J’ai l’âme à mon territoire!

 

Il y a un an…. Un an déjà! À coups de décisions obscures et unilatérales, à coups répétés sur nos instances de concertation, sur nos regroupements, sur nos organisations, Solidarité rurale au premier chef, nous avons vu tomber les uns derrières les autres nos lieux de débats, de réflexion. Nos voix ont cessé d’être entendues. Et surtout, nous avons cessé de les faire entendre, tout occupés que nous étions à protéger le peu qu’on nous avait laissé… J’écrivais alors que nous subissions un véritable tsunami démocratique, que nos territoires et notre ruralité étaient une fois de plus frappés de plein fouet par des décisions prises ailleurs….

Où sommes-nous aujourd’hui, après une année de mesures d’austérité, à se voir retirer un geste après l’autre les capacités d’agir des citoyens et citoyennes que nous sommes, à nous obliger au silence, à se faire répéter inlassablement que tout ça est fait pour l’atteinte d’un essentiel équilibre budgétaire des finances publiques, parce que nous devons combattre de prétendus déficits, que ces gestes posés seront positifs pour les générations futures…? À quoi donc ont servi toutes ces coupures, toutes ces décisions?

Je cherche à comprendre, à saisir le sens de ces décisions… En somme, je cherche à savoir vers quoi on se dirige tous, collectivement. De fait, c’est plus qu’une question comptable, d’alignement de colonnes de chiffres sur ce que ça coûte et ce que ça rapporte, c’est une question de vision.

Une vision! Et je constate bien malheureusement que peu d’entre nous ne la connaissent cette vision actuelle qui nourrit toutes les décisions. Que nous n’avons pas participé à la construire, à la débattre, à se l’approprier, à l’adopter. Nous ne la connaissons même pas… Nous la subissons, point!

Alors au-delà de la politique québécoise, face aux enjeux actuels, si nous en imaginions une vision, de notre avenir, de l’avenir de nos territoires? Nous pourrions par exemple voir comment redéfinir aujourd’hui nos territoires, dans une perspective de développement humain et durable, qui mise sur la coopération, la solidarité et la recherche de l’intérêt commun.

Cela peut paraître idéaliste. Et en fait, cela EST idéaliste. Mais je crois qu’il faut réhabiliter l’idéal et l’humanisme dans notre société. Cela nous manque cruellement. C’est d’un rêve que Bombardier, le Cirque du Soleil, Desjardins sont nés. C’est grâce à des idéalistes que nous avons connu la Révolution tranquille. Il n’y a pas de honte à poursuivre un idéal. De vous à moi, c’est dans l’immobilisme et le cynisme que se terre le danger. Sans être naïfs, je suis convaincue que ce n’est qu’en renouant avec cet idéalisme qui passe pour être désuet que nous pourrons envisager l’avenir la tête haute.

Si nous ne voulons pas être la génération qui risque de léguer un patrimoine moindre à nos enfants que celui que nous avons reçu, il faut se secouer. Et ce n’est surtout pas une question de finances publiques ou d’économie. Pour la mère que je suis, pour les parents que vous êtes, pour nos enfants et pour les leurs, il faut agir, il faut réagir! Le constat que nous devons faire, l’action que nous devons mettre en oeuvre et partager, c’est de sortir d’un modèle qui nous affaiblit face au dictat de l’argent et de la finance, qui nous conduit de crise en crise. Aujourd’hui, c’est d’une révolution dont on a besoin, une révolution pour nos communautés, pour nos enfants; une révolution parce que nous devons redéfinir les fondements mêmes de notre démocratie, de notre peuplement sur nos territoires et notre capacité de les habiter, d’en faire des milieux de vie.

C’est d’une vision nationale et partagée dont nous avons besoin, bâtie sur une solidarité à toute épreuve! Parce que laisser faire les seules forces économiques et financières comme on le fait actuellement ne fera que creuser encore les disparités et appauvrir nos territoires pour permettre à quelques-uns d’y reproduire un modèle de développement dont nous ne voulons plus.

Rappelons-nous que dans les moments de grande morosité, notre société a su relever les défis et s’en sortir en mettant l’esprit de solidarité au-dessus de tous les intérêts. C’est de cette solidarité dont nous avons tous besoin maintenant.

L’histoire nous apprend que les changements les plus significatifs sont rarement ceux qui viennent dans un grand élan de générosité de l’État. C’est plutôt le désir de changement à la base et la mobilisation qui arrivent à pousser les décideurs vers les voies collectives et à faire le pari du courage. C’est à cette condition que le gouvernement accompagnera notre volonté de faire de nos territoires des milieux de vie et de bonheur!

Et pour bien se faire comprendre, il faudra le dire et le redire à la base et à tous les jours, et répéter que nos communautés, nos territoires sont l’assise pour assoir et concrétiser le vrai développement durable, un développement qui respecte les hommes et les femmes qui habitent les territoires.

Oui… j’ai l’âme à mon territoire…. et à notre avenir à tous!

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Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.