L’automne dernier, dans ce qui allait s’avérer être mes deux derniers éditoriaux pour Solidarité rurale du Québec, j’ai évoqué l’image du tsunami pour exprimer tout le malaise que l’on pouvait ressentir face à ce que traverse notre société québécoise en ce moment. Une petite secousse, au début, qui grandit, qui enfle peu à peu pour devenir soudain une menace réelle, plus grosse, plus grande que ce que l’imagination pouvait concevoir. Et quand déferle le tsunami, sans pitié, balayant tout sur son passage, il ne laisse, en se retirant, que désolation et humains meurtris, démunis…

Cette image de tsunami, c’est toujours celle que j’ai en tête en ce moment en constatant l’ampleur de ce qui se passe.

Bien sûr, au moment d’écrire ces lignes, on sait déjà toute l’étendue des changements, imposés par décision gouvernementale, ou adoptés sous le baîllon. Des changements dont les impacts, à l’image du tsunami, prendront de la force dans les prochains mois, les prochaines années. Des changements qui frapperont fort et dur, quoi qu’on en dise!

Pourtant ce qui frappe le plus, et le plus fort, ce n’est pas tant l’image des coupes et de l’austérité — bien qu’il y ait là matière à inspirer des visions de tsunamis —, mais celle des confrontations et des dissensions qui émergent en ce moment, entre des alliés de longue date, des compagnons de lutte qui, ensemble, ont été en mesure de gagner tant de batailles et qui, désormais, se déchirent pour un bout de pouvoir ou pour simplement exister… Ce qui frappe encore ce sont ces discours de division où chacun devient le méchant de l’histoire à tour de rôle, ceci afin de mieux isoler les personnes ou les organisations.

La solidarité est éminemment fragile devant la menace, dans le danger. Chaque personne, chaque organisation voit son univers se rétrécir; le monde autour devient flou. Il n’existe plus que son travail, sa mission, sa raison d’être… Sans même s’en rendre compte, l’humain ou l’organisation passe en mode survie, parce qu’à tort ou à raison, on croit qu’on ne peut compter sur personne d’autre que sur soi… Et nous devenons en perpétuelle confrontation les uns envers les autres.

La solidarité existe-t-elle encore? Alors que les coupures budgétaires se multiplient au même rythme que les divisions se propagent, que les différences nous inquiètent, personne n’est à l’abri de l’individualisme et du cynisme ambiant. En ces temps d’austérité à laquelle on donne des allures de grande crise, notre pire ennemi potentiel, c’est nous-mêmes. Passer en mode survie, en mode « je », en mode « mon organisation » est un luxe dont nous paierons tous le prix.

Plus que jamais, nous avons besoin les uns des autres. Il est temps de montrer que le «nous» existe encore! Et il nous appartient d’adopter l’attitude qui nous mènera au succès. On pourra manifester, piaffer et ruer dans les brancards, nous réussirons à transformer les choses quand nous aurons la conviction qu’ensemble il est possible de le faire. Il n’en tient qu’à nous de faire preuve de solidarité, d’avoir la volonté de s’élever au-dessus des débats économiques et de l’équilibre budgétaire et de s’investir dans plus grand : la communauté, le vivre ensemble dans tout le Québec. Et pour y réussir, nous devrons nous faire confiance.

Le monde dont nous sommes partie prenante n’est pas économique ou mécanique, mais bien organique, vivant, avec tout ce que cela implique de patience, d’équilibre qui se recrée sans cesse. De là viennent les valeurs de prise en charge, de solidarité, d’innovation, de rééquilibrage des pouvoirs, de diversification économique qui sont inscrites dans la Déclaration du monde rural, adoptée il y a près de 25 ans mais toujours actuelle et surtout, si universelle….

De là viennent aussi la nécessité de l’action collective, et la force d’une société unie, solidaire. Une société qui supporte et protège les plus fragiles, qui investit dans la collectivité, qui grandit dans le respect et dans le dialogue plutôt que dans la confrontation et la division.

Nous devons retrouver ce «nous», recréer ces liens qui nous unissent, c’est une nécessité pour toute la société québécoise, mondes rural et urbain ensemble!

Parce que c’est notre solidarité, au final, qui fera la différence, comme elle l’a toujours faite d’ailleurs.

Claire Bolduc,

presidente@solidarite-rurale.qc.ca

 

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Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.