Le bon docteur et l’austérité au service du privé, ou comment retrouver la vision du développement solidaire

Il y a quelques semaines, le docteur Gilles Julien a encore fait les manchettes en critiquant les centres de la petite enfance (CPE) et en se vantant d’avoir augmenté son financement dans un contexte d’austérité!

Faut-il rappeler que ces coupures frappent particulièrement les milieux communautaires et l’ensemble du secteur public, mais plus particulièrement les réseaux scolaire, de la santé et des services sociaux.

Devant cette forme de privatisation il faut se poser la question : pourquoi avons-nous dilapidé le réseau des CLSC? Ceux-ci devaient incarner une approche globale de proximité, dans une perspective d’accessibilité universelle aux services de première ligne, et avec une certaine forme de démocratie au niveau de l’administration locale. Le docteur Julien, ironiquement, exerce dans le quartier qui a connu le premier CLSC : celui-ci était inspiré par une initiative citoyenne qui abordait les problèmes de logement, de loisirs, de revenus, de défense des droits, de santé et de services sociaux. Sans promouvoir une approche familialiste, les CLSC tenaient compte du réseau familial, de l’environnement bâti, du logement, et surtout des ressources communautaires issues des initiatives citoyennes. C’était sans doute une approche qui voulait agir sur ce que l’on appelle maintenant les déterminants sociaux de la santé et favoriser un développement local.

Or lorsque que le Docteur Julien parle des enfants il semble souvent «oublier» ou tasser les parents et les autres intervenants du milieu dans son intervention. C’est une dérive qui caractérise souvent les initiatives privées centrées sur les «clients».

Que nous réserve cette privatisation des services?

On dépend d’initiatives aléatoires strictement individuelles et caritatives qui relèvent d’une autre époque : on revient aux guignolées pour financer ces activités. On laisse le docteur Julien solliciter les campagnes des médias, selon ses bons vouloirs individuels. Mais comment contribue-t-il au développement collectif et solidaire du milieu?

Est-ce cela la solidarité du développement collectif?

Qu’en est-il du soutien de toutes ces initiatives citoyennes collectives qui tentent de respecter l’autonomie et les capacités des personnes dans la dignité? Si le docteur Julien manifeste compassion et bienveillance, il nourrit un projet gouvernemental qui démantèle un apparaeil collectif, cet appareil qui a répondu à des besoins historiques et une volonté politique collective.

Certes il y a eu des dérives bureaucratiques et corporatistes, qui ont parfois «pris en otage» le système, mais il n’en demeure pas moins que son orientation collective et universelle est un outil de développement essentiel au Québec. Il faut rester à l’abri de la privatisation, qui donne lieu aux initiatives individualistes, religieuses, voir sectaires, si l’on veut assurer les droits universels dans la dignité.

Mais il faut aussi garder un regard critique qui demeure un rampart contre les dérives et les abus. Avec ce regard critique et averti, ne pourrait-on pas, avec les leviers de l’État, mieux soutenir et encadrer les initiatives communautaires et collectives, comme les coopératives de santé qui naissent en régions éloignées et dans certains quartiers, victimes de coupures des services publics de première ligne. Sans mettre en péril les principes d’accessibilité et d’universalité, ne pourrait-on pas envisager de soutenir les initiatives communautaires de services socio-sanitaires, qui sont enracinées dans une vision de développement collectif, solidaire et durable? À défaut d’un modèle unique, on pourrait soutenir les initiatives citoyennes collectives, avec une complicité des structures politiques locales (MRC, municipalités). Ce serait une forme d’économie sociale de proximité, soutenue et encadrée par le secteur public, qui favorise une démocratie locale plus directe.

Sans parler de privatisation, il faut sans doute parler de communautarisation, qui valoriserait une responsabilité citoyenne collective et démocratique. Cela est loin des initiatives du docteur Julien!

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Jean Panet-Raymond
Jean Panet-Raymond

Ce qui me fait bouger et écrire dans ce blogue: Les inégalités et les injustices croissantes, tant au Nord qu’au Sud, à l’Ouest qu’à l’Est, tant sur les plans social, économique, culturel, politique et environnemental. L’espoir d’un monde plus juste, durable, où mes petits enfants seront épanouis. Et ce monde je tente de le faire avec des jeunes allumés, qui ont soif d’apprendre et de faire ce monde, mais aussi avec des femmes, des familles, des plus vieux, de toutes origines.