Journaux régionaux: appel à la société civile

La crise qui frappe de plein fouet le Groupe Capitales Médias démontre éloquemment que, pour survivre, les journaux régionaux (*), individuellement ou collectivement, devront trouver un modèle d’affaires solide, stable et créatif…

La principale cause des déboires, on le répète abondamment, vient de la migration des revenus publicitaires vers les plateformes des géants numériques, surtout du GAFAM, qui vampirisent le  contenu sans en assumer le moindre coût. Il en résulte une dislocation  fatale pour les journaux entre la production d’information,  la création de valeur et les revenus.

Les appels du pied pointent en direction de déductions fiscales (salaires,  dépenses numériques, abonnements), de fonds d’aide aux médias, de philanthropie,  de nouveaux modèles d’affaires, dont le mode coopératif. Mais, à ce jour, aucune simulation n’a démontré la portée déterminante et pérenne de ces mesures sur la rentabilité de chacun ou de l’ensemble des journaux de GCM ou toute nouvelle publication. C’est inquiétant!

La société civile à la rescousse

Une piste cruciale et féconde de financement demeure selon moi inexploitée,  en raison malheureusement de la passivité des acteurs régionaux et du conformisme du milieu de l’information.  C’est celle de la société civile. Cette société civile est constituée de dizaines, voire de centaines d’organismes du milieu, des secteurs publics,  parapublics, entreprises, sociétés, coopératives, groupes, syndicats, finances, etc.  Cette société civile, avec ses ressources encore importantes,  produit, anime et alimente largement  l’écosystème collectif, et depuis toujours est le théâtre même  de l’actualité régionale dans toutes les facettes de sa diversité.  

Comme d’autres sociétés, les régions subissent de diverses façons le tsunami numérique et tentent avec leurs moyens limités de s’adapter. Les nombreux acteurs de la société civile régionale (pas uniquement les commerces) mettent beaucoup d’argent  sur ces nouvelles plateformes,  dont Facebook ou d’autres éditeurs de contenus.

Il est impossible, à l’échelon régional, de mesurer l’ampleur des sommes investies par la société civile. J’avance sans crainte de me tromper les 6 chiffres, même les 7 chiffres si on inclut toutes les ressources mobilisées et les salaires affectées à la cueillette, l’ordonnancement, la production et la diffusion d’informations destinées à  diverses clientèles, y compris le grand public.

Ce faisant, disons les choses comme elles sont, ces acteurs deviennent alors des agents de détournement du marché médiatique régional,  contribuent à son déclin et provoquent l’affaiblissement et la dilution de la couverture du milieu.  Un cercle vicieux qui, en plus, accentue  l’exode du capital financier en dehors de la région.

Une 3e catégorie de contenus

Sans exclure les formes d’aide énumérées plus haut, je suggère l’ajout au modèle d’affaires d’une troisième catégorie de contenu, l’information commanditée, indépendante évidemment  des deux autres (rédaction et publicité commerciale).  Le magazine L’Actualité et Le Devoir exploitent à divers degrés ce créneau.

Il ne s’agit pas d’imiter aveuglément  les plateformes comme Facebook qui accueillent abondamment et sans restriction divers types de contenu commandité et rejoignent massivement une clientèle d’abord individuelle ciblée par les algorithmes. Il s’agit au contraire de régionaliser en les rassemblant sur un support  médiatique à portée territoriale l’information journalistique (les journalistes), le contenu sociétal (la société civile) et la publicité commerciale  (les commerces).  

Bien sûr, le modèle doit ériger des cloisons étanches entre les catégories de contenu, adopter une charte déontologique rédactionnelle couvrant les trois catégories, présenter un graphisme  distinguant clairement les catégories, proposer à la société civile une tarification attrayante et souple, rendre accessible en permanence  les contenus et les statistiques liées à l’édition commanditée, etc. 

J’en appelle aux acteurs de la société civile. S’ils croient nécessaire un journal qui reflète nos intérêts collectifs et soit le creuset des sociétés régionales,  il  y a là un devoir de solidarité et d’engagement.
 

(*) Par journal régional j’entends un média qui quotidiennement relate et commente  l’actualité d’une région. L’information  produite peut être  diffusée sur plusieurs supports médiatiques, le papier, la radio, la télévision, les télécommunications, dont  les plateformes numériques.

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Laval Gagnon
Laval Gagnon

Je suis un bleuet du Lac, baby boomer, formé par le cours classique jusqu’en Belles-Lettres. Comme mes confrères et consœurs, j’ai ensuite vécu la transition forcée des réformes du rapport Parent vers un nouveau régime éducatif. À cette époque ma génération se cherchait dans un équilibre précaire sur la ligne de fracture entre l’ancien régime et la Révolution tranquille. Très tôt, j’ai voulu savoir, connaître les faits, dégager le sens, comprendre. Cela m’a mené à l’obtention d’un baccalauréat en Histoire, que je percevais comme le journalisme du passé. L’année suivant l’obtention de mon bac, je décrochais au début de 1973 un poste de journaliste, me considérant alors comme un historien du présent. J’ai fait mes premières armes de journaliste à La Parole de Drummondville, une expérience intense d’adaptation à un métier exigeant et fascinant et à une région qui m’était totalement inconnue. Quelques années plus tard, je revenais dans ma région natale comme journaliste au Quotidien de Chicoutimi, affecté aux affaires publiques. Au début des années 80 me voilà à Radio-Québec pour mettre en place la régionalisation de la télévision éducative et culturelle. Je suis resté trente ans à l’Autre télévision, devenue en 1996 Télé-Québec. J’y ai exercé diverses fonctions de professionnel à l’information, en recherche et développement, en programmation, en production, et finalement de responsable du bureau régional du Saguenay-Lac-St-Jean. Tout au long de ma carrière, je me suis engagé de diverses façons dans mon environnement professionnel, notamment comme président du Cercle de presse du Saguenay, vice-président aux régions du Syndicat des employés de Radio-Québec, vice-président de la Fédération nationale des communications (CSN), membre du Groupe de travail sur les communications de l’Institut canadien de l’éducation des adultes. Je me suis aussi impliqué en politique et en action communautaire. Entre autres j’ai été le concepteur et l’animateur d’une série sur le développement régional Inforum, diffusée deux saisons sur le Canal Vox. En 2000, j’ai été membre fondateur de la Coopérative de solidarité Le Fjord-Le Lac éditrice d’un journal mensuel d’information sur le développement régional favorisant la participation des jeunes à son contenu rédactionnel. En politique municipale j’ai été chef fondateur du Parti Vision Nouvelle aux élections municipales de 2005 à Saguenay, et conseiller aux communications du parti Équipe du renouveau démocratique à celles de 2013. Ah oui, j’allais oublier… Je pratique le yoga intégral depuis 45 ans. Je l’ai enseigné une vingtaine d’années. Officiellement à la retraite depuis quelques années, je me mêle du tout collectif, en étant conscient que nous sommes rien sans spiritualité.