Notre docteur qui sait tout a encore eu une idée de génie en déléguant à des cliniques privées des actes médicaux qui sont payés par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).

Il prend soin de développer sa privatisation centralisatrice en confiant des mandats à des cliniques, dont l’une qui est poursuivie par la RAMQ pour surfacturation illégale.

Et pour en rajouter, il annonce le transfert de professionnels, dont des travailleurs sociaux, des CLSC vers les Groupes de médecine familiale (GMF). Il invoque encore l’efficacité du privé et l’échec des CLSC.

Une réflexion s’impose sur l’accès universel et la décentralisation, d’une part, et l’interdisciplinarité, l’approche globale et l’approche territoriale intégrée, d’autre part.

On peut se demander jusqu’où ira cette idée de centraliser et privatiser avant que le docteur Barrette ne tire les leçons des erreurs de l’Alberta centralisatrice et des États-Unis privatisés. De ces deux coins du monde que l’on ne peut accuser de gauchistes on nous répète : « Ne faites pas les mêmes erreurs que nous» !

Pendant des années, des représentants américains venaient voir ce que le Québec avait créé comme modèle d’accès universel, de distribution de soins de première ligne et de développement communautaire. Et nous nous en éloignons constamment avec des réformes qui ne cessent de se succéder sans même être menées à terme! Pensons aux CLSC, aux CSS (Centres de services sociaux), aux CSSS, aux CISSS et aux CIUSSS.

Il a fallu des années pour sensibiliser les citoyens à des structures locales aux sigles bizarres et on les change constamment.

Avec une centralisation et une privatisation accrues, on n’a pas vraiment réduit les attentes aux urgences (selon les dernières données du ministère au 1er mars 2016) et l’on progresse très lentement vers l’accès universel à un médecin, via des cliniques privées. Précisons que ces cliniques sont gérées par des corporations privées mais financées essentiellement par l’État.

Nous sommes loin des principes de l’accès universel aux soins de santé. Et nous frisons l’illégalité par le non respect de la Loi canadienne sur l’assurance santé. Encore une fois le ministre Barrette, comme ses prédécesseurs, semble nous diriger vers le modèle américain, pré Obama!

Le dernier coup du docteur Barrette est le transfert des professionnels psychosociaux des CLSC, devenus des installations de CISSS, vers les groupes de médecine familiale (GMF), …au nom de l’interdisciplinarité et contre l’« hospitalocentrisme ». Faut le faire !

Il faut en avoir du culot pour fusionner les CLSC/ CISSS dans des mégastructures hospitalières et ensuite les démembrer au profit des cliniques de médecine gérées par des médecins! On passe de l’« hospitalocentrisme » au « médicalocentrisme »!

« On est en train de détourner les ressources du public vers des GMF qui sont gérés par des médecins de façon privée. On déshabille Pierre pour habiller Jean, mais ce ne sont pas nécessairement les mêmes gens qui vont être servis », dénonce un gestionnaire de longue date, sous le couvert de l’anonymat.

« Ce dernier parle de « compressions déguisées » et s’inquiète du sort de la clientèle plus vulnérable, qui ne trouvera pas nécessairement de place en GMF.  Dans les GMF, les clients ne seront pas soumis à une priorisation dans un guichet d’accès comme en CLSC », affirme-t-il1.

Et tout ça parce que les médecins ne voulaient pas travailler dans les CLSC, avec une approche globale et sur des petits territoires de 30 à 50 000 habitants qui étaient sociologiquement significatifs. Précisons que les médecins qui voulaient y travailler n’ont pas été soutenus et ont même été souvent mis à l’écart par leurs collègues. Le rêve des CLSC, c’était justement de travailler sur les déterminants de la santé et dans une perspective de développement territorial intégré (avant que l’on redécouvre ces termes!) avec des équipes multidisciplinaires, incluant les organisateurs communautaires, et surtout avec les forces vives des milieux. N’oublions pas que les CLSC sont issus formellement de la Commission Castonguay-Nepveu, mais ont été beaucoup inspirés par les cliniques communautaires issues des initiatives citoyennes, et éventuellement transformées en CLSC sauf la dernière «résistante», la Clinique communautaire de Pointe Saint-Charles, à Montréal.

Encore une fois, le docteur Barrette nous amène plus près d’une privatisation et d’un accès inégal aux soins de première ligne, et plus particulièrement dans les milieux ruraux. Et que dire du développement des communautés et des directions de santé publique qui continuent à perdre des plumes, même si le docteur Barrette reconnaît que les CSLC sont très bons dans « tout ce qui est communautaire, santé mentale, prévention, ce genre de choses là2 »!

Mais la politique de « bullying » du docteur Barrette semble avoir préséance sur les fondements scientifiques des recherches! Tiens! Ça ressemble à ce qu’on remarquait chez Harper il y a encore peu de temps!

Plusieurs recherches confirment que l’adaptation des politiques nationales (principes universels d’accès par exemple) de santé et services sociaux a une meilleure application, une meilleure intégration et une meilleure efficience!

Lorsque les politiques sont adaptées et appropriées localement, elles risquent de correspondre aux caractéristiques locales du milieu et susciter l’adhésion des acteurs locaux.

Le développement collectif des communautés a de meilleures chances de réussir si le milieu embarque : l’hypercentralisation administrative risque de ne pas coller aux milieux qui se sont désapproprié leurs particularités. On plaque des structures et on coupe les dynamismes locaux. On dénonce ensuite la baisse de productivité de travailleurs démotivés alors que ceux-ci sont soumis à des coupures de plus en plus profondes dans des institutions en constante transformation, et ces institutions ne ressentent aucune imputabilité à l’égard de la population locale, qui elle subit la diminution des services et la tarification croissante de ceux-ci.


1 Jessica Nadeau, Québec atrophie les CLSC, Le Devoir, mis en ligne le 3 mars 2016.
2 Jessica Nadeau, Les CLSC ? Un échec selon Barrette, Le Devoir, mis en ligne le 4 mars 2016

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Jean Panet-Raymond
Jean Panet-Raymond

Ce qui me fait bouger et écrire dans ce blogue: Les inégalités et les injustices croissantes, tant au Nord qu’au Sud, à l’Ouest qu’à l’Est, tant sur les plans social, économique, culturel, politique et environnemental. L’espoir d’un monde plus juste, durable, où mes petits enfants seront épanouis. Et ce monde je tente de le faire avec des jeunes allumés, qui ont soif d’apprendre et de faire ce monde, mais aussi avec des femmes, des familles, des plus vieux, de toutes origines.