Aubin
Jean-François Aubin

Passionné du développement des communautés, je suis également conseiller municipal à la Ville de Trois-Rivières depuis novembre 2013. Cela me permet de regarder avec un œil différent le développement de nos milieux. J’ai été auparavant au Réseau québécois de revitalisation intégrée et j’ai aussi coordonné un magnifique projet, soit la Démarche de revitalisation des premiers quartiers de Trois-Rivières. Ajoutez à cela mon implication dans le secteur de l’économie sociale et vous commencez à avoir un bon aperçu de mon parcours. J’ai aussi la chance d’enseigner en Techniques de travail social ce qui me permet de me questionner sur comment nous transmettons à des plus jeunes le goût du développement collectif.