L’État bricoleur

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Le gouvernement Legault est rafraîchissant dans la mesure où ses décisions tranchent avec l’austérité que les Libéraux nous ont imposée. Il est en même temps déconcertant, avec une gestion qui semble reposer essentiellement sur les idées toutes faites des ministres. Aucune étude ne vient justifier l’utilité de projets annoncés en campagne électorale, comme les maternelles 4 ans, GNL Québec ou le troisième lien entre Québec et Lévis.

Le gouvernement opère en mode problème-solution sans qu’il soit possible de trouver quelle perspective l’inspire. Les cliniques d’hiver de la ministre de la Santé et des Services sociaux, faute d’avoir considéré les causes de l’engorgement des urgences, sont une solution qui ne corrige pas le problème. Dans le cas du troisième lien entre Québec et Lévis, le risque est plutôt de l’aggraver.

Santé et services sociaux

La situation du réseau de la Santé et des Services sociaux est préoccupante. Le drame de Granby a conduit à la création de la commission Laurent pour revoir la protection de la jeunesse. Il faut compter sur la détermination de sa présidente et lui laisser le temps de compléter ses travaux. Mais, comment le gouvernement va-t-il y répondre? Il est inquiétant de ne rien voir venir du côté de la ministre pour remettre en question la structure gigantesque et hypercentralisée du réseau. Non seulement la Direction de la protection de la jeunesse a-t-elle perdu ses moyens en se trouvant coincée dans les CISSS/CIUSSS, mais la réforme Barrette a fait en sorte de congestionner encore plus l’accès aux services. Le réseau est organisé en fonction de l’hôpital, sans une administration rapprochée des milieux : ce sont l’urgence et les cliniques privées qui doivent répondre aux besoins, mais on sait déjà que ce sont de mauvaises portes d’accès. Pour une fois que la ministre n’est pas médecin, est-ce qu’on ne pourrait pas s’attendre à ce qu’il soit enfin possible de questionner la place donnée aux médecins? Ce sont des entrepreneurs privés qui s’entêtent à prétendre savoir quoi faire alors qu’ils refusent depuis la création des CLSC de pratiquer dans un cadre de première ligne dont ils ne sont pas les maîtres.

Réseau de l’éducation

Et maintenant, le ministre de l’Éducation, à la manière Barrette, s’engage dans la même voie avec l’abolition des commissions scolaires au profit de centres de services qui seront des rouages d’une superstructure centralisée. Le gouvernement est prêt à imposer encore une fois le bâillon pour cette réforme fondamentale: pourquoi est-il allergique à la consultation? Cela n’augure rien de bon pour la nouvelle structure. Si certains pensent y trouver davantage de pouvoir, ils constateront sans doute rapidement qu’un cadre est nettement plus facile à faire taire qu’un ou une commissaire scolaire. On l’a bien vu dans le réseau de la santé et des services sociaux. Quel est le vrai objectif  de créer de toutes pièces des maternelles 4 ans alors que le réseau des centres de la petite enfance offre d’excellentes performances pour répondre aux besoins en services éducatifs? La centralisation annoncée de 50% des achats en éducation au Centre d’acquisition gouvernemental n’a rien pour aider les régions à recevoir leur part des fonds publics. Les établissements institutionnels font partie de collectivités et leur apport est important. Au nom d’économies à court terme, on affecte le potentiel des régions à mettre à profit les investissements publics. En imposant cette solution, est-ce que le gouvernement a pris le temps de définir d’abord la problématique? On cherche en vain un plan d’ensemble pour prendre en compte les défis et les impacts des grands réseaux institutionnels en santé et services sociaux aussi bien qu’en éducation.

Développement du territoire

C’est le cas aussi au plan de l’occupation du territoire. Les régions ont élu des députés de la CAQ, mais reçoivent-elles l’attention qui s’impose au moment où elles se transforment en profondeur? Que développe-t-on en réponse aux mutations de l’activité économique, à la migration vers les villes qui s’étalent dans les territoires ruraux adjacents, au vieillissement de la population, aux problématiques de main-d’œuvre? Alors que plusieurs démarches d’action concertée cherchent à intégrer les dimensions économique, sociale et écologique du développement, le gouvernement n’a pas rétabli d’instances où les communautés peuvent faire valoir leurs préoccupations, tels les centres locaux de développement et les conseils régionaux de développement que les gouvernements libéraux ont systématiquement détruits.

Le gouvernement Legault donne l’image d’un touche-à-tout qui n’a pas de plan d’ensemble. Un État bricoleur qui affiche pourtant un score de 60% d’électeurs satisfaits! Serait-ce parce que nous n’arrivons pas à bien montrer et faire comprendre les expériences en émergence qui préparent un Québec solidaire et engagé dans la transition écologique?

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