Je ne crois pas que je suis une personne utopique dans la vie. Au contraire, je suis assez terre-à-terre. Pourtant, je crois au pouvoir de la société civile. Je sais qu’elle peut déplacer des montagnes, influencer le cours des choses. Dans notre société du « chacun pour soi », c’est loin d’être gagné. Malgré tout, je laisse la chance aux coureurs et j’y participe, parce que je crois à la valeur de l’exemple. Heureusement pour moi, j’en ai été témoin.

Samedi, le 19 septembre dernier, j’ai répondu présente à l’appel à la mobilisation en Abitibi- Témiscamingue. Les citoyens de la région étaient invités à partager leur vision du territoire et à contribuer à la formation d’une nouvelle instance de concertation dans le cadre d’un événement qui s’est appelé PROJET AT (pour Abitibi-Témiscamingue).

En y repensant bien, je me suis demandé « les citoyens, c’est qui? ». La réponse facile était de nommer les organisations qui régissent notre milieu: l’université, le Cégep, les groupes communautaires, les leaders politiques, les associations, le milieu de la santé, etc. Bien entendu, ces organisations répondent souvent au nom des citoyens qui sont leurs clients, mais doivent également composer avec leur cadre normatif de référence. Avec ou sans les citoyens, ces instances seront consultées et disposent des moyens pour se faire entendre.

Tout au long de cette journée, j’essayais de sortir du piège de l’imputabilité qui brûle toutes les lèvres et les actions des dernières années. Puis, un homme s’est levé pour rappeler que nous étions légitimes de faire ce que nous faisions et qu’il s’agissait même de notre devoir citoyen d’être au cœur du développement de notre région. Pour tous les absents, à ce moment historique, pour des raisons de « devoir de réserve », je me suis sentie bien triste. Je me suis rappelé un texte de jurisprudence que m’a envoyé un ami et qui disait :

« …l’obligation de loyauté ne saurait l’emporter sur l’expression publique minimale et respectueuse d’une opinion contraire à celle de l’employeur […] Autrement, il n’y aurait, à toutes fins utiles, à peu près aucune conciliation possible du droit à la liberté d’expression et de l’obligation de loyauté, mais simplement un anéantissement total de la liberté d’expression par l’existence de l’obligation de loyauté »1

Avec du recul, je constate que l’énergie du changement est venue des vrais citoyens. Vous savez, ceux qui parlent en leur propre nom?

L’énergie qui se dégageait de cette foule de 100 personnes rassemblées un samedi m’a réellement émue. J’ai toujours cru à l’intelligence collective même si les occasions étaient rares ces dernières années. Quand tout est organisé, contrôlé, planifié et que ça va bien, cela laisse peu de place au développement de notre pouvoir citoyen.

Samedi dernier, en Abitibi-Témiscamingue, ce sont une centaine de personnes qui se sont massivement prononcées en faveur de la mise sur pied d’un organisme qui aurait comme mandat de consulter la population de l’Abitibi-Témiscamingue sur les enjeux auxquels elle fait face et de favoriser la participation du plus grand nombre aux initiatives de développement.

Un organisme qui n’a pas de financement récurrent de l’État, qui est déterminé à agir pour le bien de son milieu, libre de choisir ses mandats et avec pour force l’huile de bras de bénévoles. Quelle inspiration!

C’est à l’unanimité que les gens présents ont choisi, pour mener à bien cette mission, de reprendre la charte du Conseil régional de développement de l’Abitibi-Témiscamingue (CRDAT), en dormance depuis 2004, moment où le gouvernement de l’époque mettait en place unilatéralement les conférences régionales des élus (CRÉ).

Je regardais les gens de ma région, les vrais citoyens, et j’étais fière d’en être. Même si je ne suis pas une personne utopique, de nouvelles convictions m’ont envahie.

Je crois qu’il existe un point où il est possible que tout un milieu bascule.

Je crois que lors que chacun de nous s’investit, on sort le meilleur d’une région et on arrive à la tirer vers le haut tous ensemble.

Je crois à l’intelligence et à la sagesse collectives.

Je crois que notre engagement citoyen est nécessaire et que nous sommes légitimes de choisir et de faire.

Je crois que la roue tourne, mais que la constance passe par les citoyens.

Citoyens, nous sommes des éveilleurs de conscience.

Bravo citoyens et citoyennes de l’Abitibi-Témiscamingue pour votre courage et votre force de caractère!


1 L’APTS en revue – info jurisprudence : Liberté d’expression et le devoir de loyauté – le juste équilibre (décembre 2011)

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Nadia Bellehumeur
Nadia Bellehumeur

Je me présente, Nadia Bellehumeur, née en 1978 à Saint-Eugène-de-Guigues au Témiscamingue, un magnifique territoire rural où le mot collectif signifie que tout le monde se connait, avec les avantages et les conséquences que ça impose. J’ai quitté le Témiscamingue pour faire un baccalauréat en récréologie, à l’Université du Québec à Trois-Rivières, pour rapidement revenir dans mon milieu après mes études. Je travaille depuis plus de 10 ans en développement des collectivités à la Société de développement du Témiscamingue. Depuis 2014, je me suis lancée dans l’écriture et j’ai publié mon premier roman. Entre le travail, la famille (parce que je suis maman de trois enfants) et l’écriture, je réalise que le développement collectif, ça se passe à plusieurs niveaux. Du noyau familial, à la vie de communauté, à la région, à la nation et à la terre. Je souhaite participer à ce blogue pour partager mon expérience, ma vision, mais également pour, espérons, interagir, converser, inspirer et contaminer plusieurs personnes sur la nécessité du développement collectif, quel qu’il soit. L’avenir du développement collectif passe, pour moi, par l’engagement et l’acceptation de la différence.