Au retour de la pause d’été, j’ai fait un petit marathon pour lire les plus récents billets des blogueurs. J’en retire un sentiment partagé. Est-ce parce que j’ai pris l’air du large? À nous lire, je constate un désenchantement partagé à l’égard de notre vie « démocratique », que ce soit dans le billet de M. Béland sur la « monacratie », ou « Le tabou du pouvoir en participation citoyenne » de M. Venne. Des critiques fort justes qui posent un défi à nos mouvements sociaux. J’y trouve aussi une volonté de résilience misant sur le dialogue et la transparence pour rebâtir la confiance (C. Bolduc) et pour rechercher un équilibre entre un sentiment de proximité et l’ouverture à des points de vue différents contribuant à renouveler notre vision des enjeux (M. Thériault).

Quel que soit l’angle d’approche, les questions que m’inspirent ces récents échanges me ramènent à l’impératif de tracer collectivement les contours d’un projet inspirant et mobilisateur qui permettrait de rompre avec le modèle de développement dominant. Quel pourrait être l’axe de nos mobilisations éclatées entre les préoccupations écologiques, la sauvegarde de nos services publics, la réduction des inégalités et la défense des droits sociaux? Quel ancrage permettrait d’exercer une plus grande maîtrise de notre développement collectif? Les mobilisations de proximité peuvent-elles s’aligner sur des enjeux plus larges ou est-ce trop ambitieux de lier concrètement le local et le global selon l’expression bien connue?

Diverses initiatives conjuguent des solidarités de proximité s’enracinant dans une conscience environnementale et une volonté de maîtriser le développement du territoire qu’on habite. Je pense à des mouvements comme « Coule pas chez nous! » et « Touche pas à mes régions! », ou à des projets plus modestes d’agriculture urbaine, de systèmes d’échange locaux ou de coopératives de travail pour n’en nommer que quelques-uns. Que ce soit dans le domaine de la production, de la consommation ou de la protection de l’environnement ces actions sont souvent le lieu d’une démocratie participative, active, inclusive et solidaire. Les collectivités locales et territoriales ont une signification sociale, économique et écologique plus immédiate pour les personnes qui partagent un même milieu de vie. Elles s’appuient sur une expérience sensible et concrète et sur des relations de proximité laissant place à des échanges directs où nous pouvons tous exprimer nos préoccupations et nos aspirations. Souvent ces dynamiques impliquant citoyens et élus cherchent à dépasser les façons de faire traditionnelles de l’État ou de l’entreprise privée.

Le défi reste de relier ces initiatives fondées sur la coopération, le partage, la participation, dans un souci d’équité sociale et économique et de protection de notre environnement local. Ces projets créent un terreau fertile pour le renforcement de nos liens sociaux car ils s’ancrent dans un sentiment d’appartenance. L’énergie est là pour développer une stratégie robuste de transformation sociale et passer à l’action. Mais je suis préoccupée de la distance entre ces initiatives locales et les grands enjeux internationaux qui ne sont pas sans influence sur nos conditions de vie et sur les menaces qui pèsent sur notre planète. En plus de l’environnement qui n’a pas de frontières, on peut citer les accords commerciaux de libre échange qui inquiètent les agriculteurs ou l’éternel conflit du bois d’œuvre avec les États-Unis qui affecte les régions dont l’économie repose sur l’exploitation forestière. Ce sont là des impacts concrets des dynamiques internationales sur nos conditions et nos milieux de vie.

Divers réseaux tentent de résister à ces forces et de proposer des alternatives. Le Québec vient de recevoir de grands rendez-vous internationaux comme le Forum social mondial et le Forum mondial de l’économie sociale et solidaire, et maintenant se tient dans la ville de Québec le Sommet international des coopératives parrainé par le mouvement Desjardins. Ces rencontres regroupent beaucoup de réseaux qui partagent leur expérience, débattent d’enjeux qui affectent nos réalités locales. La diversité de leurs initiatives est une richesse et loin de moi l’idée de les regrouper sous un seul parapluie. Mais dans cette abondance de rencontres internationales, ma question demeure : les grands réseaux qui organisent ces rencontres communiquent-ils entre eux? Quelles convergences peuvent s’établir avec le développement des collectivités locales? Quels seront les résultats de ces rencontres dans le renforcement des initiatives citoyennes? Comment ces multiples initiatives s’arriment-elles avec l’action publique pour transformer notre vie démocratique? Plus de questions que de réponses! Mais je reste optimiste en souhaitant que la cohabitation de toutes ces initiatives favorise un développement plus démocratique, équitable, inclusif et en équilibre avec les ressources de notre terre.

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Jocelyne Bernier
Jocelyne Bernier

Pourquoi participer à ce blogue ? Pour partager mon expérience et mes réflexions sur les défis du développement collectif et pour continuer de progresser ensemble malgré des vents contraires. Je vous laisse avec ce mot de l’humoriste Francis Blanche : «Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement !»