La crise des migrants. L’Occident confronté au partage de son bien-être

La crise des migrants qui bouleverse l’Europe est une crise humanitaire à visage très majoritairement musulman. Le critère religieux amalgamé à bien d’autres réalités (charia, djihad, terrorisme, ambitions hégémoniques… pressions sur l’emploi, l’habitation, l’aide sociale, les services publics…) génère des sentiments diversifiés, parfois opposés, allant de la compassion au déni, de la solidarité au rejet, de l’ouverture à la fermeture, chez les populations européennes susceptibles d’accueillir ces réfugiés, et le Canada ne fait pas exception.

Les pauvres et les opprimés, les victimes de dictatures, de guerres et d’actes de barbarie sont en marche pour une vie meilleure. Apportant dans leur maigre besace leur culture et leurs principes religieux, ils sont des centaines de milliers à converger vers l’Europe (plus de 500 000 hommes, femmes et enfants dénombrés aux frontières depuis le début de l’année)… demain vers l’Amérique du Nord. Les distances ne sont plus un obstacle, les murs et les barbelés ne pourront résister longtemps. On ne craint pas la mort quand on fuit l’enfer. On ne regarde pas derrière quand on a vu les lumières de l’espoir.

Ils sont les nouveaux envahisseurs et on ne saurait prendre les armes contre eux, contre ces vagues de jeunes et de familles désespérées qui fuient la guerre, l’oppression, la misère, l’avenir bloqué. Les principes d’ouverture et de solidarité de l’Europe sont mis à l’épreuve. L’Allemagne ouvre grand ses portes : elle pourrait accueillir 800 000 réfugiés. La France, la Grande-Bretagne, l’Espagne, la Suède, la Norvège et d’autres pays européens surmontent leurs hésitations et emboîtent le pas, à des niveaux variables.

Une prise de conscience brutale

Compte tenu de l’ampleur du flot des migrants, l’impact culturel et économique sera majeur. L’Allemagne, l’Europe… l’Amérique, ne seront plus pareils. D’autant plus que les nouveaux arrivants sont, pour des raisons culturelles et religieuses, prolifiques alors que nous ne faisons plus d’enfants, et qu’ils ont une appartenance forte à leur identité.

Ce tournant spontané dans l’histoire on ne l’avait pas prévu et on ne prend pas encore toute la mesure de ses conséquences. C’est un choc démographique, économique et culturel qui transformera la société occidentale. Les « accommodements » que cette cohabitation massive et précipitée va nécessiter de part et d’autre, sont loin d’être acquis et les efforts à déployer pour y parvenir ne se feront pas sans heurts.

La forteresse occidentale est désormais fissurée, l’information s’est propagée comme une traînée de poudre parmi ces millions de miséreux et réfugiés parqués dans des camps, fuyant la guerre, la dictature et la pauvreté : la riche Europe n’est pas inaccessible et l’Amérique devra se faire solidaire de l’ouverture que manifestera ses alliés. Unis militairement pour maintenir « l’équilibre de la terreur », les pays de l’OTAN sont troublés mais majoritairement sensibles à l’offensive de peuples opprimés, miséreux et sans armes en quête d’un sort meilleur. On ne ferme pas sa porte à un mendiant ou à une victime. On ne refoule pas au large des naufragés échoués sur la plage.

Ce à quoi nous sommes brutalement confrontés, c’est la prise de conscience de drames humanitaires d’une ampleur jusqu’alors insoupçonnée, ou ignorée, auxquelles nous devons réagir par un partage de notre bien-être. Plus que jamais, plusieurs aspects de ce bien-être apparaissent comme des privilèges : privilèges face au travail, au pouvoir d’achat, à l’éducation, au logement, à l’alimentation, à la liberté d’expression, à la sécurité, etc.

« Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde » font valoir plusieurs. Certes, mais la crise des migrants, qui n’a pas fini de déborder sur l’Occident, nous fera peut-être réaliser que le défi principal dans le long terme est d’œuvrer, à l’échelle mondiale, à combattre la pauvreté, l’ignorance (l’obscurantisme) et les dictatures, non à défendre des privilèges. Et que parallèlement, l’accueil, la solidarité et le partage demeurent la réponse incontournable aux flots d’opprimés et de démunis qui frappent à nos frontières.

Un appel à nos valeurs les plus nobles

Faisons face positivement, généreusement. Sachons voir le potentiel d’enrichissement pour nos sociétés occidentales chez ces nouveaux arrivants. Luttons contre le sentiment égoïste spontané. Voyons la noblesse, la grandeur dans l’ouverture et le partage que requiert l’accueil. Faisons confiance aux capacités d’adaptation, d’ajustement, d’intégration.

Des éléments subversifs, terroristes, risquent de déjouer les mesures de contrôle? Fort probablement, mais que ce ne soit pas le prétexte absolu pour fermer les frontières et nos cœurs. Améliorons les contrôles et les mesures de sécurité si jugé nécessaire.

Cette « crise des migrants » met à l’épreuve les valeurs fondamentales, humanistes, de la civilisation occidentale. Soyons à la hauteur.

Monsieur Harper, premier ministre d’un des pays les plus riches et doté de la meilleure qualité de vie de la planète, votre engagement à accueillir 10 000 réfugiés au Canada au cours de la prochaine année n’est pas à la hauteur.

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Bernard Vachon

Deuxième d’une famille de neuf enfants, j’ai grandi dans les quartiers ouvriers de Rosemont et de Montréal-Nord. La culture, le sentiment identitaire, les études et l’entraide étaient des valeurs fortement stimulées au sein de la famille. Détenteur d’un doctorat de la London School of Economics and Political Science en Angleterre ainsi que de l’Université de Liège en Belgique dans les domaines de l’aménagement et du développement territorial, j’ai fait carrière comme professeur-chercheur au département de géographie de l’Université du Québec à Montréal durant 32 ans (1969-2000). Mes domaines de spécialisation sont le développement local et régional, le Québec rural, la décentralisation et la gouvernance territoriale. Parallèlement à mes enseignements et ma recherche, j’ai exploité avec ma famille une ferme ovine, Chantemerle, de 1979 à 1989, dans un petit village sur les contreforts des Appalaches dans le Bas-Saint-Laurent, un lieu qui s’est avéré un laboratoire d’observation et d’analyse des problématiques de dévitalisation et de « recomposition » territoriale. Nous possédons toujours ce petit coin de ruralité, espace de ressourcement et d’inspiration. Suite à mon départ à la retraite, j’ai agi comme formateur, conférencier et consultant auprès de ministères, associations municipales, MRC et municipalités locales dans mes domaines de compétence. Je consacre désormais l’essentiel de mes temps libres à l’écriture (livres, blogues, articles, …), au bénévolat et à ma famille. Jean-Sébastien Bach, l’homme et son œuvre, est un compagnon de tous les jours. Ma collaboration à ce blogue est motivée par le désir de participer au mouvement de développement collectif qui se déploie dans toutes les régions du Québec, porteur d’une force insoupçonnée pour faire face aux grands défis qui confrontent la société actuelle.