Au lendemain d’une élection fédérale dont les nombreux rebondissements n’auront cessé de nous surprendre, il était tentant de succomber à l’envie de présenter au nouveau gouvernement quelques conditions de saine gouvernance. Je m’y suis laissé aller….

Cher Premier Ministre, Monsieur Trudeau,

Vous félicitant pour votre élection décisive, la militante que je suis ne peut résister au besoin de partager avec vous quelques considérations sur la démocratie afin de vous permettre de jouer pleinement le rôle qui sera la vôtre pour les quatre prochaines années. Un rôle de leader et de Premier ministre de tous les Canadiens et Canadiennes, comme vous l’avez vous-même exprimé au soir de votre élection.

En tout premier lieu, si libérale que soit la majorité que vous détenez à la Chambre des Communes, il importe de garder à l’esprit que le gouvernement canadien est composé de 338 députés, issus de plusieurs allégeances politiques différentes, mais qui tous sont portés par le même mandat, celui de représenter tous leurs commettants et de traduire leurs réalités variées à travers les décisions qui seront prises au Parlement. Ce sont donc 338 membres du gouvernement qui doivent agir pour le mieux-être des Canadiens, et être impliqués dans l’exercice démocratique, bien au-delà des 184 élus et élues d’allégeance libérale. Pour évidente que puisse paraître cette affirmation, il n’en demeure pas moins qu’il a été très facile pour certains de vos prédécesseurs d’en ignorer complètement le sens. Par l’imposition de baîllons à répétition, par des projets de loi mammouths noyant une foule d’enjeux sans liens mais qui changent fondamentalement l’essence d’une nation en l’absence de vrai débats ouverts, par la concentration du pouvoir autour d’un seul élu et de ses apparachicks, il est facile de transformer un espace de partage et de démocratie en un cirque bruyant et inutile. Il devient alors tout aussi facile de nourrir le cynisme des populations envers les institutions démocratiques, leurs institutions, et envers ceux qui la composent. Permettre des débats éclairants, être capable comme gouvernement d’entendre la voie de tous n’est certes pas un long fleuve tranquille mais c’est certainement la marque d’un fort leadership et du respect fondamental des citoyens.

En second lieu, il importe de rappeler qu’un gouvernement a un devoir fondamental d’arbitrage entre les besoins de tous, qu’ils soient personnes ou corporations, et que son rôle est d’assurer les équilibres et une redistribution conséquente des moyens d’agir et de la richesse. C’est une question fondamentale d’équité et nous l’avons choisi à travers notre modèle de société démocratique. Il s’agit donc de ne pas opposer mais de rassembler, de ne pas diviser mais de concerter les citoyens et les organisations qui, imbriqués tous ensemble, constituent les éléments de notre société, celle que l’on qualifie de plus belle au monde. On a autant besoin des entreprises, petites et grandes, que nous avons besoin des environnementalistes, nous devons miser sur l’apport de tous, jeunes et aînés, ouvriers et professionnels, créateurs et techniciens. Et le défi est bien de les mettre en action, tous ensemble. C’est une fois encore non seulement la marque d’un fort leadership mais l’essence d’un leadership de cœur qui place les gens face à leur potentiel plutôt que face à des limites arbitraires, qui met les citoyens en mouvement dans leur tête, dans leur cœur et dans l’action!

Enfin, notre gouvernement, élu démocratiquement, se doit d’être transparent et ouvert. Si les décisions prises le sont au bénéfice de l’ensemble de la société, il n’y a aucune raison que le tout se passe derrière des portes closes, à l’abri des regards et des commentaires. Il en va non seulement de la confiance que nous portons tous à l’endroit de nos dirigeants, mais aussi de la légitimité des actions que ceux-ci mettent de l’avant.

Voilà! Trois considérations… seulement trois. Mais de ces considérations qui font la marque des grands chefs d’État. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder sur l’échiquier politique mondial. Une victoire, si forte soit-elle, ne représente pas la fin du parcours mais le début d’une grande aventure. Pour vous en tant que Premier ministre et pour nous tous citoyens et citoyennes du Canada, je nous souhaite que ce soit vraiment une nouvelle ère de démocratie!

Recevez, Monsieur le Premier ministre, mes souhaits de succès les plus sincères!

 

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Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.