«L’art pour réenchanter le monde»

Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit de billet. On dirait que par les temps qui courent, j’ai plus envie d’écouter, de lire, d’observer, de réfléchir, que de m’exprimer. Je trouve que le contexte actuel invite au recul.

Je trouve qu’on a des repères à construire pour imaginer l’avenir. Se donner de la perspective, du temps et de la créativité me semble fondamental pour y parvenir. C’est d’ailleurs ce que nous offrent de nombreux artistes à qui j’aimerais lever mon chapeau aujourd’hui.

S’amorce en février  à Québec  le Mois Multi, un festival international d’art électronique et multidisciplinaire. En parcourant le site, j’y ai trouvé ces quelques mots de la commissaire qui m’ont inspirée.

«L’art pour…être attentif au monde, apprivoiser la lenteur, vivre des expériences collectives, se blottir au creux d’univers fantastiques, repenser notre relation aux technologies, bousculer les idées, contrer le cynisme, illuminer l’obscurité, résister, imaginer des mondes possibles, des utopies, un (re)commencement…

L’art pour réenchanter le monde.

L’art pour changer notre rapport au monde.»

Réenchanter le monde… TELLEMENT! On en a cruellement besoin. L’art est une force extraordinaire de transformation, tant individuelle que collective. J’ai tendance à oublier que les arts sont souvent de grands complices des changements sociaux, me réfugiant plus naturellement dans ma tête, dans les livres et les concepts.

Récemment, ce sont deux expériences de théâtre documentaire qui m’ont complètement réenchantée. Elles ont été sources de réconfort, de sens, de force, mais aussi la bonne « claque sur la gueule » dont j’avais grandement besoin pour me reconnecter à l’essentiel.

 

En fait, c’est hier que la gifle a été la plus musclée, alors que j’assistais à la pièce Hotel-Dieu, présentée dans les prochaines semaines par le Périscope. Hotel-Dieu met en scène de vraies personnes (et non des comédiens) qui nous témoignent de  leurs expériences bien intimes de la souffrance, du deuil et de leurs rituels pour reprendre goût à la vie. La détresse, la rupture, la survie et la résilience nous sont racontées au fil des récits de vie, ingénieusement entrelacés.

Ce partage, criant de vérité, de ces personnes qui nous entourent au quotidien, ne manque pas de faire monter le « moton », tant dans l’assistance que sur scène. La condition humaine, dans toute sa laideur et aussi dans sa beauté nous est révélée, au cas où nous l’avions oublié au détour d’une vie chargée. La dernière partie de la pièce met en action les spectateurs, qui ne peuvent qu’être transformés et ouverts à l’autre, après s’être rebranché sur leur humanité.

 

Plus tôt cet hiver, c’est la pièce J’aime Hydro qui avait fait chavirer mon cœur. Christine Beaulieu y joue brillamment son propre rôle, celui d’une comédienne/citoyenne ordinaire qui décide d’enquêter sur les développements de la société Hydro-Québec et plus largement sur le projet hydroélectrique dans la réalité québécoise actuelle. Son partenaire de jeu y incarne à merveille l’ensemble des personnes qu’elle rencontre au fil de son enquête. La pièce nous présente ainsi un ensemble de points de vue, pour les faire dialoguer et laisser progressivement les spectateurs forgés leur compréhension et leur opinion.

Cette pièce, grand public, fait appel à notre intelligence. Elle ramène en son cœur, la valeur et l’importance d’une recherche et d’une analyse bien construites, où on prend le temps de présenter l’ensemble des perspectives. Elle rappelle que comme citoyen, on peut partir de zéro et en venir à développer tranquillement notre une opinion, sur un sujet qui semble à première vue très compliqué et hermétique. En y mettant l’énergie et l’effort, on peut se sentir légitime et tromper ceux qui cherchent à nous éloigner des débats de société en complexifiant indûment les discours sur certains enjeux.

À cet égard, quelques membres de ma famille ont aussi vu la pièce, dont mon père ingénieur qui a travaillé dans les projets de la Baie-James. Je vous assure que la pièce a mis la table pour des discussions que je n’aurais jamais cru avoir sur le sujet. Des ponts entre les considérations de l’ingénierie et une vision davantage ancrée dans une perspective de développement social avaient été tissés. Quelle chance!

 

Voilà tout! C’est ce que j’avais envie de vous partager. Tout simplement mes espoirs pour le réenchantement du monde. Pour moi, l’art a un rôle indéniable dans le développement collectif, dans notre capacité à imaginer un monde meilleur, humain. Laissez-vous charmer par son pouvoir!

 

 

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Sophie Michaud
Sophie Michaud

Le développement collectif, et tout ce qui gravite autour, m’anime de la profonde conviction qu’on pourra enfin « sauver le monde », une collectivité à la fois.