Si la conformité se définit comme étant l’état de choses semblables (telle une copie conforme à l’original), le dictionnaire définit le conformisme comme étant le respect fidèle des règles et de la tradition. Quant au conformiste, ce nouveau professionnel, il est une personne qui respecte systématiquement le projet de société de son pays. Autrement dit, être conforme veut dire de ne pas dévier de la norme admise, ne pas prendre une liberté en agissant de façon différente de ce qui est attendu socialement.

L’histoire de l’humanité nous le rappelle :  la conformité universelle n’a jamais été réussie. Elle fut et est forte en plusieurs et différents pays, obéissant aux forces de la solidarité et des nationalismes. Forte aussi chez les grandes religions, les grands pays, les grands partis politiques – grâce à la fidélité des membres. Autant d’établissements de conformités nationales ou régionales, mais jamais universelles ou mondiales.

Cette réalité d’ailleurs fut la cause d’un XXe siècle dévastateur. Ce fut le siècle de deux guerres mondiales (1914-1918 et 17 millions de morts – et 1939-1945, 50 millions de morts). Une réalité qui fait réfléchir sur l’importance d’une conformité universelle.

Est alors créée, en 1945, une nouvelle Organisation des Nations Unies, dont le siège social est à New-York. Et en 1948, les membres (soit la presque totalité de tous les pays dans le monde) adoptent un document important, la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Par ce document précieux, les membres déclarent que cette Déclaration universelle est un idéal commun à atteindre par tous les individus et organes de la société. Les membres (soit la presque totalité des pays du monde) sont alors invités à se conformer aux exigences sociales de cette Déclaration qui est, en réalité, une invitation à une conformité universelle.

Dès l’introduction, on peut lire : « Tous les êtres humains possèdent dès la naissance des droits et des libertés fondamentales inaliénables, les mêmes pour tous. L’article premier affirme que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit. L’article trois affirme que tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de la personne. Trente articles approuvés par les membres de l’ONU.

Les économistes identifient les trente premières années suivant l’adoption de cette Déclaration comme étant « des années glorieuses ». Le projet mondial proposé par l’ONU est bien reçu. Mais, sous les premiers vents de la mondialisation et au milieu des années 1970, après l’abandon des États-Unis de la responsabilité d’être le gardien de la stabilité monétaire universelle, apparaît la mondialisation qui n’a pas seulement créé le fanatisme des marchés, mais a réussi à stimuler la cupidité humaine et ainsi à briser l’équilibre nécessaire à l’ensemble des autres activités constituantes d’une société civile – soit l’équilibre entre le pouvoir citoyen, le pouvoir politique (les élus par les citoyens et citoyennes) et le pouvoir économique. Le désir d’établir une conformité universelle s’estompe. Il se transforme en une montée de l’individualisme, la loi du plus riche étant la loi du plus fort. Dans la plupart des pays, la conformité dominante est celle des règles imposées par le pouvoir économique ou par le désir de domination. Et ce malgré le développement considérable de l’éducation au cours de la seconde moitié du XXe siècle[1], une période que l’on a pu qualifier « d‘être une explosion de l’éducation » mais, malheureusement, une éducation explosée, peut-être, mais consacrée surtout au savoir-faire au détriment du savoir-être, principalement du savoir-vivre ensemble.

Pourtant, on le sait : l’homme et la femme ne deviennent humains que par l’éducation. Or, l’animal humain ne recherche pas instinctivement l’égalité avec les autres humains. L’idée de l’égalité est un raisonnement éthique qui est né de l’éducation populaire à mieux vivre ensemble avec les autres êtres humains.  Elle est devenue un idéal politique d’une longue histoire. L’égalité des droits et des chances des individus remonte au temps de la Chine antique. Elle est prêchée au temps de la naissance du christianisme, fut la raison de la révolte des paysans au 14e siècle et de la révolution en Angleterre au temps de la guerre civile et au 17e siècle pour atteindre finalement la reconnaissance dans une grande charte des droits des citoyens au 18e siècle à la suite de la Révolution française. Une révolte faite aux cris de Liberté, Égalité et Fraternité.

Mais cette idée d’égalité entre humains est complexe et ne se définit pas aisément. Elle peut se définir par le résultat attendu : vivre en société de façon à ce que tous les êtres humains puissent avoir une place dans la société et un rôle à y jouer afin que de façon à ce que tous puissent y vivre dignement. C’est ce que proposent les grandes Déclarations des droits de l’Homme.

En décembre prochain sera souligné le 70e anniversaire de son adoption. Elle n’a pas réussi à créer une conformité universelle. L’espoir demeure en la conviction d’un être humain capable collectivement de se surpasser, non pas seulement par le savoir à l’exploitation des richesses de la planète au profit d’une minorité. Il reste à apprendre au mieux-être universel et au mieux vivre ensemble, en conformité aux engagements en 1948 pour l’ensemble des pays du temps – en vue de vivre dans un monde meilleur.

 

[1] Federico Mayor, L’Éducation au xxie siècle.

 

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Claude Béland
Claude Béland

Je suis un avocat devenu président du Mouvement Desjardins. Une carrière d’une cinquantaine d’années au service du coopératisme. Une première étape en cabinet privé, ensuite à la Fédération des caisses d’économie et ensuite dans le réseau des caisses populaires. Retraité, je demeure actif comme consultant auprès des entreprises de l’économie sociale. Professeur associé à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal, j’ai présidé les États généraux sur la réforme des institutions démocratiques. Je suis président du conseil d’administration de la Fondation Lionel Groulx et du Conseil d’éthique de l’industrie des boissons alcooliques. Conférencier et auteur de plusieurs livres, je participe à de nombreux débats sur les défis contemporains.